La musique de Tom Petty agissait sur nos âmes
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Témoignage

La musique de Tom Petty agissait sur nos âmes

Nous sommes en deuil d'une star du rock restée sous-estimée et qui voulait arrêter sa carrière pour passer du temps avec sa petite fille

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Tom Petty avec le membre du groupe Diaspora Yeshiva Band Avraham Rosenblum, à Jérusalem en 1987 (Capture d'écran : YouTube)
Tom Petty avec le membre du groupe Diaspora Yeshiva Band Avraham Rosenblum, à Jérusalem en 1987 (Capture d'écran : YouTube)

Je n’arrive pas à savoir ce qu’il y avait chez Tom Petty.

Il n’y avait pas la poésie tourbillonnante d’un Dylan. Et même s’il avait eu une enfance apparemment difficile qui aurait été susceptible de l’inspirer, il n’y avait que peu de cette évasion de la réalité qui s’exprime avec tant de beauté chez Springsteen.

Dans ses interviews, il s’effaçait souvent, il hésitait. Il était à peine plus expressif sur scène. A Hyde Park, à Londres, il n’y a que quelques semaines, il n’avait pas trouvé davantage qu’un « merci beaucoup » pour saluer son public, même s’il l’avait répété plusieurs fois.

Mais sa musique. Lorsqu’elle s’élevait, elle élevait aussi l’âme.

Cet Américain de Floride m’avait captivé – moi, le jeune et gentil garçon Juif d’un quartier du nord-ouest de Londres – avec son seul album flanqué d’une vraie grandeur, sorti en 1979, « Damn the Torpedoes ». Et je suis resté fasciné pendant les quatre décennies qui ont suivi.

Il était venu, auréolé de gloire, en Israël à la fin des années 1980. Moins glorieusement, lui et ses Heartbreakers accompagnaient un Bob Dylan de très mauvaise humeur. Un clip vidéo qui est ressorti ces dernières heures à l’annonce de son décès le montre lui, le batteur de l’époque Stan Lynch et d’autres membres du groupe à proximité du mur Occidental, avec un membre du groupe Diaspora Yeshiva Band, en train d’écouter un exposé rapide sur les lieux saints, les récits juifs et musulmans de Jérusalem et l’efficacité de la prière.

Tom Petty (à gauche) et le batteur Stan Lynch, aux abords du mur occidental de Jérusalem, en 1987 (Capture d'écran : YouTube )
Tom Petty (à gauche) et le batteur Stan Lynch, aux abords du mur occidental de Jérusalem, en 1987 (Capture d’écran : YouTube )

Comme toujours, Petty est caché derrière ses propres ombres et, même s’il est intéressé à l’évidence, sa présence est largement minimisée. « C’est complètement fou, n’est-ce pas ? », lance-t-il à Lynch après ce court exposé, alors que les deux hommes se dirigent vers le mur.

Il y avait un bassiste juif dans le groupe à l’époque, Howie Epstein, qui a joué aux côtés des Heartbreakers pendant environ 20 ans mais qui est mort il y a presque 15 ans, à l’âge de 47 ans, parce qu’il abusait des stupéfiants.

Tout comme c’est le cas aussi dans le groupe de Springsteen, the E Street Band, les musiciens de Petty ont eu tendance à rester à ses côtés pendant des décennies – et le guitariste Mike Campbell, ce virtuose dont le jeu a permis d’élever encore plus haut chaque chanson écrite par Petty, sera resté pour sa part encore plus de temps.

Damn The Torpedoes, par Tom Petty et The Heartbreakers
Damn The Torpedoes, par Tom Petty et The Heartbreakers

Petit à petit, au cours des années, des millions de personnes se sont attachées au rock explosif de Petty et il est devenu une star authentique – vendant un grand nombre de disques et intervenant même à deux occasions lors de la mi-temps du Super Bowl en 2008.

Il savait qu’il était une star, bien sûr, mais on avait également le sentiment qu’il était privilégié par l’accompagnement musical dont il avait su s’entourer – en particulier en tant que membre du groupe Traveling Wilburys, aux côtés de Dylan, Roy Orbison, Jeff Lynne et George Harrison, cet ex-Beatles qui était devenu son ami.

Lundi a été une journée marquée par une tragédie inoubliable en Amérique. A côté de cela, la mort de Tom Petty est sans rapport, une triste note en bas de page. Au niveau musical, il s’agit pourtant d’une perte majeure, il faisait encore de bons disques et il se produisait sur scène dans le cadre de merveilleux concerts. Et au niveau personnel, quel malheur pour lui et pour ceux qu’il a laissés derrière lui : Il avait dit que la tournée qu’il venait de terminer pourrait bien être la dernière parce qu’il voulait passer un peu plus de temps avec sa petite fille.

Sa mort soudaine nous rappelle à nous tous la fragilité et le caractère précieux de la vie. Comme des millions d’autres, il me manquera ainsi que sa musique, qui aura enrichi le temps qui nous a été imparti ici.

Dans une chanson peu connue de 2002 appelée « Have Love, Will Travel », Petty avait écrit les paroles suivantes : “How about a cheer for all those bad girls / And all the boys that play that rock and roll / They love it like you love Jesus / It does the same thing to their souls. (« Que dire d’acclamer toutes ces mauvaises filles/et ces garçons qui jouent du rock-n-roll ?/ Ils l’adorent comme vous adorez Jésus/Leur âme est touchée de la même façon »)

C’est évidemment le cas. Et Tom Petty l’aura fait mieux que quiconque.

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