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La longue et brutale dictature de Franco en Espagne

Près d'un demi-siècle après la mort du dictateur, un juge va entendre pour la première fois une victime de torture sous l'une des plus longues dictatures européennes du 20e siècle

Les victimes de la dictature franquiste Julio Pacheco Yepes (2e à gauche) et son épouse Rosa Maria Garcia Alcon (2e à droite) tiennent une banderole faite de photographies d’autres victimes devant le tribunal de Madrid le 15 septembre 2023 (Photo de Pierre-Philippe MARCOU / AFP)
Les victimes de la dictature franquiste Julio Pacheco Yepes (2e à gauche) et son épouse Rosa Maria Garcia Alcon (2e à droite) tiennent une banderole faite de photographies d’autres victimes devant le tribunal de Madrid le 15 septembre 2023 (Photo de Pierre-Philippe MARCOU / AFP)

Retour sur cette période noire de l’Espagne sur laquelle la question du travail de mémoire divise toujours le pays.

Guerre civile

En juillet 1936, Francisco Franco est l’un des principaux conjurés du soulèvement militaire contre la République dirigée par le Front Populaire de gauche.

Appuyé par Adolf Hitler – ce sont principalement des bombardiers allemands qui détruiront la ville de Guernica, au Pays basque, immortalisée par le tableau de Picasso – et Benito Mussolini, le « généralissime » remporte la guerre civile en 1939, écrasant les républicains. Ces trois ans de conflit marqués par des atrocités font plusieurs centaines de milliers de morts.

A LIRE : Comment le dictateur Franco a bâti son régime en diabolisant les Juifs

Le Caudillo (chef militaire) prend la tête d’un pays en ruines, frappé par la famine et les épidémies.

S’il évite de participer à la Seconde Guerre mondiale, ses sympathies pour l’Axe lui vaudront l’ostracisme des vainqueurs. L’entrée de l’Espagne dans l’ONU en 1955 marquera la fin de l’isolement.

Répression féroce

Durant ses cinq premières années de pouvoir, Franco fait exécuter des dizaines de milliers de républicains. Les corps sont jetés dans des fosses communes.

Le nombre de disparus durant la guerre civile et les années suivantes est estimé à environ 114 000, selon des chiffres cités par le Premier ministre Pedro Sanchez.

Par ailleurs, un demi-million de personnes prennent le chemin de l’exil, leurs biens sont saisis.

Franco cible communistes et francs-maçons dans une loi en 1940.

Il est soutenu par les grands propriétaires terriens et la bourgeoisie industrielle et financière. A ses débuts, son régime bénéficie aussi de l’aversion de nombreux Espagnols pour les exactions antireligieuses des républicains durant le conflit. Religion d’Etat, l’Eglise catholique en est le principal pilier.

Bébés volés

Débute aussi un trafic pour soustraire les enfants à des opposantes accusées de leur transmettre le « gène » du marxisme.

Souvent avec la complicité du clergé, les enfants sont retirés à leurs parents après l’accouchement, déclarés morts, et adoptés par des couples stériles, de préférence proches du régime.

Ce trafic touchera à partir des années 1950 des enfants nés hors mariage ou dans des familles pauvres ou très nombreuses.

Selon les associations, des milliers de bébés pourraient avoir été volés pendant la dictature, aucune loi espagnole n’ayant encadré les adoptions avant 1987.

Julio Pacheco Yepes pose devant le tribunal avant son audience à Madrid le 15 septembre 2023 (Photo de Pierre-Philippe MARCOU / AFP)

Crimes impunis

Franco meurt le 20 novembre 1975 après une interminable agonie.

Juan Carlos, successeur désigné depuis 1969, est proclamé roi deux jours plus tard. S’ensuit une transition vers la démocratie avec l’organisation d’élections en 1977 et l’adoption d’une Constitution en 1978.

Au nom de cette transition, une loi d’Amnistie est votée en 1977 par la quasi-totalité des forces politiques, empêchant toute poursuite pour les opposants à Franco, mais aussi pour les représentants du régime.

Pour cette raison, les tentatives de la justice d’enquêter sur les crimes du franquisme seront stoppées net en Espagne, laissant ouvertes les plaies de la dictature.

Le passé en face

Un premier changement s’amorce en 2007 avec une loi de « Mémoire historique » initiée par la gauche mais le véritable tournant intervient en 2022 quand un autre gouvernement socialiste fait adopter une loi de « Mémoire démocratique », au grand dam de la droite.

Outre la recherche des disparus, la loi annule les condamnations sommaires prononcées sous Franco, reconnaît pour la première fois comme victimes du franquisme les bébés « volés » et prévoit la création d’un parquet spécial.

En juin 2023, ont débuté des travaux d’exhumation de victimes enfouies dans le monumental mausolée où reposait la dépouille du Caudillo jusqu’à son transfert en 2019 dans un cimetière plus discret près de Madrid.

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