La réalité virtuelle pourrait prévenir les chutes des personnes âgées
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La réalité virtuelle pourrait prévenir les chutes des personnes âgées

Seul l'exercice permet aux seniors de garder l'équilibre, selon des chercheurs dirigés par un professeur de l'université de Tel Aviv

Un vieil homme dans les rues de Tel Aviv, le 20 mai 2009 (Crédit : Serge Attal/Flash 90)
Un vieil homme dans les rues de Tel Aviv, le 20 mai 2009 (Crédit : Serge Attal/Flash 90)

Pour les personnes âgées, une chute peut altérer de façon permanente leur qualité de vie. Aux États-Unis seulement, plus de 700 000 personnes âgées de 65 ans et plus sont hospitalisées en raison d’une chute, selon les Centers for Disease Control. Deux cent cinquante mille d’entre elles sont traitées pour une fracture de la hanche. Toute personne qui prend soin d’un proche âgé vous dira qu’après une mauvaise chute, la prochaine étape est susceptible d’être une maison de repos.

Prévenir de tels incidents pourrait éviter beaucoup de détresse et économiser beaucoup d’argent qui serait destiné à soigner les blessures ainsi que pour les soins de la personne âgée qui peut-être ne pourra jamais surmonter les séquelles d’une chute.

Des chercheurs de la faculté de médecine Sackler de l’université de Tel Aviv ont étudié ce problème et une équipe dirigée par le Dr Anat Mirelman estime avoir trouvé un moyen d’aider à prévenir ou à réduire le nombre de chutes.

« Notre approche combine un entraînement sur le tapis de course et la réalité virtuelle pour aider à améliorer à la fois la mobilité physique et les aspects cognitifs qui sont importants pour une marche sécurisée. Nous avons constaté que la réalité virtuelle ainsi que l’entraînement sur le tapis de course ont contribué à réduire la fréquence et le risque des chutes pendant au moins six mois après l’entraînement », a déclaré Mirelman.

Les chutes chez les adultes âgés de plus de 65 ans représentent environ 2 % des dépenses de santé dans les pays à revenu élevé, selon les statistiques de l’OCDE. Trente pour cent des personnes âgées vivant dans une communauté typique, et jusqu’à 60 % à 80 % des personnes âgées atteintes de déficience cognitive légère, de démence ou de la maladie de Parkinson, tombent au moins une fois par an.

Même sans les blessures, les chutes conduisent souvent à la peur et les personnes âgées évitent de sortir chez eux et s’enferment, ce qui à son tour conduit souvent à l’inactivité, la faiblesse musculaire, la dépression, les troubles de l’équilibre et de la démarche et plus de chutes et d’isolement sociale, selon de nombreuses études.

Pourquoi les personnes âgées ont tendance à tomber ? Selon Mirelman du Centre pour l’étude du mouvement, de cognition et de la mobilité (CMCM), du Neurology Institute, du Tel Aviv Sourasky Medical Center et Sackler School of Medicine, « les chutes chez les personnes âgées se produisent souvent car elles trébuchent et négocient mal les obstacles tout en marchant. Les chutes commencent souvent un cercle vicieux, qui a de nombreuses conséquences négatives et importantes sur la santé. La capacité des personnes âgées à négocier les obstacles peut être compromise en raison du déclin, lié à l’âge, des capacités cognitives comme la planification motrice, l’attention dispersée, le contrôle et le jugement, mais les interventions actuelles pour prévenir les chutes chez les personnes âgées se concentrent généralement sur l’amélioration de la force musculaire, l’équilibre, et la démarche ».

Il en résulte donc que l’on entraîne les personnes âgées en leur fournissant un environnement sûr pour pratiquer leur marche. Cela peut améliorer leurs compétences en marche, et en effet, de nombreux centres communautaires, des hôpitaux, des centres de rééducation, des maisons de retraite, et bien d’autres utilisent des tapis de course pour aider les personnes âgées à améliorer leur capacité à marcher.

Mais ces capacités peuvent être améliorées encore plus avec l’ajout d’un élément, la réalité virtuelle non-immersive, selon une étude dirigée par Mirelman et dont les conclusions ont été publiées récemment dans The Lancet.

Dans l’étude, les chercheurs ont analysé les données de 282 participants provenant de cinq sites cliniques en Belgique, en Israël, en Italie, aux Pays-Bas, et au Royaume-Uni entre 2013 et 2015. Tous les participants, âgés de 60 à 90 ans, étaient capables de marcher au moins 5 minutes sans aide, avaient une médication stable et avaient signalé au moins 2 chutes dans les 6 mois avant le début de l’étude. Près de la moitié de tous les participants (130) avaient la maladie de Parkinson, et certains (43) avaient une déficience cognitive légère.

Certains participants ont dû s’entraîner sur le tapis de course assistés de la réalité virtuelle (146 participants) et d’autres se sont entraînés sur le tapis de course seul (136). La composante de la réalité virtuelle a été introduite grâce à une caméra qui capturait les mouvements des pieds des participants et les projetaient sur un écran en face du tapis de course, de sorte que les participants pouvaient voir leurs pieds en marchant sur l’écran en temps réel.

La simulation a été conçue pour réduire le risque de chutes chez les personnes âgées en incluant les défis de la vie réelle comme éviter ou enjamber des obstacles comme des flaques d’eau ou d’autres obstacles et s’orienter sur les voies.

En moyenne, les participants de chaque groupe ont participé à 16 séances d’entraînement réparties sur six semaines, chaque séance durait environ 45 minutes. Les taux de chutes ont été enregistrés pendant les six mois qui ont suivi la fin de l’entraînement.

Avant l’entraînement, les participants au tapis roulant seul groupe faisaient en moyenne 10,7 chutes tous six mois et les participants du groupe de tapis roulant accompagné de la réalité virtuelle faisaient en moyenne 11,9 chutes tous les six mois.

Pendant les six mois après l’entraînement, le taux de chutes a diminué dans les deux groupes, mais la baisse était statistiquement significative dans le groupe du tapis roulant avec la réalité virtuelle. Dans ce groupe, la moyenne des chutes est passée de 11,9 à 6,0 chutes, c’est à dire une réduction de 42 % alors que l’autre groupe a connu une diminution moins nette en passant de 10,7 à 8,3 chutes.

La plus grande amélioration a été observée chez les participants atteints de la maladie de Parkinson, et l’équipe de Mirelman croit que cela pourrait être dû à un certain nombre de facteurs, comme le fait qu’ils avaient des taux plus élevés de chutes au début de l’étude ou que la réalité virtuelle a été en mesure d’aider à améliorer les capacités cognitives et motrices qui sont affectées par la maladie de Parkinson.

Selon le professeur Stephen R. Lord, un expert en gériatrie de l’université de New South Wales, à Randwick en Nouvelle-Galles du Sud en Australie, « le constat d’une réduction de 42 % des chutes est conforme avec les méthodes de prévention de chutes les plus efficaces qui ont évalué les interventions sur les exercices en groupe et les exercices à la maison des personnes âgées et est bien au-dessus de la réduction moyenne de 17 % avec les exercices rapportés dans les revues. Il est également à noter que la réduction des chutes signalées dans la recherche en cours est faite par rapport à un exercice de marche sur un tapis roulant de course d’intensité similaire, par opposition à aucun exercice ou les soins habituels ».

« Les conclusions de Mirelman et de ses collègues ont des implications importantes pour la pratique clinique », a ajouté Lord.

« Les exercices au tapis de course avec une composante de réalité virtuelle pourraient être administrés dans les gymnases communautaires et les cliniques de rééducation car l’entraînement est un entraînement à court terme dans sa nature, et entraîner de nombreuses personnes serait possible ».

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