La Première d’une comédie musicale rend un hommage posthume à Golda Meir
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La Première d’une comédie musicale rend un hommage posthume à Golda Meir

L'actrice britannique Maureen Lipman chantera "Next Year in Jerusalem" lors de la première d'un spectacle consacré à la Première ministre israélienne au cours d'un gala en ligne

A gauche : Un portrait de Golda Meir sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem réalisé par Solomon Souza (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI); A droite : Dame Maureen Lipman (Jay Brooks)
A gauche : Un portrait de Golda Meir sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem réalisé par Solomon Souza (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI); A droite : Dame Maureen Lipman (Jay Brooks)

LONDRES – Une décennie après avoir écrit la comédie musicale à succès « Oliver ! », le compositeur Lionel Bart s’était mis en quête d’une personnalité féminine forte pour écrire une nouvelle œuvre aux côtés de son ami Roger Cook, chanteur populaire, mais aussi auteur-compositeur et producteur de disques.

« Nous voulions tous les deux écrire une comédie musicale avec pour héroïne une femme forte et c’est Lionel qui a eu l’idée de Golda », explique Cook au Times of Israel. « Nous avons tous les deux lu son autobiographie, « Ma vie », et la musique et les chansons ont jailli tout naturellement des pages ».

Née à Kiev, le 3 mai 1898, Meir s’était installée avec sa famille aux Etats-Unis en 1906 où elle avait vécu jusqu’à son immigration en Palestine alors placée sous mandat britannique, en 1921. Meir avait été Première ministre d’Israël du 17 mars 1969 jusqu’à sa démission après la guerre de Yom Kippour, le 11 avril 1974. Elle avait finalement succombé à un lymphome le 8 décembre 1978 et elle reste, à ce jour, la seule femme à avoir occupé le fauteuil de Premier ministre au sein de l’Etat juif.

La comédie musicale, « Next Year in Jerusalem », a été écrite au milieu des années 1970 mais Bart, décédé en 1999, ne l’aura jamais vue sur scène de son vivant. Et son titre-phare a été interprété, le 11 février, lors d’un spectacle qui a été diffusé sur internet par le Jewish Music Institute’s (JMI) World Tour – un gala en ligne qui a permis de collecter des fonds pour la musique et les musiciens juifs.

C’est l’actrice britannique Maureen Lipman qui a interprété la chanson – une berceuse à la fois pensive et entraînante chantée par le personnage de Blume Mabovitch – la mère de Golda Meir – à une jeune Golda effrayée par un pogrom imminent dans leur village russe.

L’actrice Dame Maureen Lipman chantera ‘Next Year in Jerusalem » lors du JMI’s World Tour, le 11 février 2021. (Crédit : Jay Brooks)

« Pour les comédies musicales, il faut de bonnes histoires et je pense que des femmes puissantes, comme l’était Golda Meir, sont de formidables exemples pour des intrigues de comédies musicales », commente le producteur de comédies musicales britannique Neil Marcus, qui a été aussi le directeur artistique de l’événement organisé par le JMI. Lors de ce gala ont été mises également à l’honneur des musiques liturgiques, classiques et mizrahies, ainsi que des chantres et des extraits de comédies musicales.

Marcus cite les spectacles « Here Lies Love » et « Evita » qui se sont joués à guichets fermés – consacrés respectivement à l’ancienne première dame des Philippines Imelda Marcos et à l’ancienne première dame argentine Eva Peron.

« Des personnalités fortes – qu’elles aient des partisans ou des détracteurs – sont toujours un terreau fertile pour les comédies musicales parce qu’elles sont des personnages plus grands que nature », continue-t-il.

Le producteur de musique qui est aussi directeur artistique du JMI’s World Tour, Neil Marcus. (Autorisation)

Le spectacle « Next Year In Jerusalem » se concentre sur la famille, la vie et les relations de Meir, poursuit Marcus, qui ajoute que « parce que la comédie musicale voyage de la Russie à Israël ou à l’Amérique, elle est en mesure d’utiliser ces palettes musicales différentes ».

« Et ainsi, non seulement elle évoque une femme intéressante dotée d’une histoire réelle, mais elle présente aussi la musique de ces pays. Et parce que le JMI fête la musique juive du monde entier, il était cohérent que la comédie musicale y fasse sa première », note-t-il.

Marcus connaissait Bart. Les deux hommes buvaient le thé ensemble lors des dernières années de sa vie. « Lionel m’avait dit qu’il avait écrit cette comédie musicale au sujet de Golda Meir et il m’avait fait un peu écouter la musique. C’était beau », s’exclame-t-il.

La Première ministre Golda Meir lors d’une conférence de presse à l’ambassade israélienne à Rome, le 15 janvier 1973. (AP Photo/Giuseppe Anastasi)

Au milieu des années 1970, Bart souffrait d’une santé médiocre et il s’était lourdement endetté. Alors qu’il lui est demandé si le compositeur désabusé espérait que le spectacle pourrait relancer sa carrière chancelante, Cook – auteur de la célèbre chanson « I’d Like to Teach the World to Sing » — répond : « il n’avait pas écrit depuis longtemps. Nous voir et écrire ensemble avaient permis de faire réapparaître son intérêt et son enthousiasme ».

Ils avaient travaillé ensemble pendant six mois dans l’appartement de Soho de Bart, dans le quartier West End de Londres. Ils étaient allés à Albert Hall voir Golda Meir s’exprimer et ils s’étaient même rendus en Israël lors de ce qui avait été supposé être un voyage de recherche (« On n’a pas beaucoup écrit là-bas ! », s’exclame Cook). Puis, en 1976, Cook avait déménagé à Nashville, dans le Tennessee. Bart était venu le voir et ils avaient écrit les chansons à quatre mains.

Le co-compositeur de ‘Next Year in Jerusalem’ Lionel Bart. (Autorisation)

Même si le spectacle avait attiré l’attention – notamment celle du producteur de film israélien Menahem Golan – les créateurs avaient été dans l’obligation de laisser leur projet de côté.

« A l’époque, Golda était encore un sujet sensible et il nous a été demandé d’arrêter et de nous retirer, les droits pour le théâtre de son autobiographie restant indisponibles pendant encore sept ans », note Cook.

Cook, qui se trouve encore à Nashville, est désireux de présenter le spectacle au public. Une version intégrale sous forme de concert suscite l’intérêt, dit-il, et au vu de la fermeture actuelle des théâtres pour cause de pandémie de coronavirus, il est également prêt à mettre en scène la comédie et à la confier à une plateforme de streaming.

« Ce regain d’intérêt est fantastique et nous travaillons actuellement sur une nouvelle mouture du script », explique-t-il. « 47 ans après, il faut dire qu’il avait un peu pris la poussière ».

Un théâtre yiddish

Depuis des décennies, les Juifs sont indissociables des comédies musicales, et des deux côtés.

« L’assimilation est essentielle lorsque les Juifs sont amenés à accéder une nouvelle culture », dit Marcus. « Qu’Iriving Berlin ait écrit ‘White Christmas’ – la chanson la plus célébrée parmi toutes les chansons populaires, écrite par un jeune Juif – n’est pas un accident ». »

« Il y a quelque chose dans la musicalité juive qui aime absorber ce qui se trouve dans son environnement », continue-t-il. « Mais bien sûr, cela provient de la tradition juive du klezmer en Europe de l’est. Il y a eu un tel afflux d’artistes, auteurs, chanteurs juifs qui sont venus à New York dans les années 1920 et 1930 et qui ont contribué au melting pot qui a caractérisé l’époque. Les comédies musicales à Broadway sont une fusion du théâtre yiddish, du jazz afro-américain, du vaudeville et de l’opérette classique ».

Le chanteur, auteur compositeur, producteur et co-compositeur de « Next Year in Jerusalem », Roger Cook. (Autorisation)

« Next Year in Jerusalem » semble clairement être né des origines juives de son compositeur. Les parents de Bart avaient fui les pogroms cosaques en Galice – une région historique située dans la Pologne et dans l’Ukraine contemporaines – avant de s’installer en Angleterre.

En plus de la chanson de la comédie musicale, le JMI’s World Tour a été l’occasion de découvrir pour la première fois le titre en yiddish « Der Iker », qui a été écrit et interprété par la chanteuse et compositrice Shura Lipovsky, directeur de l’école de chant de l’institut depuis 2005.

La chanteuse et compositrice Shura Lipovsky. (Crédit : David Kaufman)

« J’avais les textes pour une chanson mais quand le JMI m’a approchée, il y a quelques semaines, en m’offrant une première mondiale, je n’avais pas de mélodie », explique Lipovsky au Times of Israel depuis son domicile néerlandais. « Mais je me suis dit qu’après tout, pourquoi pas ? J’ai dit oui et je me suis jetée dans quelque chose de ridicule. J’avais dix jours pour écrire, pour enregistrer et pour répéter. C’était fou. Avoir réussi tient du miracle », s’exclame-t-elle.

« Der Iker » est une chanson passionnée consacrée à l’époque difficile que nous sommes en train de vivre – mais, sous l’influence de la tradition de composition de chanson yiddish très ancrée, Lipovsky adopte une tonalité joyeuse.

« Il y a une chanson yiddish bien connue sur le fait de ne pas être en mesure de payer son loyer… Ce thème est triste, mais la mélodie est si joyeuse, si remplie d’énergie qu’elle en devient parfois tonique », explique-t-elle, ajoutant qu’elle espère que sa chanson a eu le même effet et qu’elle a su réjouir le public virtuel.

Cook a la certitude que Bart aurait été très heureux d’assister à l’interprétation de l’une de leurs chansons dans le cadre du JMI.

« Que le JMI choisisse la comédie et qu’il confie à Dame Melanie Lipman le soin de chanter ‘Next Year in Jerusalem’… il ne fait aucun doute que Lionel aurait été très, très heureux – et je l’ai été aussi ».

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