La recommandation contre Netanyahu est le début de la fin, mais la fin de quoi ?
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Revue de presse

La recommandation contre Netanyahu est le début de la fin, mais la fin de quoi ?

Les journaux israéliens utilisent les recommandations pour accuser Netanyahu et mettre fin à sa carrière, d’autres craignent la fin de la règle de droit si l'affaire se prolonge

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se dirige vers son siège avant de prononcer un discours à la Knesset le 12 octobre 2015, à Jérusalem (Crédit photo: Gali Tibbon / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se dirige vers son siège avant de prononcer un discours à la Knesset le 12 octobre 2015, à Jérusalem (Crédit photo: Gali Tibbon / AFP)

Ce n’est pas tous les jours que la police recommande d’inculper le Premier ministre pour des accusations de corruption, même si ce n’est pas sans précédent. A peine un jour après les accusations de la police; il n’existe déjà plus d’autres sujets dans la presse écrite, car chaque journal annonce les nouvelles selon son propre ordre du jour et style.

Pour Israël Hayom, connu pour être (très) proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, cela veut dire rejeter les accusations faites au leader de la part de ses ennemis anciens et nouveaux, y compris le chef de la police Roni Alsheich et le témoin clé Yair Lapid, chef de Yesh Atid.

Pour le Yedioth Ahronoth, qui n’a apparemment jamais conclu d’accord avec Netanyahu pour une couverture plus favorable en échange d’une législation qui profite à Israël Hayom – comme on le soupçonne dans l’un des deux cas de corruption – cela signifie faire le contraire (et ne pas faire cas de l’imbroglio de l’éditeur dans l’affaire, mais ne pas l’ignorer non plus.)

Les 16 pages du tabloïd sur les recommandations (comment vont-ils les dépasser une fois qu’aura lieu le réel acte d’accusation, ou dieu préserve, une condamnation ?) ornés du tag « corruption » encore et encore, qui est aussi le seul grand mot estampillé au-dessus du visage sombre de Netanyahu sur la première page.

Fait intéressant, les couvertures respectives d’Israël Hayom et du Yedioth présentent des images négatives de la couverture de l’autre il y a dix ans – quand Israël Hayom refusait le bénéfice du doute au Premier ministre Ehud Olmert alors que c’était le cas du Yedioth, ce qui montre à quel point la presse est divisée.

Ehud Olmert (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Pour Haaretz, cela signifie une enquête approfondie sur les allégations, dont la plupart ont déjà été rapportées, et l’analyse approfondie de la déclaration publiée par la police sur leurs recommandations et la réponse de Netanyahu. Le « titre » de 32 mots du journal en première page accentue le fait qu’il y a trop de choses à résumer en une « Une » lapidaire.

Le thème commun des trois journaux est le début de la fin, bien qu’ils soient en désaccord sur la fin. Dans le cas de Haaretz et Yedioth, c’est le début de la fin de la carrière de Netanyahu et pour Israël Hayom, le début de la fin du mauvais temps, avec la police qui sort enfin de scène.

« Avec les recommandations de la police d’inculper Benjamin Netanyahu pour corruption, le Premier ministre entame le compte à rebours de sa fin de vie politique. Netanyahu a précisé qu’il ne démissionnerait pas sans se battre et a parlé agressivement contre ses enquêteurs, promettant que les recommandations ne le toucheraient en rien et qu’il sera à nouveau élu Premier ministre d’Israël », écrit Aluf Benn, rédacteur en chef de Haaretz. « Mais la partie importante de son discours est ce qu’il a omis de mentionner : Netanyahou n’a pas essayé de contredire les faits réels publiés par la police. »

Dans le Yedioth Ahronoth, l’analyste Sima Kadmon écrit qu’en regardant Netanyahu se lever pour livrer un discours défensif mardi soir, elle a eu le sentiment qu’il pourrait effectivement quitter la scène politique. Mais encore une fois, ce n’est pas la voie du Premier ministre, a-t-elle dit, le voyant saisir tout ce qu’il peut sur son chemin. « Et il descend », écrit-elle. « Même les sceptiques parmi nous, même ceux qui pensent qu’il n’y a pas d’obstacles que Netanyahu ne peut franchir, comprennent que la nuit dernière représentait le début de la fin.

Malgré les promesses de Netanyahu selon lesquelles il se présentera aux prochaines élections, il est douteux qu’il le croit réellement. Il comprend que même parmi ses partisans assermentés, il n’y en a pas beaucoup qui valideront la version qu’il a essayé de vendre hier, selon laquelle la police, et en premier lieu le commissaire Roni Alsheich, travaillent pour le chasser du pouvoir », écrit-elle.

Malgré ce que Kadmon écrit, un aperçu sur Israel Hayom, considéré comme un porte-parole du Premier ministre et de ses partisans, montre que même s’ils ne le croient pas, le narratif selon lequel il s’agit d’un coup d’Etat policier est développé avec l’entrée d’un nouveau méchant sur la scène, le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, qui est un témoin clé.

« La confiance envers le membre de la commission s’est érodée et avec une police appropriée, il ne serait pas le chef. La publication des recommandations est considérée comme un événement politique qui met fin à une étape de cette enquête politique contre le Premier ministre », écrit Amnon Lord dans le journal.

Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, prend la parole lors d’une réunion à la Knesset le 25 décembre 2017. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

« Non seulement le premier policier a été exposé comme ayant un parti pris contre le Premier ministre. Il est maintenant clair que le principal témoin de l’affaire des cadeaux illicites est le rival politique du Premier ministre, Yair Lapid. » Dans le même article, Haim Shine va un peu plus loin et accuse la police d’avoir fomenté l’affaire contre Netanyahu, dans un édito intitulé « Le travail de la police est terminé – ils devraient rester à l’écart ».

« J’aurais été surpris s’ils avaient publié autre chose que leurs recommandations. Le plat était prêt depuis une éternité, ils avaient juste besoin d’ajouter un peu de piment pour satisfaire les médias hostiles », écrit-il. Il est intéressant de noter que le commentateur pacifiste Yossi Beilin a, dans un court article, à la page 15, demandé à Netanyahu de se retirer pour se concentrer sur ses malheurs juridiques.

Mises à part les conséquences sur Netanyahu, les journaux semblent également mettre en avant que ce qui va arriver se produira rapidement, prédisant le chaos si le procureur général Avichai Mandelblit traîne des pieds et si les calomnies de la police continuent.

« Pour le bien du pays, Mandelblit doit décider immédiatement. Il ne peut pas traîner pendant de longs mois et il n’y a aucune raison réelle de le faire », écrit Yoaz Hendel dans Yedioth.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec Avichai Mandelblit, alors secrétaire du cabinet, pendant une réunion du cabinet à Jérusalem, le 20 décembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’éditorial principal de Haaretz appelle aussi Mandelblit à agir rapidement, mais le chroniqueur Chemi Shalev dans le même article écrit que la fumée du pistolet de la police pourrait retarder une décision et l’atmosphère toxique pourrait – eh bien, devenir encore plus toxique.

« L’impasse destructrice actuelle ne fera qu’empirer. Netanyahu intensifiera sa guerre d’usure contre la primauté du droit en général, et ses enquêteurs de police en particulier, avec des conséquences totalement prévisibles : la confiance du public dans l’application de la loi continuera à s’éroder, la polarisation politique s’approfondira et Israël continuera à servir de ring de boxe. Le premier ministre tente de se frayer un chemin jusqu’à l’exonération », écrit-il.

Il n’y a aucun appel à une conclusion rapide chez Israël Hayom, avec le chroniqueur Aviad Hacohen détaillant le long chemin à parcourir avant que le Premier ministre ne soit repoussé de ses fonctions, y compris la conviction et les appels.

Dans le journal (en dehors de s’en prendre à Lapid dans une série d’articles), figure le cas où Netanyahu est soupçonné d’avoir négocié avec l’éditeur du Yedioth, Arnon Mozes, dans un accord de compensation pour affaiblir Israël Hayom.

« Il est difficile d’imaginer un tremblement de terre plus important dans l’industrie des médias que celui découvert dans l’affaire 2000 », écrit le journal. Dans le Yedioth, le chroniqueur Nahum Barnea écrit que Mozes devrait s’abstenir de publier le journal au fur et à mesure que l’affaire avance.

« Netanyahu a prétendu que la négociation avec Mozes était une façade : il n’avait pas l’intention de faire avancer l’affaire. La police prétend que Netanyahu ment. Selon eux, il a pris des mesures concrètes pour mener à bien l’affaire », écrit-il.

« La police n’a pas traité la question publique, et la question doit toujours être posée. Que signifie une façade ? Un politicien engagé dans des négociations de faveurs peut-il être Premier ministre dans un pays respectueux des lois ? Quand montre-t-il son vrai moi et quand est-il une façade ?

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