La pole dance, le sport prisé en Israël qui s’éloigne de ses racines érotiques
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La pole dance, le sport prisé en Israël qui s’éloigne de ses racines érotiques

Après avoir sorti la pole dance des clubs de strip-tease, des enthousiastes espèrent un jour représenter Israël aux JO

Jose Rodrigues dans son studio de Tel Aviv, le 15 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)
Jose Rodrigues dans son studio de Tel Aviv, le 15 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)

TEL AVIV (JTA) – De la pop israélienne résonne dans le studio où une demi-douzaine de jeunes Israéliens tournent autour d’une barre de strip-tease. Habillés de vêtements moulants, hommes et femmes dansent, tournoient et se retournent au-dessus du plancher.

Dans la rue ensoleillée du studio, les passants s’arrêtent pour reluquer par la fenêtre. Certains gloussent d’un air coupable, d’autres prennent des photos avec leurs téléphones.

Ils seront pardonnés s’ils pensent que la performance est plus ou moins liée au club de strip-tease situé de l’autre côté de la place, près de la plage. Mais Jose Rodrigues, le propriétaire du studio, indique avoir exposé ses classes de pole dance dans l’espoir de montrer la différence.

En faisant sortir la pole dance du club de strip-tease et en l’exposant en plein jour, Rodrigues et d’autres professeurs en Israël ont permis d’en faire une sensation nationale et un sport légitime – ou presque.

Dans l’État juif, la pole dance a parcouru rapidement un long chemin : il y a moins de dix ans, on ne pouvait pas en faire en dehors des clubs de strip-tease.

Aujourd’hui, au moins 18 studios proposent des cours de pole dance dans tout le pays. Des milliers de femmes, et quelques hommes et enfants, ont rejoint la tendance.

Pole dance au studio de Jose Rodrigues à Tel Aviv, le 15 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)
Pole dance au studio de Jose Rodrigues à Tel Aviv, le 15 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)

Rodrigues, 28 ans, qui a quitté l’Afrique du Sud pour Israël en 2012, peut s’attribuer une partie du mérite du changement récent d’image de la pole dance. Ancien danseur classique professionnel, il a pris un rôle important dans la professionnalisation de la pratique dans son pays d’adoption.

En plus de travailler comme professeur, Rodrigues a fondé en 2014 la branche israélienne de l’International Pole Sport Federation, qui exige une forme de pole dance non érotique et comparable à la gymnastique. Chaque année depuis, il organise les championnats israéliens, auxquels participent les membres d’une dizaine de studios. Le gagnant se qualifie pour le championnat mondial, organisé chaque année dans l’un des pays membres de la Fédération.

Rodrigues promeut également une image athlétique de la pole dance dans les médias. Ces dernières années, il est apparu à plusieurs reprises dans les journaux et à la télévision. Il a impressionné des présentateurs incrédules de Sport5, la grande chaîne sportive d’Israël, en soulevant son T-shirt, montrant ainsi son corps tatoué et musclé, et en réalisant une série de prouesses sur la barre.

« La plupart des hommes rigolent, jusqu’à ce qu’ils voient ce que nous faisons vraiment, a-t-il dit. J’ai de plus en plus d’intérêt de la part des hommes hétérosexuels, qui veulent apprendre des trucs puissants à faire sur la plage, comme des saltos arrière. »

Rodrigues voudrait réussir à aller aux Jeux olympiques, ou au moins à y envoyer une équipe israélienne.

« Un jour, j’espère que je pourrais gagner pour Israël. Ce serait un rêve », a-t-il dit.

Cela ne relève pas totalement du fantasme.

En octobre, l’Association globale des fédérations sportives internationales (GAISF) a accordé à l’International Pole Sport Federation le statut
d’ « observateur », reconnaissant provisoirement la pole dance comme un sport.

Selon le Washington Post, une reconnaissance pleine et entière de l’association « est une grande aide pour tout sport espérant un jour participer aux Jeux olympiques. »

D’autres sports ont récemment accédé au statut d’observateur, comme le dodgeball, une variante de la balle aux prisonniers, et le babyfoot. En annonçant sa décision, Patrick Baumann, le président de la GAISF, a indiqué que l’organisation ferait tout son possible pour aider ces sports à
« réaliser leur potentiel » et à « un jour peut-être, faire partie du programme olympique. »

Le club de strip-tease Pussycat Dolls deTel Aviv, le 3 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)
Le club de strip-tease Pussycat Dolls deTel Aviv, le 3 octobre 2017. (Crédit : Andrew Tobin)

Que cela arrive ou non, la pole dance voit sa légitimité s’accroître en Israël.

Nofar Partosh, étudiante en droit de 25 ans de l’université de Tel Aviv, explique que la pole dance est de plus en plus acceptée dans la société, ce qui lui permet de parler plus ouvertement de sa passion, du moins en partie.

« Il y a maintenant des tonnes de studios, et vous voyez tout le temps des histoires à la télévision ou dans les journaux, a-t-elle dit. Je n’en parle toujours pas à l’école ou au travail, simplement parce que ce sont des endroits plus formels. Mais mes amis le savent, et mon père en parle maintenant ouvertement avec moi. »

Mais pour que la pole dance soit totalement prise au sérieux, Rodrigues pense qu’il doit rejeter le genre d’érotisme présenté dans les clubs de strip-tease, qui sont omniprésents mais de plus en plus critiqués en Israël.

« Je ne veux pas voir mes filles en talons hauts et touchant leurs seins, a-t-il dit. C’est le stéréotype dont nous devons nous éloigner, suggérant que c’est pour les gays et les femmes faciles. »

Et pourtant, même parmi ses plus fervents partisans, tout le monde n’est pas d’accord avec la vision de Rodrigues sur le futur de la pole dance israélienne.

Neta Lee Levy, 37 ans, qui a ouvert en 2009 le premier cours du pays à Tel Aviv, enseigne plusieurs styles de pole dance dans ses deux studios Funky Pole Dance Goddess Israël.

Elle enseigne notamment la pole dance exotique, qui emprunte des mouvements aux clubs de strip-tease, mais pas la nudité. Levy explique qu’elle était autrefois une fervente partisane de la pole dance en tant que sport, mais qu’elle s’est récemment retrouvée poussée dans une autre direction.

Neta Lee Levy dans son studio de pole dance de Tel Aviv. (Crédit : Neta Lee Levy)
Neta Lee Levy dans son studio de pole dance de Tel Aviv. (Crédit : Neta Lee Levy)

« Je suis revenue un peu en arrière et je dis, oui, c’est un sport, mais ce n’est pas qu’un sport, a-t-elle précisé. C’est aussi une forme d’art, de remise en forme et de communauté, et un moyen d’être sexy. »

En 2013, Ayelet Finkelstein, 30 ans, fille d’un rabbin sioniste religieux, a ouvert à Jérusalem un studio réservé aux femmes qui propose des cours de pole dance exotique. La plupart de ses élèves sont des femmes et des jeunes filles orthodoxes, dit-elle.

Même si elle dit renvoyer les femmes qui se présentent comme des stripteaseuses, Finkelstein voit la sexualité comme une composante essentielle de l’attrait et de la puissance de la pole dance.

« Je pense que c’est merveilleux que la pole dance devienne si athlétique, et qu’elle puisse finir aux Jeux olympiques, a-t-elle dit. Je suis d’accord pour la déconnecter totalement des clubs de striptease. Mais je pense que c’est aussi amusant que sexy. Les femmes comprennent ça. »

Rodrigues reconnaît que son opinion qui est « sportive mais pas sexy » pourrait aussi avoir été façonnée par des valeurs vieux jeu, aussi étrange que cela puisse paraître.

Né et élevé strictement catholique en Afrique du Sud, il a étudié au Habad de Johannesburg et s’identifie à présent comme juif. Le grand-rabbinat orthodoxe d’Israël a jusqu’à présent refusé de le convertir, ce qui lui permettrait de demander la nationalité israélienne, mais cette année, il a obtenu un visa de travail reconnaissant ses contributions au développement de la pole dance en Israël.

« J’ai le sentiment d’avoir construit quelque chose de génial ici, a-t-il dit. Je veux juste rester là pour voir cette discipline aller jusqu’au bout. »

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