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La panique « excessive » d’Israël face à Omicron fait débat auprès des experts

Après l'annonce de l'administration de la 4e dose pour certains, le professeur Zvika Granot estime qu'il aurait fallu attendre la recherche et la mise à jour du vaccin

Des scientifiques médicaux se préparent à séquencer des échantillons de l'omicron COVID-19 au centre de recherche Ndlovu à Elandsdoorn, en Afrique du Sud, le 8 décembre 2021. (AP Photo/Jerome Delay, Dossier)
Des scientifiques médicaux se préparent à séquencer des échantillons de l'omicron COVID-19 au centre de recherche Ndlovu à Elandsdoorn, en Afrique du Sud, le 8 décembre 2021. (AP Photo/Jerome Delay, Dossier)

Le gouvernement israélien a inutilement déclenché une « réaction de panique » contre la souche Omicron du coronavirus, et sa décision d’approuver les quatrièmes injections pour certains citoyens est « totalement inacceptable », a déclaré un immunologiste influent.

S’exprimant mercredi, au lendemain de l’approbation par le gouvernement de l’administration d’une quatrième dose de vaccin aux personnes jugées les plus vulnérables, le professeur Zvika Granot, de l’Université hébraïque de Jérusalem, a déclaré que cela ne devrait pas se produire sans une recherche ciblée sur l’impact potentiel des quatrièmes doses.

Il a également affirmé que le gouvernement commettait une erreur en administrant des vaccins ordinaires en guise de quatrième dose au lieu d’attendre des vaccins mis à jour qui sont plus résistants aux variants.

« Pourquoi administrer un vaccin adapté à un variant rencontré il y a un an alors que Pfizer peut le fabriquer et le mettre à jour en fonction des variants rencontrés aujourd’hui ? », a déclaré M. Granot, faisant référence à la pression exercée par Pfizer et d’autres sociétés pour développer une nouvelle version de leurs vaccins.

Prof Zvika Granot (Conseil public israélien d’urgence pour la crise de Covid19)

« Le coronavirus a changé et le vaccin n’est pas aussi efficace qu’il pourrait l’être si nous disposions d’un vaccin actualisé », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré mardi que la décision de distribuer sélectivement les quatrièmes vaccins est « une merveilleuse nouvelle qui nous aidera à traverser la vague Omicron qui engloutit le monde. »

La décision a été recommandée par un groupe d’experts de la santé au sein d’un organe gouvernemental connu sous le nom de « Personnel de traitement des pandémies », qui l’a soutenue à 86 %.

Il a déclaré : « Les citoyens d’Israël ont été les premiers au monde à recevoir la troisième dose du vaccin COVID-19, et nous continuons à faire office de pionniers avec la quatrième dose également. »

Un Israélien reçoit une dose du vaccin COVID à Katzrin, sur le plateau du Golan, le 12 décembre 2021. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

La quatrième dose sera proposée aux plus de 60 ans, à certains groupes à risque et aux soignants.

M. Bennett s’est exprimé alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens de COVID en Israël continue d’augmenter, ce qui est en partie mais pas entièrement dû à Omicron. Le nombre de cas a atteint 1 400 mercredi, selon les données du ministère de la Santé publiées jeudi, mais le nombre de cas dans les hôpitaux reste faible et seuls 83 patients sont dans un état grave.

La professeure Galia Rahav, responsable des maladies infectieuses à l’hôpital Sheba et membre du groupe d’experts qui a approuvé la quatrième injection, a déclaré que la décision n’était « pas simple » étant donné le peu de données montrant une diminution de la protection offerte par la troisième injection.

« Mais en même temps, il y a des chiffres terriblement effrayants de ce qui se passe dans le monde entier », a-t-elle déclaré à la radio de l’armée, faisant référence à Omicron.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett tient une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 19 décembre 2021. (Marc Israel Sellem/Pool)

D’autres experts font également l’éloge de la politique de la quatrième injection. L’immunologiste Jonathan Gershoni, de l’Université de Tel Aviv, a déclaré lors de la mise en place de la troisième injection qu’il n’était « pas convaincu de l’urgence » mais qu’il pensait qu’il s’agissait d’une mesure sage – et il pense que cela s’est avéré exact. Il adopte une approche similaire à l’égard de l’administration de la quatrième dose, qu’il qualifie de « très bonne idée », et pense qu’il serait imprudent d’attendre la mise à jour des vaccins.

« Je pense qu’il est logique de faire une quatrième série de vaccins, même en l’absence de données claires sur leurs avantages. Ils ne feront pas de mal et pourraient s’avérer bénéfiques, » a-t-il déclaré au Times of Israel.

« Les professionnels qui ont une profonde compréhension de la façon dont les virus provoquent des maladies et de la façon dont notre système immunitaire riposte réalisent qu’après avoir vacciné un grand nombre de personnes avec des vaccins à ARN, ils sont avant tout sûrs, et ils sont relativement efficaces, » a ajouté Gershoni.

« D’après notre expérience des premier, deuxième et troisième vaccins, nous savons qu’ils sont efficaces pour augmenter les niveaux d’anticorps et qu’Omicron est beaucoup plus transmissible que les variants précédents. Et même si la gravité de la maladie est relativement moindre comparée à celle des autres variants, les hospitalisations augmenteront au fur et à mesure que les cas augmenteront », a-t-il déclaré.

Dr Amnon Lahad (avec l’aimable autorisation d’Amnon Lahad)

M. Gershoni a fait remarquer que les avantages l’emporteraient largement sur les risques potentiels d’une quatrième dose.

« Il s’agit d’une décision professionnelle et raisonnable selon laquelle le risque associé à une quatrième dose est minime ou inexistant, par rapport au risque potentiel d’Omicron. C’est particulièrement le cas pour les personnes âgées et pour les travailleurs du secteur de la santé », a-t-il déclaré.

Granot a exprimé sa critique de la politique lors d’un point de presse aux côtés du président de la médecine familiale de l’Université hébraïque, le professeur Amnon Lahad, qui a également déclaré que la décision concernant les quatrièmes injections était précipitée.

« Si nous étions dans une situation désastreuse, cela pourrait être justifié », a-t-il soutenu, insistant sur le fait qu’Israël était loin de connaître une crise profonde due à Omicron.

Un agent de santé effectue un test de réaction en chaîne par polymérase (PCR) COVID-19 sur un voyageur à l’aéroport international OR Tambo de Johannesburg, le 27 novembre 2021, après que plusieurs pays ont interdit les vols en provenance d’Afrique du Sud suite à la découverte d’une nouvelle variante de COVID-19 Omicron. (Phill Magakoe / AFP)

Selon lui, « ce ne sera pas une vague sans fatalités, j’en suis sûr, mais le nombre ne sera pas aussi élevé qu’avec le Delta et la vague initiale. »

« Je pense que la catastrophe est davantage dans l’opinion publique que dans ce qui se passe plus dans les salles d’urgence ou les cliniques de soins primaires », a-t-il ajouté. Selon lui, les statistiques issus d’Afrique du Sud, où le variant a été découvert pour la première fois, combinés aux hauts niveaux d’immunisation en Israël, suggèrent qu’Omicron ne provoquera pas de crise majeure.

« Oui, nous devons rester vigilants, mais nous ne devons pas devenir hystériques et nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit pas… d’un désastre qui entraînera l’arrêt du système médical israélien », a estimé M. Lahad.

Selon lui, la situation en Afrique du Sud suggère qu’Omicron est fortement contagieux, mais que, même s’il existe quelques cas graves, il a tendance à provoquer des symptômes légers et à faire peser une charge relativement faible sur les hôpitaux. Le prestataire de soins de santé sud-africain Discovery Health a calculé que les adultes infectés au début de l’épidémie d’Omicron étaient environ 30 % moins susceptibles d’être admis à l’hôpital que ceux infectés lors de la première vague en Afrique du Sud.

Photo illustrative d’un scientifique travaillant dans un laboratoire. (Crédit : Rapeepat Pornsipak via iStock by Getty Images)

Et si Omicron résiste aux vaccins plus que les autres variants, Lahad a déclaré que les Israéliens sont relativement bien vaccinés, ce qui reste une ligne de défense solide contre l’infection et contre les maladies graves chez ceux qui sont malgré tout infectés.

Il a également souligné que la plupart des personnes les plus exposées au risque d’infection sont vaccinées.

« La réalité est que nous devons simplement attendre de voir. La réaction de panique du gouvernement n’est pas vraiment justifiée par les données existantes », a déclaré M. Granot.

Selon lui, les législateurs devraient « regarder de près ce qui se passe autour [d’eux] et proposer un plan adapté aux conditions telles qu’elles sont actuellement. »

« Nous devons admettre que les conditions actuelles, les connaissances [médicales] actuelles et les capacités actuelles sont très différentes de ce qu’elles étaient lorsque nous avons rencontré le coronavirus pour la première fois il y a presque deux ans. Cela suggère que le gouvernement réagit actuellement de manière excessive », a-t-il déclaré.

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