La naissance d’Athéna révélée sur un éclat vieux de 2 300 ans trouvé en Galilée
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La naissance d’Athéna révélée sur un éclat vieux de 2 300 ans trouvé en Galilée

Le Reflectance Transformation Imaging (RTI) est une technique de plus en plus courante chez les archéologues aujourd'hui

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Représentation photographique ITR  de la poterie des Pouilles représentant Dione et Aphrodite trouvées sur le site e-Tell israélien près de la mer de Galilée. L'image est apparemment la copie d'un dessin trouvé au Parthénon à Athènes, au 5ème siècle avant notre ère. (Crédit : Hanan Shafir, Excavations Bethsaida / Michael Maggen, Le Musée d'Israël)
Représentation photographique ITR de la poterie des Pouilles représentant Dione et Aphrodite trouvées sur le site e-Tell israélien près de la mer de Galilée. L'image est apparemment la copie d'un dessin trouvé au Parthénon à Athènes, au 5ème siècle avant notre ère. (Crédit : Hanan Shafir, Excavations Bethsaida / Michael Maggen, Le Musée d'Israël)

Lorsque le projet de fouilles Bethsaïde a permis de découvrir un petit fragment de poterie ornementé sur le site de fouilles au nord de la mer de Galilée en 2016, un débat animé a eu lieu pour savoir ce qui y était exactement représenté.

« Certains ont vu une forme assise sur un siège avec quelqu’un à côté. D’autres y ont vu quelque chose d’érotique », a déclaré en riant le Dr Rami Arav, directeur du projet et professeur de religion et de philosophie à l’université du Nebraska à Omaha. « Mais j’ai dit : ‘Non, ça ne peut pas être érotique. Ce doit être autre chose' », a-t-il raconté au Times of Israël.

Comme rapporté récemment dans Haaretz, le « quelque chose d’autre » sur le fragment vieux de 2 300 ans est en fait la déesse Athéna née de la tête de son père Zeus, comme la nymphe Dione et la déesse Aphrodite. La scène est une réplique rare de ce qui se trouve sur le fronton oriental (pignon triangulaire) du Parthénon, le temple de marbre richement sculpté dédié à Athéna et achevé à Athènes en 432 avant l’ère commune.

Représentation photographique ITR de la poterie des Pouilles représentant Dione et Aphrodite trouvée sur le site e-Tell israélien près de la mer de Galilée. L’image est apparemment la copie d’un dessin du Parthénon à Athènes, à partir du 5ème siècle avant notre ère. (Crédit : Hanan Shafir, Excavations Bethsaida / Michael Maggen, Le Musée d’Israël)

Ce n’est pas la première découverte importante du site e-Tell, site de fouilles à la fois pour Bethsaïde et pour l’ancienne ville de Geshur, où Arav travaille depuis 1987, avec le consortium du projet d’excavation de Bethsaïde – un groupe de 30 érudits issus de 18 institutions internationales.

Une stèle de taureau qui se trouvait sur un autel à l’entrée de Geshur, découvert en 1996, est exposé au Musée d’Israël et constitue l’une des découvertes les plus importantes du site. En 2014, l’équipe a découvert une pièce romaine rare de l’époque d’Agrippa II portant l’expression « Judea Capta », qui commémore la victoire sur les rebelles juifs et la destruction du temple de Jérusalem.

Mais l’image découverte sur le petit fragment « Athena » de 7,5 cm x 3 cm est presque aussi fantastique que la mythologie. Pour reconstituer l’image, le photographe de fouilles Hanan Shafir a utilisé le Reflectance Transformation Imaging (RTI), une technique de plus en plus courante chez les archéologues de nos jours.

Pièce Judea Capta avec la tête de Domitien trouvée à Bethsaïde, datée 85 apr. J.-C. (Crédit : Hanan Shafir)

La photographie ITR est une technique développée ces dernières années sur la base du travail effectué en 2001 par les scientifiques de Hewlett-Packard Labs, Tom Malzbender et Dan Gelb. Pour créer cette image composite, un objet est photographié 48 fois au même endroit, dans des conditions de lumière changeantes, à mesure que la source de lumière se déplace à la même distance autour de l’objet.

Selon la société à but non lucratif Cultural Heritage Imagine, l’un des principaux promoteurs de la technique : « Dans chaque photographie, la lumière est projetée à partir d’une direction différente, connue ou connaissable. Ce processus produit une série d’images du même sujet avec des reflets et des ombres variables. »

« Un logiciel spécial combine toutes les 48 images en une image active », a déclaré Shafir. Le photographe peut choisir quelles photos ont la meilleure source de lumière dans différents modes – noir et blanc, se concentrer sur la topographie, etc. « Le résultat est une amélioration numérique de la photo qui simule une image 3D », a-t-il dit. Bien qu’optimale, si elle est effectuée dans des conditions de laboratoire, Shafir a déclaré que la technique peut également être utilisée sur des objets trouvés in situ sur les sites de fouilles.

Prof. Rami Arav (Crédit : autorisation)

Shafir, qui a appris le Reflectance Transformation Imaging (RTI) en 2014 auprès du directeur du Musée d’Israël Michael Maggen, a effectué la procédure sur le fragment de poterie dans son laboratoire de Ramat Hasharon. Pour obtenir un rendu plus clair de l’éclat de poterie, il a éliminé toutes les couleurs et amélioré sa topographie, ce qui a produit une image « brillante » mais claire. Les résultats ont également été analysés par le Dr Stefany Peluso, étudiant post-doctoral à l’université de Haïfa.

« Aujourd’hui, la technologie aide l’archéologie de plusieurs façons; elle peut améliorer des choses que vous ne voyez pas et permettre aux archéologues de rechercher sur l’ordinateur des choses que vous ne voyez pas à l’œil nu », a déclaré Arav.

Représentation photographique ITR d’une lampe à huile hellénistique trouvée en 2013 aux fouilles de Bethsaïde, au nord de la mer de Galilée. (Crédit : Hanan Shafir, fouilles de Bethsaïde)

Shafir donne l’exemple d’une lampe à huile découverte par l’équipe il y a quatre ans. A l’œil nu, « vous pouviez voir qu’il y avait quelque chose sur le bec verseur »; « avec l’imagerie RTI, maintenant vous voyez des choses vraiment incroyables… avec l’image topographique RTI brillante, vous obtenez une vraie surprise. »

Souvenir de terres lointaines ?

La façon dont le fragment de poterie s’est retrouvé en Galilée reste un mystère. Selon Haaretz, la seule autre copie artistique de la frise du Parthénon a été trouvée à 25 km d’Athènes, à Eleusis.

Représentation photographique ITR de la poterie des Pouilles représentant Dione et Aphrodite trouvées sur le site e-Tell israélien près de la mer de Galilée. L’image est apparemment la copie d’un dessin trouvé au Parthénon à Athènes, à partir du 5ème siècle avant notre ère. (Crédit : Hanan Shafir, Excavations Bethsaida / Michael Maggen, Le Musée d’Israël)

Le fragment de Bethsaïde, à présent noir avec une couleur intérieure brune ou rouge, date probablement du 2e siècle avant notre ère, a déclaré Arav. Selon lui, le fragment est ce qui pourrait être considéré comme une copie contemporaine de la « poterie des Pouilles », un style de peinture sur poterie qui a commencé au 7e siècle avant notre ère dans le sud de l’Italie et qui est devenu l’archétype de l’urne grecque.

Cependant, comme les imitations « Gucci » d’aujourd’hui sont faites à Hong Kong, non en Italie, la copie Bethsaïde de la scène du Parthénon provient probablement de la côte phénicienne, a déclaré Arav.

Il y a beaucoup à apprendre sur les colons de Bethsaïde à partir de ce fragment de poterie, a déclaré Arav.

« J’apprends par exemple que malgré le fait qu’ils étaient éloignés d’Athènes, de Rome et des grands centres culturels du monde de l’époque, et malgré le fait qu’ils n’avaient pas de journaux, de radio, de télévision, de connexion internet et de choses qui selon nous, nous relient au monde, les gens étaient très connectés », a-t-il déclaré.

Le Parthénon à Athènes, en Grèce. (Crédit : CC BY-SA Charles P., Flickr)

« En regardant leurs pièces de monnaie, ils pouvaient dire qui étaient les dirigeants actuels, ce qu’il y avait à voir dans les villes. Les images sur des vases en céramique pouvaient présenter des monuments de villes, ou rappeler les histoires racontées sur leurs dieux, déesses, et héros locaux », a déclaré Arav.

Les pots ont permis aux colons galiléens d’avoir une idée des ornements des frontons du Parthénon, sans faire le voyage jusqu’à Athènes.

« Un peu comme les touristes qui voyagent à Paris et ramènent chez eux une miniature de la Tour Eiffel. Ils le montrent à leurs familles et disent : ‘Voilà, c’est ce qu’il y a à voir à Paris.’ Nous ne sommes pas si différents », a déclaré Arav.

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