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La « plante miracle », que l’on croyait éteinte, redécouverte en Turquie

Un scientifique turc assure que la "ferula drudeana", trouvée sur le mont Hasan en Anatolie, est le silphion, que l’on croyait disparu depuis 2 000 ans

Ferula drudeana. (Crédit : Wikimedia Creative Commons)
Ferula drudeana. (Crédit : Wikimedia Creative Commons)

Une plante ancienne, présentée comme la panacée, consommée par la plupart des cultures méditerranéennes antiques et que l’on croyait éteinte, a peut-être été redécouverte en Turquie.

Appelée silphion, cette plante à fleurs jaunes, décrite par de nombreux textes grecs, romains ou égyptiens depuis des milliers d’années, aurait été menée à l’extinction par l’empereur romain Néron lui-même, il y a de cela 2 000 ans.

Décrit par le National Geographic comme une « plante miracle », le silphion – également connu sous le nom de silphium – était utilisé dans l’antiquité classique comme assaisonnement, parfum, aphrodisiaque, médicament et même contraceptif.

On trouvait principalement la plante dans l’ancienne ville de Cyrène, dans ce qui est aujourd’hui la Libye, en Afrique du Nord. Elle a rapidement fait l’objet d’un commerce lucratif, et des pièces de monnaie cyréniennes, décorées du dessin de cette précieuse plante, en constituent la seule image connue.

Historiens et botanistes ont désespérément cherché la plante, pendant des centaines d’années, sans succès, avant d’accepter l’idée qu’elle s’était éteinte, Néron lui-même en ayant consommé les dernières bouchées.

Contre toute attente, un chercheur de l’Université d’Istanbul pense avoir redécouvert le silphion sur une montagne de Turquie, à des centaines de kilomètres de son habitat naturel.

Âgé de 68 ans, le professeur Mahmut Miski est expert en pharmacognosie, l’étude des médicaments produits à partir de sources naturelles. Il mène des recherches sur la plante depuis des dizaines d’années et pense que la plante ferula drudeana, qui pousse sur le mont Hasan en Anatolie, présente suffisamment de similitudes avec le silphion pour affirmer qu’il s’agit de la même plante.

« Bienvenue sur la terre des silphions », déclare Miski dans une interview accordée au National Geographic au pied du mont Hasan.

« Pour moi, son odeur est à la fois stimulante et relaxante. On comprend vite pourquoi ceux qui connaissent cette plante ont du mal à s’en passer. »

En analysant des échantillons de ferula drudeana, qui appartient à la même famille que le fenouil, le persil ou les carottes, Miski a découvert qu’il contenait des composés anticancéreux et détenait des propriétés anti-inflammatoires, entre autres vertus également attribuées au silphium.

« On trouve les mêmes composants chimiques dans le romarin, l’acore odorant, l’artichaut, la sauge et le galbanum, autre plante de la famille des ferula. C’est comme si l’on avait combiné une demi-douzaine de plantes médicinales importantes », explique le professeur.

Miski a identifié d’autres similitudes entre le silphium et la ferula drudeana, comme sa culture, difficile, qui a forcé les anciens à se contenter de récolter ce qui poussait dans la nature. Les tentatives de culture du silphium en Grèce ont toujours été infructueuses.

Cela soulève la question suivante : comment cette plante a-t-elle pu se frayer un chemin d’Afrique du Nord en Turquie ?

L’équipe de Miski a découvert que la ferula drudeana pouvait tout de même être cultivée, dans des conditions contrôlées. En exposant les graines de la plante au froid et à l’humidité, ils sont parvenus à la faire pousser en serre.

En outre, on trouve la ferula drudeana dans deux endroits en Turquie où l’on sait que des communautés grecques se sont installées, il y fort longtemps, explique Miski, ce qui suggère que la plante ait été apportée par eux.

Et bien que les conclusions définitives ne soient pas encore rendues, il semble bien que la communauté scientifique convienne que la ferula drudeana ressemble beaucoup au silphion.

« Morphologiquement, ferula drudeana est ce qu’il y a de plus proche », assure au National Geographic Shahina Ghazanfar, associée de recherche spécialisée en taxonomie des plantes du Moyen-Orient aux jardins botaniques royaux de Kew, à Londres.

« Les tiges striées, les fruits et même la racine semblent indiquer que cette espèce de ferula est la descendante d’une plante cultivée en Anatolie, connue sous le nom de silphion », ajoute-t-elle.

« Les feuilles opposées, qui ne se trouvent pas chez les autres espèces », relève Ghazanfar, « sont particulièrement probantes ».

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