Israël en guerre - Jour 234

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Interview

La prise d’otage massive du Hamas peut-elle entraîner un effet copycat dans le monde ?

Boaz Ganor, expert en anti-terrorisme à l'université Reichman, le pense, disant qu'Israël a souvent servi de "cobaye" en matière de terrorisme: "Ce qui est est différent aujourd'hui, c'est l'ampleur" des enlèvements

Une Israélienne se recueillant en touchant de ses mains les photos d'Israéliens captifs à Gaza, affichées sur un mur, à Tel Aviv, le 21 octobre 2023. (Crédit : Petros Giannakouris/AP)
Une Israélienne se recueillant en touchant de ses mains les photos d'Israéliens captifs à Gaza, affichées sur un mur, à Tel Aviv, le 21 octobre 2023. (Crédit : Petros Giannakouris/AP)

Les massacres et les enlèvements à grande échelle qui ont eu lieu en Israël, le 7 octobre, sont presque sans précédent dans les annales du terrorisme mondial – des annales d’ores et déjà effrayantes avec notamment des détournements de vols commerciaux, des avions civils projetés délibérément dans des gratte-ciels ou l’exécution de civils à l’aide de méthodes variées. Autant d’atrocités spectaculaires qui sont parfois, de surcroît, diffusées en direct à la télévision.

Et pourtant, un monde sépare ces atrocités des événements du 7 octobre, commente le professeur Boaz Ganor, président de l’université Reichman et fondateur de l’Institut national de contre-terrorisme (ICT).

« Ce qui est arrivé le 7 octobre est sans précédent du point de vue israélien et le seul précédent un peu similaire à avoir été connu à l’international, cela a été le kidnapping de 276 fillettes par Boko Haram » au Nigeria, en 2014, explique Ganor au Times of Israel au cours d’un entretien.

« Et ce qui distingue ces événements des autres, c’est l’ampleur des enlèvements, des enlèvements qui ont concerné tous les âges – soldats et civils, femmes, nouveau-nés », ajoute Ganor.

Le 7 octobre, le Hamas a enlevé 240 personnes en Israël – nombre d’entre eux ont la double nationalité. Parmi les otages, 30 mineurs et environ 20 personnes âgées de 60 ans et plus. Toutes les victimes ont été kidnappées avec brutalité dans leurs habitations, sur des bases militaires où alors qu’elles prenaient part à une rave-party organisée dans le désert.

Ce n’est évidemment pas la première fois que l’État juif connaît des enlèvements terroristes. En fait, avertit Ganor, Israël est un environnement où les terroristes testent leurs méthodologies.

« Depuis toujours, Israël sert de cobaye pour de nouvelles méthodes, un modèle que les organisations terroristes du monde entier vont ensuite imiter. Cela avait été le cas avec les prises d’otage ; les détournements d’avion et même les attentats-suicides à la bombe. Le monde doit réaliser, et le plus vite possible, que nous faisons actuellement face à un nouveau type de terrorisme par excellence – et je n’ai aucun doute sur le fait que nous verrons des événements similaires en Europe parce qu’ils l’ont fait ici et qu’ils sont parvenus à soumettre à la terreur une population toute entière », note-t-il.

Le professeur Boaz Ganor, président de l’université Reichman. (Crédit : Gilad Kavalerchik)

Ganor souligne qu’il existe deux types distincts d’enlèvements terroristes dans l’Histoire. Le premier s’apparente à une « attaque d’extorsion » où les terroristes se saisissent des occupants d’une structure spécifique – un bâtiment, un avion, un bus, un hôtel ou une base militaire. Dans de tels cas, la partie opposée sait où se trouvent les otages, ce qui lui permet de préparer une potentielle opération de secours pendant les négociations.

Le second type implique un kidnapping suivi de la disparition des individus. Dans ce cas, la possibilité d’une opération de secours réussie est pratiquement inexistante en l’attente de renseignements fiables sur la localisation des otages.

Exemple célèbre du premier type, l’Opération Entebbe, en 1976, une mission de secours d’otages qui avait été exécutée par les commandos israéliens à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda. Le raid avait eu lieu en réponse au détournement d’un avion d’Air France par des terroristes palestiniens et allemands. Malgré les difficultés posées par le seul fait d’accéder à Entebbe, la localisation des otages était connue. Ganor souligne que la plus grande partie des activités terroristes, depuis les années 1970, ont impliqué ce genre d’attaque.

Ganor fait aussi remarquer que les attaques commises pendant cette période par des organisations terroristes avaient eu une influence sur la politique israélienne – et sur Yitzhak Rabin, en particulier, qui avait été Premier ministre de 1974 à 1977 et encore une fois de 1992 jusqu’à son assassinat, en 1995.

« Rabin avait mis au point une politique stipulant que s’il y avait une possibilité de secourir les otages, sains et saufs, c’était préférable à des négociations avec les terroristes. Mais que s’il n’y avait aucune chance de sauver les otages en vie, alors Israël devait entrer dans un processus authentique de négociation pour garantir leur libération vivants », explique Ganor.

Retour des otages après l’opération Entebbe, avec Michel Bacos marchant sur la passerelle, à gauche, le 4 juillet 1976. (Crédit : Archives de l’armée israélienne)

Benjamin Netanyahu, dont le frère Yoni avait été tué pendant l’Opération Entebbe, a été le seul Premier ministre à avoir confié à Ganor qu’il était en désaccord avec cette politique. Mais dans la pratique, il l’a toujours respectée.

Ganor note que dans les années 1990, les organisations terroristes qui prenaient pour cible Israël ont abandonné ces « attaques d’extorsion » en faveur des enlèvements. Dans cette période, les kidnappings ont majoritairement visé les soldats et notamment Nissim Toledano (1992), Nachshon Wachsman (1994), Adi Avitan, Benny Avraham, et Omar Souad (2000), Gilad Shalit (2006, à Gaza), Ehud Goldwasser and Eldad Regev (2006, au Liban), Hadar Goldin et Oron Shaul (2014, à Gaza).

Ces enlèvements de soldats – vivants ou morts – se sont habituellement conclus par la remise en liberté de prisonniers palestiniens, notamment celle de nombreux individus reconnus coupables d’avoir commis des actes violents contre des Israéliens. Et, de manière notable, le cas de Nachshon Wachsman s’est terminé par une tentative de sauvetage ratée.

Le registre historique des organisations terroristes souligne qu’Israël a souvent servi « de terrain expérimental » pour les actes de terreur. Par exemple, la tendance des détournements d’avion a été initiée par le détournement, en 1968, d’un vol El Al vers l’Algérie par le Front populaire de Libération de la Palestine (FPLP). De la même manière, l’intrusion de terroristes dans des écoles, une intrusion suivie de prise d’otages, remonte à 1974, pendant l’attentat terroriste de Maalot qui avait été orchestré par le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP). L’attentat avait fait 28 morts, en majorité des enfants de Safed.

Des échos de Boko Haram

Dans l’Histoire récente, un seul incident présente une ressemblance partielle avec l’attaque du 7 octobre. Le 14 avril 2014, des terroristes du groupe islamiste Boko Haram avaient enlevé 276 adolescentes dans un lycée situé au Nord-Est du Nigeria.

Boko Haram, une organisation terroriste islamiste, s’oppose « à la propagation de l’influence occidentale » et à ce qu’elle considère comme une éducation à l’occidentale dans le nord du Nigeria, tentant d’établir un état islamique basé sur la charia. Ses activités ont coûté la vie à des milliers de personnes depuis des décennies. Avant le kidnapping massif des jeunes lycéennes, Boko Haram avait pris pour cible de nombreuses écoles, tuant des centaines d’enfants. Le groupe combat l’éducation des filles et il a été impliqué dans des kidnappings dont les victimes ont été vendues à des fins d’esclavage sexuel.

Dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, les terroristes de Boko Haram avaient tué le gardien du lycée et pris le contrôle du bâtiment. Si certaines adolescentes étaient parvenus à prendre la fuite, 276 approximativement avaient embarqué, sous la contrainte, dans des camions. Il avait fallu des semaines au président du Nigeria, Goodluck Jonathan, pour informer le public de cet enlèvement, et il avait même mis en cause certains parents qui n’avaient pas donné d’informations sur l’identité des jeunes filles kidnappées. Ce qui avait entraîné la colère des citoyens, qui étaient descendus en masse au Nigeria et dans le monde entier, appelant au passage à l’action.

Dans les semaines et dans les mois qui avaient suivi ces kidnappings, une campagne mondiale avait été lancée sous le hashtag #BringBackOurGirls. Des personnalités et des célébrités de premier plan, de Michelle Obama au pape François, en passant par Kim Kardashian et Alicia Keys, avaient apporté leur contribution en partageant, sur Twitter, des selfies accompagnés du hashtag, attirant l’attention internationale et sensibilisant les opinions publiques. Les chefs d’État avaient déployé des forces militaires, des drones et utilisé des méthodes sophistiquées de renseignement.

Cette histoire ne s’est pas bien terminée : la campagne, sur Twitter, s’est essoufflée, l’attention du monde se tournant vers une autre cause virale. Au mois d’octobre 2014, l’armée du Nigeria avait semblé parvenir à un cessez-le-feu avec les terroristes qui prévoyait la libération de centaines de jeunes filles – un accord qui ne s’était pas concrétisé. En octobre 2016 enfin, 21 adolescentes avaient été remises en liberté. Au mois de mai 2021, le gouvernement avait annoncé la libération de terroristes en échange de celle de 82 otages. Aujourd’hui, 112 jeunes filles sont encore portées-disparues.

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