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La normalisation israélo-saoudienne nécessaire à la sécurité américaine – Sullivan

Le Conseiller américain à la Sécurité nationale assure que l’élargissement des accords d’Abraham sera une priorité à l’avenir et revient sur l'invitation de Netanyahu à Washington

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le prince héritier Mohammed bin Salman, à gauche, parle à son père, le roi Salman, à droite, lors d'une rencontre du Conseil de coopération du Golfe à Ryad, en Arabie saoudite,  le 9 décembre 2018. (Crédit : Saudi Press Agency via AP)
Le prince héritier Mohammed bin Salman, à gauche, parle à son père, le roi Salman, à droite, lors d'une rencontre du Conseil de coopération du Golfe à Ryad, en Arabie saoudite, le 9 décembre 2018. (Crédit : Saudi Press Agency via AP)

Le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré jeudi que les États-Unis voyaient un avantage, en termes de sécurité, à la négociation d’un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, rappelant l’engagement de l’administration Biden à soutenir l’élargissement des accords d’Abraham dans un proche avenir.

L’affirmation, par la bouche du plus proche conseiller de Biden, que la normalisation des relations israélo-saoudiennes présenterait un réel intérêt en matière de sécurité des États-Unis semble aller plus loin que la position de la précédente administration. Il est néanmoins difficile de dire à ce stade dans quelle mesure cette déclaration amicale, faite devant une foule largement pro-israélienne, est le signe d’un réel changement de politique ou une preuve d’attention de la part de la Maison blanche.

« Promouvoir la normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite est dans notre intérêt, et nous avons les moyens de le faire. C’est d’ailleurs cette administration qui a donné la première occasion de rapprochement entre les deux pays avec l’ouverture de l’espace aérien au-dessus de l’Arabie saoudite pour les vols civils en provenance d’Israël », a déclaré Sullivan lors d’un discours prononcé au Washington Institute for Near East Policy sur la politique menée par l’administration Biden au Moyen-Orient.

« Et au final, une normalisation totale des relations entre ces deux nations est clairement dans l’intérêt des États-Unis pour ce qui est de la sécurité. Nous sommes très clairs là-dessus », a-t-il ajouté.

Officieusement, les autorités saoudiennes ont exprimé leur intérêt pour un tel accord, ces dernières années, ce qui n’empêche pas les perspectives de normalisation de demeurer encore lointaines.

Riyad a présenté de nombreuses demandes aux États-Unis concernant des améliorations majeures de leurs relations bilatérales comme autant de préalables à un tel accord de normalisation.

L’intransigeance du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’égard des Palestiniens s’est attirée les critiques cinglantes de la part du royaume du Golfe, ce qui rend la normalisation moins acceptable à la fois par le palais et la population.

Malgré tout, l’actuel gouvernement américain est parvenu à quelques avancées, notamment sur des questions qui avaient échappé à l’administration Trump, négociatrice des accords d’Abraham.

L’an dernier, la Maison blanche a négocié les dernières étapes d’un accord visant à transférer la souveraineté de deux îles de la mer Rouge d’Égypte à l’Arabie saoudite, ce à quoi Riyad a réagi en ouvrant son espace aérien pour les vols civils à destination et en provenance d’Israël. Elle a par la suite obtenu d’Oman qu’il fasse de même, ce qui a permis de considérablement réduire le temps de vol des Israéliens en route pour les pays d’Extrême-Orient.

Lors d’une session de questions-réponses, Sullivan a été interrogé sur la capacité de son administration à conclure cet accord difficile, mais il s’est refusé à rentrer dans les détails.

« Voyez-y le gage de notre sérieux sur la question : je ne vais rien ajouter, de crainte de perturber les efforts en cours sur cette question », a-t-il déclaré.

Sullivan a toutefois indiqué qu’il se rendrait à Riyad ce week-end pour s’entretenir avec des responsables saoudiens, indiens et émiratis.

S’agissant plus généralement des accords d’Abraham, Sullivan a déclaré que l’administration Biden était bien déterminée à « soutenir l’intégration complète et définitive d’Israël, que ce soit au Moyen-Orient comme dans le reste du monde ».

« C’est un point sur lequel nous continuerons de mettre l’accent, dans les temps à venir, parallèlement à notre volonté d’attirer davantage de pays signataires et d’inscrire Israël plus profondément encore au sein du Moyen-Orient et au-delà », a-t-il précisé.

S’adressant à la Treizième chaine vendredi, le conseiller israélien à la sécurité nationale, Tzachi Hanegbi, a déclaré que la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite était un objectif central de la politique étrangère israélienne.

« Nous nous réjouissons grandement que le conseiller à la sécurité nationale ait dit que c’était également un objectif américain », a-t-il déclaré, soulignant le prochain déplacement de Sullivan.

« Nous espérons une avancée significative lors de cette visite. »

Pour certains observateurs, la décision de l’Arabie saoudite, en mars dernier, de normaliser ses relations avec l’Iran a été une étape préalable à la conclusion d’un accord avec Israël. Sur ce point, Sullivan a fait savoir que les États-Unis avaient été en contact étroit avec Riyad « tout au long » de ses pourparlers avec Téhéran.

Il a indiqué que cet accord avec l’Iran était « conforme à l’objectif central de désescalade, que nous soutenons et encourageons, tout en maintenant la pression sur l’Iran, notamment par le biais de sanctions ».

Sullivan a redit la frustration de l’administration Biden face au retrait, en 2018, du temps de l’administration Trump, de l’accord nucléaire iranien négocié trois ans plus tôt, affirmant que cela avait incité la République islamique à reprendre plus que jamais ses travaux d’enrichissement d’uranium.

« Nous maintenons le contact diplomatique avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire, et continuons de croire que c’est une erreur tragique de ne pas conclure de nouvel accord », a expliqué Sullivan, alors que les négociations sont au point mort depuis leur échec l’an dernier.

« Nous avons clairement fait savoir à l’Iran que nous ne laisserons pas ce pays se doter de l’arme nucléaire. Comme le président Biden l’a affirmé à plusieurs reprises, il prendra les mesures nécessaires pour faire respecter cet engagement, y compris en reconnaissant la liberté d’action d’Israël », a-t-il ajouté.

Le conseiller américain à la sécurité nationale a profité de ce discours pour revenir sur les succès de son administration au Moyen-Orient, notamment ces deux dernières années, comme les efforts diplomatiques déployés pour mettre un terme à la guerre de Gaza, en mai 2021, entre Israël et le Hamas après 11 jours d’affrontements, l’ouverture de l’espace aérien omanais et saoudien aux survols israéliens, le soutien au Forum du Néguev destiné à renforcer la coopération entre Israël, les États-Unis et leurs alliés arabes, la création du forum I2U2 pour renforcer la coopération entre Israël, l’Inde, les États-Unis et les Émirats arabes unis, la négociation d’un accord maritime entre Israël et le Liban en 2022 et l’organisation de deux sommets régionaux, cette année, en Égypte et Jordanie, toute premières réunions directes entre responsables israéliens et palestiniens au niveau politique depuis près de dix ans.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, rencontrant le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, à Jérusalem, le 19 janvier 2023. (Crédit : Kobi Gideon/Bureau du Premier ministre)

Sullivan s’est abstenu de toute critique à l’égard d’Israël lors de son discours de 30 minutes.

Les relations américano-israéliennes ont été particulièrement tendues ces derniers mois. Biden s’est personnellement investi pour mettre en garde contre les effets du projet de réforme judiciaire du gouvernement Netanyahu et le Département d’État a convoqué l’ambassadeur d’Israël à Washington suite à l’adoption par la Knesset d’une loi permettant aux Israéliens de s’établir de nouveau dans le nord de la Cisjordanie, pourtant évacué lors du désengagement de Gaza en 2005.

Le conseiller à la sécurité nationale s’est contenté de déclarations générales sur l’importance toujours centrale des valeurs démocratiques pour les États-Unis dans leurs relations avec leurs alliés. « Tout comme nous nous efforçons toujours de perfectionner notre propre démocratie sur notre territoire, nous continuerons d’exprimer nos préoccupations concernant les droits de l’homme et les libertés fondamentales dans le monde, y compris au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.

En attendant Biden

Pressé de savoir quand les États-Unis inviteront Netanyahu à la Maison blanche, Sullivan a affirmé : « Il n’y a ni conditions ni préalables attendus », sans en dire beaucoup plus.

« Quand nous aurons une date à annoncer, nous l’annoncerons », a déclaré le conseiller à la sécurité nationale.

Cela fait maintenant cinq mois que Netanyahu est au pouvoir, et il n’a toujours pas été invité à la Maison blanche, ce qui est un temps anormalement long pour un Premier ministre israélien. Les analystes estiment que c’est un signe du mécontentement américain envers le gouvernement de Netanyahu, qui traduit également les craintes d’une prise de distances entre Washington et Jérusalem.

Biden a déclaré fin mars que Netanyahu ne serait pas invité à Washington à « court terme », peu de temps après avoir exprimé son mécontentement à l’égard du projet de réforme judiciaire du gouvernement israélien.

Le président américain Joe Biden, à gauche, serrant la main du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Bureau du Premier ministre)

Les discussions concernant le déplacement tant attendu de Netanyahu à la Maison blanche n’ont pas encore eu lieu, avait confié un responsable israélien au Times of Israel le mois dernier, estimant que les États-Unis attendaient d’être fixés sur la question de l’avenir de cette réforme avant de faire quoi que ce soit.

Le mois dernier, Netanyahu a accepté de suspendre temporairement les travaux législatifs portant sur la limitation des pouvoirs de la Cour suprême afin de tenter de trouver un consensus avec l’opposition. Ces pourparlers ont eu lieu à plusieurs reprises à la résidence du président Isaac Herzog, ces dernières semaines, mais ils n’ont pas encore abouti et il n’est pas impossible que la coalition décide de reprendre les travaux sur la réforme en juin.

L’annonce faite par Biden, la semaine dernière, de sa candidature aux prochaines élections sera sans doute de nature à complexifier encore davantage l’organisation d’une visite de Netanyahu aux États-Unis, les considérations de politique intérieure l’emportant de loin sur les décisions de politique étrangère à l’approche de novembre 2024.

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