La paix israélo-palestinienne n’est-elle plus une question d’argent pour Trump ?
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Analyse

La paix israélo-palestinienne n’est-elle plus une question d’argent pour Trump ?

La tendance du président américain à voir les problèmes diplomatiques comme des problèmes financiers a soudainement disparu quand il a rencontré Netanyahu lundi

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump au bureau ovale de la Maison-Blanche, le 5 mars 2018 (Haim Tzach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump au bureau ovale de la Maison-Blanche, le 5 mars 2018 (Haim Tzach / GPO)

Accueillant le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche lundi, l’attention du président américain Donald Trump semblait être tournée vers l’hôte actuel d’un autre Benjamin : le billets de 100 dollars, qui représente le père fondateur Benjamin Franklin.

Plus que n’importe quel autre président américain, Trump a vanté la force du dollar de sorte à rendre l’Amérique encore plus florissante et à résoudre les problèmes de la planète. Mais, lundi, alors qu’il parlait des mesures protectionnistes et de la façon de construire une ambassade à un bon prix, il semblait revenir sur son point de vue concernant le conflit israélo-palestinien, selon lequel il s’agit d’une affaire immobilière particulièrement complexe qui pourrait aboutir à un accord avec toujours un peu plus de billets verts.

En janvier, lors de la dernière rencontre entre Netanyahu et Trump au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le président américain avait claironné sa menace de retirer ou de couper le soutien financier aux Palestiniens. « Nous leur donnons des sommes énormes, des centaines de millions de dollars par an. Cet argent est sur la table », avait-il averti.

Mais lundi à Washington, Trump n’a pas réitéré cette menace quelque peu particulière. Il n’a pas non plus réaffirmé « qu’Israël paierait pour » sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, comme il l’avait fait à Davos.

Au lieu de cela, il a reconnu que les problèmes empêchant les différentes parties de parvenir à un accord allaient au-delà d’un simple problème immobilier et étaient plutôt d’ordre idéologique – une de ces rares forteresses que même le dollar peine à pénétrer.

La négociation d’un accord de paix israélo-palestinien a été si herculéenne que « des années et des années d’opposition et, franchement, de haine, signifient que cela implique beaucoup de choses, au-delà d’une question de territoire », a déclaré le président.

Alors que par le passé, il avait décrit que l’obtention d’un accord serait « l’affaire ultime » – un accord qu’il pensait pouvoir obtenir en raison de son sens aigu des affaires –, cette fois, il semblait indiquer que ce conflit pourrait échapper aux experts financiers.

« Chaque fois que vous faites face à un marché difficile, comme dans les affaires, vous dites : ‘Oh, c’est presque aussi mauvais qu’entre Israël et les Palestiniens’ », a-t-il dit.

Le président américain Donald Trump s’exprime lors d’une réunion avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 5 mars 2018 à Washington (AFP PHOTO / MANDEL NGAN)

Un tel accent mis sur les questions financières, qui ne sont jamais loin de son esprit, se rapportait en fait à des problèmes secondaires.

Alors qu’il était « très fier » de sa décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, il a déclaré, par exemple, que la nouvelle infrastructure serait construite « à très peu de frais ».

« J’ai reçu un devis à hauteur d’un milliard de dollars à mon bureau la semaine dernière », a souligné l’ancien magnat de l’immobilier. « J’ai dit : ‘Nous n’allons pas dépenser un milliard de dollars.’ Nous allons faire ça pour environ 250 000 $. 250 000 $ contre un milliard de dollars, c’est bien ? », avait-il demandé.

Netanyahu a répondu consciencieusement : « Oui. C’est bien. »

Répondant à une question concernant des accords commerciaux sans rapport, Trump a déploré que les Etats-Unis « aient été dévalisés par pratiquement tous les pays du monde », ayant perdu 800 milliards de dollars par an en raison de transactions qui, selon lui, désavantageaient l’économie américaine. « Ça n’arrivera pas. Nous devons récupérer cela », a-t-il juré.

Netanyahu lui-même a fait campagne sur l’idée d’une paix économique avec les Palestiniens, voyant la promotion de leur économie comme la clé pour éviter les conflits. Pourtant, dans les remarques publiques de Trump et Netanyahu, les Palestiniens n’ont quasiment pas été mentionnés, le Premier ministre affirmant seulement qu’il aimerait « exploiter les opportunités pour la paix ».

Il n’a pas précisé quelles opportunités il avait en tête, et la plupart des analystes considèrent que les perspectives d’un accord de paix dans un avenir proche sont minces – les Palestiniens ayant rejeté les grandes lignes de l’accord américain avant même que celui-ci ait été proposé.

Pourtant, lundi à la Maison Blanche, le président a émis l’hypothèse que les Palestiniens « voulaient très fortement revenir à la table [des négociations] ».

Alors que l’ambassadeur palestinien à Washington, Husam Zomlot, s’est déclaré ouvert à la discussion avec l’administration américaine, d’autres responsables palestiniens ont boycotté ses efforts de paix.

Pourtant, tous connaissent bien l’humeur lunatique de Trump.

Fin janvier à Davos, il avait affirmé qu’ « Israël voulait faire la paix », mais semblait douter que les Palestiniens étaient disposés à la négocier. « Ils vont eux aussi vouloir faire la paix, ou sinon il n’y aura plus rien à faire. »

Mi-février, Trump a déclaré au journal Israel Hayom que « les Palestiniens ne cherchaient pas à faire la paix ». Cependant, il a ajouté qu’il n’était pas non plus certain « qu’Israël cherche à faire la paix ».

Le président américain Donald Trump (à droite) et le premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial, à Davos (Suisse) le 25 janvier 2018. (AFP/Nicholas Kamm)

Le décalage apparent de Trump, qui ne sait pas s’il faut ou non regarder le conflit israélo-palestinien comme un problème financier, pourrait disparaître graduellement.

S’il a indéniablement une affinité particulière pour Israël et son Premier ministre, le président reste avant tout un homme d’affaires et non un idéologue. En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, il a donné beaucoup de points à Netanyahu, et il pourrait bien demander des concessions dans les semaines à venir alors que son équipe se prépare à dévoiler ce plan de paix tant attendu.

Pour l’instant, interrogé sur ce projet de plan de paix, le président a affirmé que, maintenant que Jérusalem était « à l’écart », il y avait une « réelle opportunité » pour la paix.

Était-il prêt à entrer dans les détails ? Pas encore à ce stade. Le meilleur atout que Trump ait pu offrir était une ligne de non-engagement qu’il s’est habitué à jeter sur différents sujets, de la Corée du Nord à l’enquête Mueller : « Nous verrons comment ça se passe. »

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