La nouvelle présidente musulmane de J Street U est « culturellement juive »
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La nouvelle présidente musulmane de J Street U est « culturellement juive »

Mais la communauté juive est-elle "assez mature" pour une non juive à une position aussi élevée ?

Amna Farooqi (à droite de la photo) amène les élèves J Street U à une manifestation contre Hillel international en marge de la conférence de J Street U, à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Moshe Zusman / JTA)
Amna Farooqi (à droite de la photo) amène les élèves J Street U à une manifestation contre Hillel international en marge de la conférence de J Street U, à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Moshe Zusman / JTA)

POTOMAC, Maryland (JTA) — La nouvelle présidente de J Street U, Amna Farooqi n’a pas caché être une « musulmane pakistano-américaine ».

C’est ainsi qu’elle s’est présentée dans un discours au printemps à la convention nationale de J Street à Washington, où elle était membre du conseil.

Pourtant, l’élection de Farooqi à la présidence lors de la rencontre d’été de J Street U en août a provoqué une réaction vive des soutiens d’Israël sur la Toile. Les commentaires négatifs allaient de (« Aucun Juif ne s’était présenté ? ») à des messages plus agressifs (la qualifiant de « musulmane anti Israël »).

J Street U est l’aile universitaire de J Street, un groupe de pression libéral : « pour Israël, pour la paix ».

« Je sais que je ne suis pas juive et que c’est très effrayant pour beaucoup de monde, et je le comprends d’une certaine façon. Mais je viens faire ce travail parce que je me soucie des gens de Potomac [Maryland], des gens en Israël et en Palestine », a déclaré Farooqi. « Je fais cela parce que je m’en soucie, et j’ai avec moi un mouvement entier de gens qui s’en soucient ».

Elle a reçu des commentaires de soutien sur les réseaux sociaux, avec de nombreuses attaques des deux côtés de l’opposition entre Israël et la Palestine.

Tali deGroot, vice-présidente de J Street U nouvellement élue et juive, a déclaré que quatre étudiants s’étaient présentés à la présidence de J Street U : deux juifs et deux non juifs.

Farooqi, âgée de 21 ans, a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de se convertir au judaïsme, même si elle se considère « culturellement juive », ayant grandi dans la région de Montgomery où beaucoup de Juifs résident.

Elle dit avoir trop de travail pour s’inquiéter des critiques. En tant que présidente de J Street U, explique-t-elle, c’est son travail de guider le groupe, d’établir des stratégies avec ses vices présidents régionaux et d’appliquer les objectifs de J Street sur le campus.

Dans le futur, Farooqi déclaré que J Street U continuera à faire pression sur des organisations juives américains pour être plus transparentes sur la destination des fonds, tout particulièrement s’ils dépassent les frontières d’avant 1967, et continuera à faire pression sur la communauté juive dans son ensemble pour « aborder la question de l’occupation ».

« Nous pensons que beaucoup de choses pour lesquelles la communauté juive américaine est inquiète proviennent de l’occupation et ils ne sont pas à l’aise avec ça », déclare-t-elle.

Qalqilya, vu derrière la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009 (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)
Qalqilya, vu derrière la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009 (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Farooqi a réaffirmé que J Street U est opposé au mouvement de boycott du BDS mené contre Israël et ne soutient pas la Semaine Apartheid et des événements similaires sponsorisés par les Etudiants pour la Justice en Palestine. Elle a déclaré avoir assisté à une rencontre de groupe pour les droits palestinines lors de sa première année et qu’elle avait « été très déçue par la rhétorique à sens unique ».

Cela ne veut pas dire qu’elle a peur de critiquer Israël. Ses tweets sur la présence israélienne en Cisjordanie et des commentaires moins que flatteurs sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont fait tiquer et ont été cités par certains comme une preuve que J Street n’est pas « pro-Israël ».

Eric Rozenman, directeur à Washington du Comité pour l’Exactitude de l’Information sur le Moyen Orient aux Etats-Unis, qui s’attaque aux préjugés perçus comme anti-Israël dans les médias et qui agit dans les campus, a déclaré que l’agitation médiatique concernant l’élection de Farooqi a été exagérée, tout particulièrement, a-t-il déclaré, parce qu’elle n’est pas la première étudiante américaine et musulmane à être ouvertement pro-Israël à l’université.

Ce qui serait plus remarquable, a-t-il déclaré, serait qu’un étudiant juif sioniste soit élu à la tête d’une association d’étudiants musulmans. Ça n’aura jamais lieu, explique Rozenman, parce qu’une grande partie de « l’autre camp » ne veut pas seulement critiquer d’Israël, mais vise à la « délégitimisation d’Israël » en tant qu’État juif.

Assise à un café non loin de la maison de ses parents à Potomac, Farooqi a expliqué sans difficulté que son chemin vers le sionisme a commencé comme étant beaucoup plus compatissante envers la cause palestinienne.

« Mon tout premier souvenir d’Israël est un panneau « Nous soutenons Israël » devant la Congrégation Har Shalom et ces autres endroits, sachant que je n’étais pas d’accord avec tout cela, parce que je lisais des articles sur l’expansion des implantations, l’Opération Plomb Durci », a déclaré Farooqi en référence à la guerre d’Israël de 2006 contre Gaza.

« Je savais que mes parents n’avaient jamais été anti-Israël parce qu’ils étaient sensibles au fait qu’il y a des gens en Israël qui veulent la paix, mais ils critiquaient ses politiques, alors j’ai grandi en connaissant Israël comme un lieu pour lequel je n’avais pas des sentiments très positifs. Et pourtant je l’ai aimé. »

Farooqi s’est souvenue que son voyage vers le sionisme a commencé avec un combat. En tant que rédactrice en chef du journal de son lycée, elle a déclaré qu’elle voulait écrire un éditorial en soutien à la tentative de l’Autorité palestinienne d’obtenir un État aux Nations unies. Lorsqu’une amie juive proche a entendu cela, a-t-elle déclaré, cela a conduit à un match inattendu de cris.

« C’est clairement quelque chose qui représente beaucoup pour moi, parce que je pleure. Cela signifie beaucoup pour elle, parce qu’elle crie », a-t-elle déclaré. « Cela m’a conduit à en apprendre plus sur le conflit ».

Amna Farooqi à la conférence nationale de J Street, en mars 2015 (Crédit : J Street / JTA)
Amna Farooqi à la conférence nationale de J Street, en mars 2015 (Crédit : J Street / JTA)

Et, elle est finalement venue à J Street.

Volontaire assidue au Centre Misler, un centre de jour pour adultes à Rockville dans le Maryland, où ses grands-parents recevaient des services du Conseil Juif pour les personnes agées, Farooqi a dit avoir entendu une autre volontaire critiquer J Street.

« Je suis allée sur leur site internet : c’était pro-Israël, pro-Palestine, deux États et je me suis dit, c’est précisément ce que je soutiens », a-t-elle déclaré.

Dès sa première année à l’Université du Maryland, au Collège Park, elle a commencé à suivre des études israéliennes au Hillel. Le personnel et le directeur, le rabbin Ari Israël, l’ont toujours fait sentir à l’aise.

Israel se souvient que Farooqi est entrée en contact en première année.

« J’ai su tout de suite et je sais toujours maintenant qu’elle est un individu unique. Elle participe véritablement aux activités Hillel et est chaleureusement embrassée par notre population étudiante diversifiée », a-t-il affirmé.

Farooqi a retracé le début de sa conversion sioniste complète au printemps de sa première année, quand elle a été choisie pour jouer le rôle du premier Premier ministre d’Israël, David Ben Gurion, lors d’un séminaire.

« Je me battais tout le temps avec mon [Zeev] Jabotinsky », s’est remémorée Farooqi, en riant.

Pendant les recherches qu’elle a effectué pour son rôle, elle a expliqué qu’elle était tombée sur « David Ben-Gurion: In His Own Words  » dans les rayons de la bibliothèque de l’université.

Elle se souvient avoir examiné ce petit livre court, une compilation des pensées de Ben Gurion sur le sionisme, le judaïsme et la philosophie, jusqu’à tard dans la nuit. Le message de Ben Gurion sur la responsabilité commune a trouvé une résonance en elle, a-t-elle dit.

« Le sionisme a cessé d’être certaines conséquences politiques », a déclaré Farooqi.
« Cela a commencé à être toute cette idéologie de prendre la responsabilité de celle des gens, et qui est quelque chose qui m’a vraiment parlé ».

Le professeur de ce séminaire était le professeur des Etudes sur Israël, Paul Scham. Après avoir été l’enseignant de Farooqi dans deux cours pendant sa première année, il n’est pas surpris de voir où elle a fini.

Ce qui serait plus remarquable, a-t-il déclaré, serait qu’un étudiant juif sioniste soit élu à la tête d’une association d’étudiants musulmans

« Amna est surprenante dans l’abstrait », a-t-il dit.

Il y a « beaucoup d’étudiants qui ne sont pas juifs qui sympathisent avec Israël, mais estiment que les Palestiniens ont besoin d’un traitement équitable aussi. Certes, c’est inhabituel, mais la connaissant, ça ne l’est pas ».

Il a ajouté : « Je pense que cela montre un choix mature pour J Street U qui met les non-juifs qui luttent pour la paix dans des rôles de leadership, même s’ils ne sont pas juifs ».

Farooqi a fini par passer le semestre de printemps de sa deuxième année à l’université hébraïque de Jérusalem.

« J’ai rencontré des Israéliens et des Palestiniens. Je suis beaucoup allée en Cisjordanie. Je me suis faite des amis israéliens. Je voulais réellement les
comprendre », a-t-elle expliqué.

Inspirée par son temps en Israël et découragée par la rupture des pourparlers de paix israélo-palestiniens du secrétaire d’Etat John Kerry, Farooqi dit qu’elle s’est plongée à fond dans son travail pour J Street U – d’abord comme une représentante au conseil d’étudiants, puis comme stagiaire de J Street U l’été dernier à Jérusalem, en aidant à organiser des visites d’étudiants.

« J’ai très, très peur que nous arrivions à un point où il sera impossible d’être pro-israélien parce pro-Israël sera devenu le synonyme de l’oppression. Et je veux faire le travail qui fera que cela ne se produira pas », dit-elle.

De retour dans le Maryland, Farooqi a pris un peu de recul après avoir passé trois ans dans une association étudiante pour se concentrer sur J Street U et aider Yoram Peri, professeur en étude sur Israël.

Elle prévoit de retourner en Israël quand elle sera diplômée ce printemps et aura un diplôme spécialisé en gouvernement et en politique et une mineure en études israéliennes.

Elle adorerait faire des études supérieures à l’université Hébraïque de Jérusalem.

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