La presse américaine fustige le retrait “insensé” et “absurde” de Trump de la solution à 2 états
Rechercher

La presse américaine fustige le retrait “insensé” et “absurde” de Trump de la solution à 2 états

Les grands quotidiens affirment qu’un président “naïf” ne peut pas conclure un accord de paix et ne fera que rendre la région plus dangereuse

Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Les grands journaux américains ont pris à partie le président américain Donald Trump jeudi après ses déclarations la veille. Il avait affirmé que la solution à deux états au conflit israélo-palestinien pourrait ne pas être la seule, et qu’il était prêt à envisager d’autres options, notamment une solution à un état, si elles sont acceptées par les deux parties.

Dans plusieurs éditoriaux, le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times ont décrit les déclarations de Trump comme « insensées », l’idée d’une solution à un état comme « absurde » et ont affirmé que le retour sur des décennies de politique américaine du président augmentait les possibilités d’un conflit violent.

Les éditoriaux, publiés au moment où la plupart des médias américains sont concentrés sur les liens présumés entre des responsables de l’administration Trump et la démission de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, suggèrent que le retrait de Trump de la solution à deux états a réussi à hisser le sujet presque au sommet des préoccupations de beaucoup d’Américains.

Aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse à la Maison Blanche avant la réunion entre les deux hommes mercredi, Trump a résisté à l’engagement de longue date des Etats-Unis envers la solution à deux états.

« Je regarde [la solution à] deux états et [la solution à] un état et j’aime celle que les deux parties aiment », a déclaré Trump, qui s’est également montré sensible à un appel de Netanyahu pour une initiative régionale reposant sur les relations qui s’améliorent entre Israël et les pays arabes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Trump a déclaré que les deux hommes avaient discuté d’un accord régional, et a souligné qu’il « concernerait beaucoup, beaucoup de pays. »

Ces propos ont été prononcés alors que les états arabes sunnites pourraient se préparer à travailler avec Israël en raison de l’opposition régionale à l’Iran.

L’éditorial du New York Times a affirmé que la déclaration de Trump était « insensée » et « dangereuse ».

« Il n’a proposé aucun détail sur une initiative de paix quelconque, et le flou de ses propos suggère qu’il n’a aucune idée de comment progresser. Sa volonté, cependant, d’accorder du crédit à ceux qui voudraient nier un état séparé aux Palestiniens rendra certainement la paix plus difficile à réaliser », a écrit la rédaction du journal.

« Vu ce que M. Trump a dit mercredi, il y a moins de raison que jamais de croire qu’il pourrait réussir là où tant d’autres présidents ont échoué », a conclu l’éditorial.

Le Washington Post a décrit le changement de politique de Trump comme « un retrait dangereux » qui diminue encore les chances de paix, et « augmente les chances que l’un des rares coins relativement pacifiques de la région ne revienne au conflit. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

L’éditorial a souligné qu’il n’y avait « pas de formule à un seul état réalisable » dans laquelle Israël pourrait être un état à la fois juif et démocratique.

Trump, en adoptant une initiative de paix régionale qui court-circuite les Palestiniens, est « naïf » et se préparer à un « échec diplomatique », a écrit le journal.

Les deux journaux ont reconnu que Trump avait tenté de freiner l’extension des implantations israéliennes, alors que la construction de 6 000 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem Est a récemment été annoncée.

Pendant la conférence de presse commune, Trump a mis en garde Netanyahu de manière amicale sur mis en garde sur la construction continue de son gouvernement dans les implantations de Cisjordanie, lui disant que « j’aimerais que vous attendiez un peu sur les implantations. »

Le Los Angeles Times a écrit que Trump avait « démoli » la solution à deux états, et a affirmé que l’idée qu’Israéliens et Palestiniens se mettent d’accord sur une solution à un état comme « absurde ».

« Un état unique qui serait agréable pour les deux parties n’est pas ‘l’accord ultime’ que Trump imagine, c’est le fantasme ultime », a écrit le quotidien.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l’Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

Suite à la déclaration de Trump, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré qu’il était toujours prêt à travailler avec Trump sur une solution à deux états. Cependant, en Israël et ailleurs, beaucoup ont perçu ses déclarations comme le glas de la formule, adoptée par les Etats-Unis et la communauté internationale comme seule solution à la paix depuis près d’un demi-siècle.

Pendant un point presse suivant sa rencontre avec Trump, Netanyahu n’a pas explicitement renoncé à son propre engagement envers une solution à deux états, affirmant que sa position « n’a pas changé » depuis son important discours de 2009 sur le sujet. Il a cependant évité de mentionner explicitement un état palestinien.

Le Premier ministre a également évité à plusieurs reprises les questions lui demandant si son discours de Bar-Ilan était toujours valide ou s’il soutenait toujours un état palestinien.

Netanyahu a également indiqué qu’il était prêt à étudier l’appel du président américain à freiner la construction dans les implantations. Son bureau a cependant publié ensuite un communiqué affirmant qu’il n’avait rien dit de tel.

Raphael Ahren et Eric Cortellessa ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...