La liberté religieuse menacée dans un pays du monde sur cinq, selon l’AED
Rechercher

La liberté religieuse menacée dans un pays du monde sur cinq, selon l’AED

L'Europe ne figure pas dans les pays "à problèmes", mais des "attaques extrémistes motivées notamment par la haine religieuse connaissent une recrudescence préoccupante"

Illustration : Intérieur de la synagogue d'Har Nof après l'attentat du 18 novembre 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/FLASH90)
Illustration : Intérieur de la synagogue d'Har Nof après l'attentat du 18 novembre 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/FLASH90)

Assassinats, intimidations, lieux de cultes démolis : des croyants sont persécutés ou discriminés dans un pays dans le monde sur cinq, affirme l’organisation catholique Aide à l’Église en détresse (AED) jeudi, qui s’alarme de « l’ultranationalisme agressif de certains États ».

Entre juin 2016 et juin 2018, elle a comptabilisé des persécutions religieuses dans 21 pays (de la Birmanie au Niger et Nigeria, en passant par la Chine et l’Inde). Des discriminations ont été commises dans 17 autres pays, comme la Russie, la Turquie, l’Algérie par exemple, selon AED. Soit au total un pays sur cinq.

Cette fondation internationale de droit pontifical examine tous les deux ans la situation de toutes les confessions religieuses de 196 pays. Pour la 14e édition de son rapport, elle a travaillé avec l’aide d’une vingtaine de journalistes indépendants.

« On constate une banalisation des atteintes à la liberté religieuse », ce « dans une indifférence quasi générale » de la communauté internationale, a déploré Marc Fromager, directeur de l’AED, lors d’une conférence de presse à Paris.

Dans les 38 pays, « la situation s’est aggravée » pour 18 d’entre-eux, « en particulier dans deux des pays les plus peuplés au monde, la Chine et l’Inde ».

Des réfugiés rohingyas célèbrent l’Aïd el-Adha, dans un camp de réfugiés au Bangladesh, le 21 août 2018. (Crédit : AFP / Dibyangshu SARKAR)

Tout comme en Birmanie, accusée d’épuration ethnique des musulmans rohingyas en 2017, où les perspectives restent « très sombres ». Le pays est agité par les « campagnes de haine » organisées par les nationalistes bouddhistes.

Par rapport à l’enquête de 2016, la situation s’est améliorée en Tanzanie et au Kenya. Mais elle s’est dégradée dans deux autres, la Russie et le Kirghizistan, qui intègrent pour la première fois la catégorie « discriminations ».

Marc Fromager dénonce notamment « une augmentation des menaces que les acteurs étatiques font peser sur la liberté religieuse, qu’ils les organisent (Chine, Russie) ou les encouragent en garantissant une impunité systématique aux auteurs de ces atteintes (Inde) ».

Policiers des forces spéciales déployés devant le centre commercial de Hotan, dans la région chinoise de Xinjiang, en proie à des tensions entre les Hans et les Ouïghours musulmans, dans le cadre de la campagne « anti-terroriste », le 16 avril 2015. (Crédit : Greg Baker/AFP)

« Cette hostilité à l’encontre des minorités s’est aggravée au point de pouvoir qualifier ce phénomène d’ultranationalisme agressif ».

En Chine, des églises ont été démolies, les autorités interdisent aux musulmans ouïghours d’observer le ramadan, a expliqué M. Fromager. La « persécution continue » pour les bouddhistes tibétains, note le rapport.

Lieux de culte parisiens illuminés

Deuxième enseignement de l’étude: « L’essor de l’islamisme radical », souligne Marc Fromager, un fait « malheureusement pas nouveau ».

Ainsi, si les violations imputables aux islamistes ont diminué dans certains pays (Tanzanie, Kenya), la situation s’est « aggravée dans beaucoup d’autres », comme au Niger ou en Somalie.

« Le succès des campagnes militaires contre l’État islamique a dissimulé la propagation dans certaines régions de mouvements islamistes militants », comme en Egypte, ou au Nigeria. Dans ce dernier, des violences ont été observées dans la ceinture centrale, les bergers peuls terrorisant les chrétiens.

L’organisation souligne toutefois que « la situation s’est améliorée » en Syrie et en Irak. Dans ce dernier, « avec la défaite de l’État islamique, les chrétiens et quelques autres minorités religieuses sont rentrés chez eux », mais « ne sont pas protégées ». Par ailleurs, « les tensions entre sunnites et chiites dans le pays continuent d’accroître l’instabilité ».

L’Europe – hors Ukraine – ne figure pas dans les pays « à problèmes », mais l’AED note « en Occident », que des « attaques extrémistes motivées notamment par la haine religieuse connaissent une recrudescence préoccupante ».

De Gauche à droite : Bono de U2, le guitariste The Edge, le batteur Larry Mullen Jr et le bassiste Adam Clayton rendant hommage aux victimes de attaques près de la salle de concert au Bataclan le 14 novembre 2015 Paris, un jour après une série de coordonnées attaques dans et autour de Paris (Crédit : AFP PHOTO / FRANCK FIFE)

A l’approche du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’AED rappelle que l’article 18, qui reconnait la liberté religieuse, est « un élément fondamental d’un authentique État de droit ».

Pour sensibiliser l’opinion et rendre hommage à ceux « qui ne peuvent vivre librement leur foi », des monuments vont être illuminés en rouge, « couleur du martyre » ce jeudi à partir de 17h30. A Paris, cela concernera la basilique du Sacré Cœur de Montmartre, la Grande synagogue rue de la Victoire, la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité et la Grande mosquée.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...