La page Wikipedia sur le camp de la mort de Varsovie, un hoax vieux de 15 ans
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La page Wikipedia sur le camp de la mort de Varsovie, un hoax vieux de 15 ans

Haaretz montre que le site a hébergé, depuis 2004, une page consacrée à un camp nazi où 200 000 Polonais auraient été gazés ; une Infox qui se serait répandue à d'autres pages

Photo d'illustration : Des soldats allemands à Varsovie pendant l'invasion nazie de la Pologne, en septembre 1939 (Crédit : AP Photo)
Photo d'illustration : Des soldats allemands à Varsovie pendant l'invasion nazie de la Pologne, en septembre 1939 (Crédit : AP Photo)

Un article paru sur Wikipedia décrivant un camp de la mort nazi, pendant la Seconde Guerre mondiale, situé à Varsovie et dans lequel un grand nombre de Polonais auraient été gazés était rempli d’inexactitudes et pourrait avoir été le hoax le plus ancien présenté par l’encyclopédie en ligne avant qu’il ne soit réécrit au mois d’août, a établi un journal israélien.

Ce faux article sur « le camp de concentration de Varsovie » établissait que la structure comportait des chambres à gaz et que 200 000 personnes y avaient péri. Deux informations qui sont infondées mais qui sont restées sur la page en anglais de Wikipedia pendant les quinze dernières années, a fait savoir Haaretz vendredi.

Cet article erroné a été traduit dans une douzaine d’autres langues et les fausses informations ont été reprises dans d’autres publications de Wikipedia, réunissant plus de 50 000 vues en anglais.

Il y a un noyau de vérité dans ces affirmations – il y a eu, en effet, des centres d’internement installés dans le même secteur pendant la guerre mais sûrement pas les « camps d’extermination » décrits dans l’article mensonger.

L’existence de camps d’internement a sûrement aidé à la création de cette Infox, a estimé le reportage paru dans Haaretz. L’article de Wikipedia clamait également que le camp avait été incendié et que les chambres à gaz avaient explosé, laissant peu de preuves.

Entre 4 000 et 20 000 personnes sont mortes dans les camps d’internement de Warschau.

La page Wikipedia présente dorénavant une section consacrée à ce qui est qualifié de « théorie du complot » entourant les camps d’internement.

« Il n’y a aucune preuve historique que des chambres à gaz allemandes aient existé à Varsovie et jamais 200 000 personnes ne sont mortes dans les centres d’internement nazis qui se trouvent à la base du mythe de KL Warschau », a écrit Haaretz.

Le journal a cité le professeur Havi Dreifuss de l’université de Tel Aviv, qui est également expert de la Pologne et de la Shoah, qui a rejeté l’idée de chambres à gaz nazies à Varsovie en évoquant une « fausse histoire ».

Haaretz a indiqué que son enquête sur le faux article avait dévoilé un problème plus important – celui de l’effort concerté de la part des nationalistes polonais de changer des centaines d’articles sur le site avec pour objectif d’améliorer la réputation de la Pologne en temps de guerre.

Cet effort entre dans le cadre d’une tendance plus large en Pologne visant à tenter de s’affranchir de toute culpabilité dans la Shoah et de dépeindre les Polonais uniquement comme des victimes des persécutions nazies, malgré des recherches croissantes sur l’ampleur de la complicité des Polonais dans les crimes nazis.

Les politiciens, en Israël et en Pologne, sont depuis longtemps en désaccord sur le positionnement adopté par Varsovie face au génocide.

Cela fait également longtemps que Varsovie clame que la Pologne, en tant que nation, n’a pas collaboré à la Shoah, même si des Polonais ont pu au niveau individuel commettre ce que l’ambassadeur polonais en Israël a qualifié de « crimes abominables ».

Israël et la Pologne ont connu des tensions diplomatiques suite au rejet par les responsables polonais de toute culpabilité nationale dans les atrocités antisémites survenues dans le passé.

L’année dernière, le gouvernement avait introduit une législation controversée qui interdisait d’incriminer la nation polonaise dans les crimes nazis (même si cette loi a été ultérieurement révisée dans le sillage des pressions israéliennes, qui voulaient que les sanctions prévues dans le texte soient supprimées).

Le parti du Droit et de la justice au pouvoir a également lourdement fait campagne contre les demandes de restitution juives suite à la Shoah, menant les leaders de la communauté juive à avertir que le débat devenait antisémite.

Au mois de mai, des milliers de nationalistes polonais avaient défilé vers l’ambassade américaine pour protester contre les pressions exercées par les Etats-Unis sur la Pologne pour que les familles juives ayant perdu des biens pendant la Shoah soient indemnisées.

Cette marche avait été l’une des manifestations de rue antisémites les plus importantes de ces dernières années.

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