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La “reine du Carbone” Mildred Dresselhaus meurt à 86 ans

La fillette juive du Bronx a été une pionnière des nano-sciences et a ouvert la voie aux femmes scientifiques

Barack Obama, alors président américain, remet la Médaille présidentielle de la Liberté à la physicienne Mildred Dresselhaus à la Maison Blanche, le 24 novembre 2014. (Crédit : Alex Wong/Getty Images)
Barack Obama, alors président américain, remet la Médaille présidentielle de la Liberté à la physicienne Mildred Dresselhaus à la Maison Blanche, le 24 novembre 2014. (Crédit : Alex Wong/Getty Images)

La physicienne Mildred Dresselhaus, la fille d’immigrants juifs polonais pauvres qui a été l’une des pionnières de la recherche sur les propriétés thermales et électriques du carbone, ce qui lui a valu le surnom de « Reine du Carbone », est morte.

Dresselhaus, qui défendait aussi la présence des femmes dans les domaines scientifiques, est morte lundi dernier à l’âge de 86 ans.

Ses recherches ont posé les bases des nanosciences, dans lesquelles la matière est manipulée aux niveaux atomique et moléculaire. Ses travaux lui ont valu le Prix Kavli des nanosciences de 2012, d’un million de dollars, la Médaille nationale des Sciences, la Médaille présidentielle de la Liberté et la Médaille d’honneur de l’IEEE, la plus haute récompense décernée par l’Institut des ingénieurs en électricité et en électronique.

Dresselhaus était devenue encore plus célèbre aux Etats-Unis ces dernières semaines en jouant dans une publicité pour les efforts de General Electrics dans la promotion des femmes dans le domaine des sciences. La publicité, intitulée « Que se passerait-il si les scientifiques étaient des célébrités ? », imagine un monde dans lequel de jeunes filles s’habillent comme Dresselhaus, où elle est en couverture des magazines et où les tabloïds parlent de ses allées et venues.

Abbi Jacobson, l’actrice juive qui joue dans « Broad City », apparaît brièvement dans la publicité, où elle joue une fan de Dresselhaus.

https://youtu.be/sQ6_fOX7ITQ

Dresselhaus, née Mildred Spiewak, est née dans le quartier Flatbush de Brooklyn, à New York, en 1930, et a grandi dans le Bronx.

« Le Bronx était un quartier très pauvre, mais c’était tout ce que les immigrants pouvaient s’offrir à l’époque, a-t-elle raconté dans un entretien de 2013. La vie était dure. Mon père n’avait pas de travail pendant mon enfance, mais il n’y avait pas tant de gens que ça qui avaient un travail. »

Le prestigieux Lycée des Sciences du Bronx n’était pas ouvert aux filles à l’époque, elle est donc allée au sélectif Lycée Hunter de Manhattan. Elle a obtenu son diplôme de licence en 1951 du Hunter College, où elle avait suivi une classe de physique élémentaire avec Rosalyn Yalow, elle aussi fille d’immigrants juifs et future lauréate du Nobel de médecine.

Dresselhaus a souvent déclaré que c’était Yalow qui l’avait poussée à poursuivre sa carrière en sciences et en physique à une époque où l’on attendait des femmes qu’elles deviennent secrétaires, infirmières ou institutrices.

Dresselhaus a ensuite obtenu son master au Radcliffe College et son doctorat à l’université de Chicago.

Deux ans après son mariage avec Gene Dresselhaus, lui aussi physicien, en 1958, ils ont tous les deux reçu un poste au MIT. En 1968, elle est devenue professeur au MIT, où ses recherches ont permis des avancées dans les domaines des matériaux carbone utilisés dans les équipements électroniques à semi-conducteurs.

Dès le milieu des années 1970, elle défendait publiquement la cause des femmes dans l’ingénierie et la science, et a été un exemple pour d’innombrables jeunes femmes qui étaient au MIT. Dans la suite de sa carrière, le MIT l’a nommée professeur émérite, sa plus haute distinction, et elle a continué à enseigner et à travailler quasiment jusqu’à sa mort.

« J’ai eu de la chance, a-t-elle dit en 2013. J’ai été dans un endroit qui est une méritocratie. Votre sexe ne compte pas tellement si vous travaillez bien. Je pense que les femmes bénéficient d’être dans des endroits et d’avoir des postes où la qualité de leur travail est le critère, et pas ce à quoi elles ressemblent. Tous les endroits ne sont pas ainsi. »

Dresselhaus laisse derrière elle son mari, leurs quatre enfants et cinq petits-enfants.

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