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Reportage

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La 5e production de l’Opéra d’Israël à Masada n’a pas réussi à incorporer le symbole emblématique dans sa production

La performance de La Tosca à Massada a à peine utilisé la montagne. L'immense scène avalait les artistes car il y en avait seulement deux ou trois sur scène pendant la majeure partie du spectacle (Crédit : Autorisation d'Israël Opéra / Yossi Zwecker)
La performance de La Tosca à Massada a à peine utilisé la montagne. L'immense scène avalait les artistes car il y en avait seulement deux ou trois sur scène pendant la majeure partie du spectacle (Crédit : Autorisation d'Israël Opéra / Yossi Zwecker)

Les tragédies héroïques abordent toutes les mêmes thèmes, indépendamment du cadre historique ou des protagonistes. Il y a de la passion, de l’entêtement, une pointe de morale, un amour interdit, encore plus de passion, et une mort inévitable.

Comme beaucoup d’opéras sont des tragédies héroïques, Masada semble être un endroit parfait pour accueillir un important opéra en plein air.

Cette ancienne forteresse du désert a tout pour elle : une histoire, une guerre, un narrateur éloquent, des fanatiques, la ténacité, la passion, la mort pour préserver l’honneur.

Ces cinq dernières années, l’Opéra d’Israël a organisé un événement à chaque mois de juin à Masada. Il a présenté « Nabucco » (2010), « Aida » (2011), « Carmen » (2012) et « La Traviata » (2014). Il n’y a pas eu d’opéra à Masada en 2013 en raison de l’incapacité du gouvernement à approuver un budget d’Etat, laissant le financement gouvernemental de l’opéra au beau milieu des limbes.

Cette année, l’opéra a organisé une double production, avec quatre présentations de « La Tosca », le conte sanglant de Puccini sur la tromperie et la luxure qui se déroule à Rome au mois de juin 1800, et deux représentations de « Carmina Burana », un recueil tapageur d’anciens poèmes latins et allemands qui évoquent l’hédonisme et la sexualité.

La production de la Tosca a toutes les caractéristiques des années précédentes : un vaste décor, un impressionnant orchestre en fosse dirigé par le virtuose Daniel Oren, des costumes sophistiqués qui flottent dans le vent du désert. Mais contrairement aux années précédentes, où l’immense montagne de Masada fournissait une toile de fond pour des effets de lumière créatifs, cette année, l’illustre montagne a été largement ignorée.

La Tosca eu de nombreuses opportunités d’incorporer Masada – qu’il s’agisse de la montagne ou de son emplacement.

Le défilé quasi-militaire de l’opéra de prêtres et de religieuses catholiques mettant en vedette plus de 200 membres de la distribution était probablement la première occasion où cette région a vu tant de croix catholiques depuis que les Croisés ont campé aux alentours de la montagne il y a 2 000 ans.

L’opéra célèbre les personnes qui consacrent leur vie à la liberté et à la justice incarnées par la Révolution française, et ce au prix de leur propre vie.

Mais même au moment de rendre leur souffle (Alerte au spoiler : tout le monde meurt, c’est un opéra, à quoi vous vous attendiez ?!) lorsque l’héroïne de La Tosca se jette d’un mur, se suicidant à cause de la passion, de la douleur, et de l’honneur, la montagne a à peine eu le droit à un léger coup d’œil avant que les lumières ne s’éclairent pour l’ultime salut.

L'une des seules scènes de chorale dans La Tosca. Certains des membres religieux pratiquants de l'Opéra d'Israël ont choisi de porter des colliers avec un "T" à la place de croix, pour des raisons religieuses. (Crédit : Autorisation d'Israël Opéra / Yossi Zwecker)
L’une des seules scènes de chorale dans La Tosca. Certains des membres religieux pratiquants de l’Opéra d’Israël ont choisi de porter des colliers avec un « T » à la place de croix, pour des raisons religieuses. (Crédit : Autorisation d’Israël Opéra / Yossi Zwecker)

La directrice générale de l’opéra d’Israël, Hannah Munitz, explique que cela a été une décision artistique entièrement assumée.

« Avec La Tosca, nous avons essayé de le présenter davantage comme un opéra plutôt que comme une production », explique-t-elle avant la répétition générale de mardi. « Nous voulions que cela soit élégant et classique avec des normes très élevées. Cette année, nous utilisons Masada un peu moins. Ce sera comme un théâtre, juste plus grand ».

« D’une part, c’est un ensemble d’opéra vraiment grandiose, mais d’autre part nous savons que cet opéra a beaucoup d’intimité », a analysé Michael Ajzenstadt, l’administrateur artistique de l’Opéra d’Israël.

« Il faut trouver l’équilibre entre les moments intimes et les moments majestueux sur la scène quand elle est remplie de gens ».

L’un des principaux avantages des festivals d’opéra en plein air est qu’ils rendent l’opéra plus accessible au grand public. L’opéra sort du bâtiment, où il peut paraître étouffant et réservé aux connaisseurs, et est joué dans la nature, où les gens qui ne connaissent pas grand chose à l’opéra et se sentent moins intimidés. Les festivals d’opéra en plein air à travers le monde, y compris Masada, attirent des gens qui ne sont pas des amateurs d’opéra.

La scène fait 2 200 mètres carrés à Masada et est tellement énorme qu’il y a des écrans de télévision à chaque extrémité montrant Daniel Oren pour que l’orchestre puisse le voir de chaque partie de la scène.

Cela signifie que lorsqu’il y a seulement deux personnes sur scène, les chanteurs semblent être avalés par la scène. C’est peut être la version allégée que les fanatiques d’opéra aiment, mais pour les non-initiés, cet art se retrouve perdu dans la scène.

« La plupart du temps, la manière [dont La Tosca] est écrite, vous n’avez que deux personnes sur scène, ou si vous êtes vraiment chanceux, vous en avez trois », a précisé Ajzenstadt. « C’est [un opéra] sur une confrontation personnelle puissante entre ce trio de personnages, deux hommes qui se battent l’un contre l’autre, en quelque sorte, pour l’amour de cette femme ».

La Tosca n’a qu’une seule scène avec une chorale, juste avant la fin du premier acte. Plus de 200 artistes, qui comprennent la chorale des Jeunes Moran, ont lentement défilé dans une procession solennelle pour remplir la scène.

Ce fut un spectacle éblouissant de couleurs et de costumes et les notes se sont élevées vers le ciel étoilé. Quand le chant s’est achevé, les feux d’artifice ont explosé dans le ciel. C’était transcendant. Mais ce fut seulement le temps d’une chanson.

Pour ceux qui voulaient les lumières et la couleur et les grandes scènes de chorale, l’opéra d’Israël avait une solution simple : il présenterait deux opéras différents.

Pour les amateurs d’opéra, il y a une version plus fidèle du classique de Puccini. Pour ceux qui recherchent une explosion spectaculaire de couleurs, il y a « Carmina Burana », une production tapageuse et scandaleuse avec beaucoup de pyrotechnie et de vraies flammes.

Un énorme ensemble cinétique qui est coloré, et une scène souvent remplie à ras bord par des danseurs en costumes farfelus.

« Ceux qui vont voir ‘Carmina Burana’ verront une approche totalement différente », a précisé Ajzenstadt.

« Il y a un équilibre entre les deux. L’un sera vraiment gigantesque, fabuleux, avec un bon éclairage idéal pour l’extérieur et Masada en particulier. Et l’autre se concentrera vraiment sur l’histoire, sur la musique, sur la période ».

Le chef d'orchestre Daniel Oren a dirigé les cinq productions d'opéra à Massada (Crédit : Autorisation d'Israël Opéra / Yossi Zwecker)
Le chef d’orchestre Daniel Oren a dirigé les cinq productions d’opéra à Massada (Crédit : Autorisation d’Israël Opéra / Yossi Zwecker)

Ces deux productions distinctes permettent à l’Opéra d’Israël de présenter les événements à Masada comme un véritable festival et d’inciter encore plus les touristes internationaux à venir.

Il y a environ 3 000 touristes internationaux qui sont spécialement venus pour l’Opéra de Masada, selon le ministère du Tourisme, qui est aussi l’un des principaux parrains de l’événement. Ajzenstadt estime qu’au moins la moitié de l’auditoire de « Carmina Burana » assistera également à « La Tosca ».

« Carmina Burana » dure environ une heure, tandis que « La Tosca », avec l’entracte d’une demi-heure, dure trois heures et demi. Le problème est que Carmina Burana ne sera présenté que le vendredi soir, privant les amateurs de théâtre religieux de cette performance colorée.

La religion a également joué un rôle intéressant dans La Tosca. Les membres religieux juifs de l’Opéra israélien ont refusé de porter des croix pour leur costume, donc ils avaient des accessoires spéciaux réalisés avec un grand « T » à la place d’une croix catholique.

La montagne de Masada n’a peut-être été utilisée au maximum de son potentiel cette année, mais le désert lui-même est un acteur majeur dans la production, forçant la production à adopter des solutions créatives et à subir quelques incertitudes, ce qui rend l’opéra plus intéressant.

Une vue d'ensemble de la scène Masada en construction. Il faut six mois et 2 500 personnes pour construire et exploiter l'Opéra Village avant qu'il ne soit démantelé complètement (Crédit : d'Israël Opera)
Une vue d’ensemble de la scène Masada en construction. Il faut six mois et 2 500 personnes pour construire et exploiter l’Opéra Village avant qu’il ne soit démantelé complètement (Crédit : d’Israël Opera)

Au cours des dernières années, le vent du désert a éprouvé les cordes vocales et défié les 2 500 personnes qui construisent le village de l’opéra chaque année à partir de rien.

La logistique de l’opéra dans le désert est stupéfiante. Les buvettes devraient servir plus de 300 000 litres d’eau au cours des représentations, ou environ cinq litres par personne et par nuit.

Le stade peut accueillir 6 500 personnes, et les prix des billets vont de 400 shekels à 1 300 shekels pour une place dans l’orchestre. La zone est si grande que les solistes prennent une voiturette de golf pour se rendre de la loge à la scène.

La météo est toujours un défi, mais cette année, les artistes et les techniciens ont été encore plus mis à l’épreuve quand une averse surprise, inopportune pour cette période de l’année, a trempé la scène pendant une demi-heure pendant les répétitions.

De vents forts et soutenus qui ont soufflé pendant quelques jours avant la performance ont également endommagé une certaine partie des décors.

Moment de passion : Tosca tue Scarpio, qui a emprisonné et torturé son amant, avec un couteau de table (Crédit : Autorisation d'Israël Opéra / Yossi Zwecker)
Moment de passion : Tosca tue Scarpio, qui a emprisonné et torturé son amant, avec un couteau de table (Crédit : Autorisation d’Israël Opéra / Yossi Zwecker)

« L’opéra est une forme d’art qui doit être présenté en acoustique », a expliqué Ajzenstadt, l’administrateur artistique.

« Mais nous devons tout amplifier à l’extérieur. Nous avons la chance d’avoir des techniciens sonores étonnants, mais nous pouvons travailler et créer une amplification du plus haut niveau et puis la météo provoque des ravages. Le vent vient et nuit à l’amplification. L’une des raisons pour lesquelles nous commençons les performances tard dans la nuit est que la chaleur et le vent sont moins forts à ce moment-là [de la journée] ».

Après la fin du festival, tout le village est démonté et toute trace de construction est effacée du parc national, jusqu’à l’année suivante. Ce fut l’une des conditions imposées par l’Administration des parcs nationaux et le Conseil régional de Tamar, en raison du statut de la région qui est un parc national protégé.

« Chaque année, vous gagnez en expérience », a déclaré Munitz, la directrice générale. « Chaque année, nous améliorons toutes les choses sur lesquelles nous avons le contrôle. Ensuite, bien sûr, il y a des choses comme la météo, sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle ». Et c’est exactement ce qui le rend passionnante.

La « Tosca » sera présentée deux jeudis : le 4 et 11 juin, et deux samedis 6 et 13 Juin à 21h30. « Carmina Burana » sera présentée deux vendredis : le 5 et 12 juin,à 22h00.

L’éditrice de l’édition française, Stephanie Bitan, a contribué à cet article.

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