La Shoah évoquée lors du rassemblement dénonçant le décret de Trump à Boston
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La Shoah évoquée lors du rassemblement dénonçant le décret de Trump à Boston

Dans l’ombre du mémorial commémorant l’Holocauste en Nouvelle Angleterre, des responsables communautaires ont comparé la situation des réfugiés syriens à celle des Juifs fuyant l’Europe des Nazis

Les militants rassemblés  devant le mémorial de l'Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)
Les militants rassemblés devant le mémorial de l'Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)

BOSTON — Plus de 200 personnes se sont rassemblées au Mémorial de l’Holocauste de la Nouvelle Angleterre dimanche pour protester contre le décret récemment signé par Donald Trump interdisant l’entrée sur le territoire des Etats Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

Les intervenants, lors de ce rassemblement, on taclé l’ordre exécutif incriminé, affirmant qu’il a pour objectif « d’interdire l’entrée des Musulmans » aux Etats Unis.

Le président Donald Trump a essuyé la semaine dernière un premier revers juridique lorsqu’un tribunal d’appel a refusé de réimposer cette mesure, qui avait été stoppée par un magistrat de Seattle rapidement après avoir été annoncée par la nouvelle administration.

Organisée dans le cadre de la journée nationale pour les réfugiés décidée par l’agence juive pour les réfugiés HIAS (précédemment connue sous le nom de Hebrew Immigrant Aid Society), ce rassemblement, à Boston, a eu lieu sous une pluie fine de grêle et de neige tombant sur les six tours de verre qui composent le mémorial de la Shoah, structure de commémoration existant depuis 1995 et à découvrir le long du Freedom trail.

Plusieurs intervenants juifs ont comparé les récentes actions entreprises par l’administration Trump au traitement réservé par l’Amérique aux réfugiés juifs dans les périodes qui avaient précédé l’Holocauste.

Peu de membres de la communauté avaient alors obtenu l’autorisation de trouver un asile aux Etats-Unis.

« L’Amérique a eu la même attitude envers les Juifs que celle qu’elle adopte aujourd’hui envers les Musulmans », a expliqué Fred Manasse, survivant de l’Holocauste lorsqu’il était enfant, en France. Il avait réussi à se cacher des nazis.

Le père de Manasse, Alfred, était l’un des passagers du navire de réfugiés juifs le ‘St. Louis’, de triste mémoire, qui avait été détourné de Cuba et des Etats Unis.

La majorité de ses passagers, parmi lesquels Alfred Manasse, avaient été par la suite assassinés dans les camps de la mort nazis, et le voyage du bateau était devenu un symbole de l’indifférence mondiale face aux horreurs vécues par le peuple Juif sous Hitler.

« [Ces Juifs] ont été les victimes du même genre de politique que celle que Trump semble revendiquer », a indiqué Manasse, 81 ans, évoquant les réfugiés syriens qui tentent d’entrer aux Etats Unis pour échapper à leur pays ravagé par la guerre.

Le survivant de l'Holocauste Fred Manasse parle devant le mémorial de l'Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachussets, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)
Le survivant de l’Holocauste Fred Manasse parle devant le mémorial de l’Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachussets, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)

En plus des leaders de la communauté juive, l’imam Faisal Khan, directeur des affaires religieuses du Centre islamique de Boston à Wayland, a pris la parole.

Venu aux Etats Unis depuis le Kenya, Khan, éminent cardiologue, a parlé de la réaction des Musulmans locaux suite à l’ordre exécutif controversé du président Trump.

« Même si certains d’entre nous [au sein de la communauté musulmane] sommes installés depuis des années, nous ressentons tous tout à coup une grande vulnérabilité », a dit Khan, qui a salué les “manifestations dans les aéroports et les rassemblements” des Américains pour protester contre l’ordre.

« Vous nous avez donné de l’espoir », a dit Khan au public majoritairement juif.

« Nous avons tiré des leçons auprès de vous, frères Juifs et Chrétiens », a ajouté Khan, qui a mentionné les alertes à la bombe reçues dans les synagogues environnantes lors de ces derniers mois comme exemple de la haine rampante qui touche l’état.

Durant l’intervention du chef musulman, les machines se sont doucement actionnées, laissant apercevoir à travers la buée les noms des camps de la mort nazis inscrits sur les six bases des tours.

Les visiteurs ont déambulé le long des six monuments pour lire les propos des survivants gravés sur le verre, tandis que d’autres se sont recueillis devant une plaque posée en l’honneur des soldats américains libérateurs des camps nazis.

Les militants rassemblés  devant le mémorial de l'Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)
Les militants rassemblés devant le mémorial de l’Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)

Le rassemblement a été organisé par Josh Zakim, membre du conseil de la ville et fils de feu Lenny Zakim, ancien militant des droits de l’homme.

Même s’il a ouvert la manifestation en dénonçant « l’animosité » de l’administration Trump envers les réfugiés, Zakim, ainsi que d’autres intervenants juifs, a fait référence à l’Holocauste plus qu’au président.
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« ‘Plus jamais ça’, cela signifie que nous sonnerons l’alarme à chaque fois que l’injustice pèsera sur autrui », a dit Mike Ross, fils du survivant de l’Holocauste Stephan Ross, fondateur du mémorial il y a 22 ans.

« C’est la plus grande crise de réfugiés depuis l’Holocauste », a expliqué Ross, ancien conseiller de la ville et membre du Conseil des Relations de la communauté juive de Boston, co-organisateur de l’événement.

« Cet ordre exécutif vise à tenter d’interdire aux Musulmans d’entrer dans le pays », a expliqué Ross, qui a parlé de l’expérience vécue par son père en tant que survivant et en tant que réfugié.

Les militants rassemblés  devant le mémorial de l'Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)
Les militants rassemblés devant le mémorial de l’Holocauste de Nouvelle Angleterre, à Boston, dans le Massachusetts, durant un rassemblement de soutien aux réfugiés le 12 février 2017 (Crédit : Kaila Fleisig)

Nouvelle citoyenne à prendre la parole lors du rassemblement, le rabbin Claudia Kreiman du Temple Beth Zion de Brookline a expliqué avoir prêté son serment de citoyenneté au mois d’avril dernier.

Connue sous le nom de “Rav Claudia,” Kreiman a raconté son enfance au Chili sous la dictature d’Augusto Pinochet. En 1994, sa mère, Susy Wolynski Kreiman, a été l’une des 85 victimes de l’attentat terroriste à la bombe perpétré au centre juif AMIA de Buenos Aires, en Argentine.

Invoquant le « fantôme des Juifs qui ne sont pas, là, à nos côtés, parce que les Etats Unis ont refusé leur entrée », le rabbin a déclaré que l’ordre exécutif de Trump était un exemple de la « répétition de l’histoire ».

Elle a recommandé aux personnes présentes de « se dresser contre ces ordres exécutifs. Nous devons également affirmer avec détermination que nous souhaitons la bienvenue aux réfugiés ».

« Plus jamais ça, et pas seulement pour les Juifs. Plus jamais ça pour l’humanité entière », a expliqué Kreiman, qui a fait son serment de citoyenneté au Faneuil Hall historique.

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