La SlutWalk déshabille les rues de Jérusalem
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La SlutWalk déshabille les rues de Jérusalem

Des manifestants court-vêtus ont défilé au centre-ville de la capitale contre le viol et le blâme de ses victimes

Slutwalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
Slutwalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Les voitures et piétons ont contemplé vendredi midi plusieurs centaines de manifestants défiler dans le centre de Jérusalem pour la quatrième marche contre le viol SlutWalk de la ville.

Les manifestants, principalement de jeunes hommes et femmes de leur adolescence à la vingtaine, ont défilé dans divers tenues légères pour proclamer que les femmes devraient être en mesure de porter ce qu’elles veulent sans être harcelées sexuellement. Beaucoup de femmes avaient des brassières, ou pas de haut du tout. Certains hommes défilaient torse nu ou travestis, vêtus de robes d’été féminines, appropriées pour le temps chaud de fin mai.

Ils brandissaient des pancartes écrites à la main, scandant des slogans tels que « Blâme le violeur », « Quand elle dit non, cela signifie non », « Mon corps est à moi » et « Les femmes exigent la sécurité dans les rues ».

Une SlutWalk [Marche de pute] est une protestation contre la justification ou l’explication du viol sur la base de la tenue vestimentaire ou de l’apparence d’une femme. La première manifestation a eu lieu à Toronto, Canada, en avril 2011, en réponse à un officier de police qui avait suggéré que « les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes » pour éviter d’être violées. Depuis lors, les SlutWalks ont lieu dans les villes à travers le monde et élargi leur objectif pour inclure tous les types d’agression sexuelle et de harcèlement et condamner la prise pour cible de la victime.

En Israël, des SlutWalks ont eu lieu à Tel-Aviv, Haïfa et Beersheva, ainsi qu’à Jérusalem. Selon Or David, l’une des organisatrices de l’événement, cependant, la SlutWalk de vendredi à Jérusalem est la seule prévue dans le pays pour cette année.

Or David a confié au Times of Israel qu’elle pense que le harcèlement des femmes est plus prégant en Israël que dans d’autres endroits.

« Les gens en Israël pensent que tout les concernent, et ils disent des choses inappropriées, » dit-elle.

Slutwalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
SlutWalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Cependant, David met garde qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème local. «Les hommes partout dans le monde pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, et que c’est toujours la faute de la femme, » dit-elle.

Beaucoup de filles en âge scolaire [certaines accompagnées de leurs chefs de groupes de jeunesse] ont participé à la SlutWalk vendredi, laissant entendre que la jeune génération est davantage consciente de ce problème au niveau politique. Elles ont raconté qu’elles se font pincer les fesses, ou agripper les seins par les garçons à l’école.

« Les garçons et les hommes nous traitent comme des objets. Je veux que les gens prêtent attention à mon caractère, pas à la façon dont je m’habille », dit Shir, 15 ans, qui était à la manifestation avec trois de ses amies.

Slutwalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
SlutWalk à Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Des femmes légèrement plus âgées affirment participer à la SlutWalk parce qu’elles en ont assez d’être jugées pour toutes sortes de raisons par des hommes – et aussi par d’autres femmes.

« Cela ne concerne pas seulement ce que je porte. Vous ne pouvez pas me juger pour mes partenaires sexuels », dit Ron, 21 ans.

Une femme d’âge moyen qui a souhaité rester anonyme dit être fière et « incroyablement émue » de voir tant de jeunes à la manifestation.

« Ce sont des jeunes femmes et hommes qui comprennent que le féminisme fera du monde un endroit meilleur, non seulement pour les femmes, mais pour tous, » dit-elle.

Beaucoup de jeunes hommes sont venus montrer leur solidarité avec la gente féminine.

« Je suis ici pour célébrer les droits de corps et la liberté de porter ce dans quoi je me sens à l’aise sans être jugé, harcelé ou maltraité. J’ai vu des pratiques de harcèlement à la fois chez les hommes et les femmes. Les hommes peuvent également être des victimes », déclare R’ay Fodor, 17 ans, torse nu.

Son ami Moni Krausz, 27 ans, était enveloppé dans un drapeau arc-en-ciel du LGBT. À son avis, les droits des homosexuels et les luttes féministes sont fortement liés.

« Il y a beaucoup de gens gays ici aujourd’hui. En tant que membres de la communauté LGBT, nous faisons partie de cela. Ce sont les mêmes valeurs auxquelles je crois en tant que personne gay », dit-il de l’objectif de la SlutWalk.

La SlutWalk au cœur de Jérusalem n’a pas causé autant de remous que prévu. Les manifestants étaient protégés par la police et la marche a eu lieu sans incident.

Et pourtant, à un moment donné, un homme s’est levé d’une table du café sur la rue de Jaffa et a affronté les manifestants. « Vous êtes des ordures ! Vous êtes malades ! », leur a-t-il lancé.

Un homme confronte les manifestants, SlutWalk Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
Un homme confronte les manifestants, SlutWalk Jérusalem, le 29 mai 2015. (Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Mais pas tous les passants n’ont porté de jugement.

Une adolescente orthodoxe Esti Homnick, vêtue d’une jupe jusqu’aux chevilles et de manches longues, affirme ne pas être surprise de voir une SlutWalk à Jérusalem, qu’elle qualifie même de « nécessaire ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense des tenues des manifestantes, Homnick répond sur le mode du vivre et laisser vivre.

« Ceci est mon choix », dit-elle en montrant son propre accoutrement. « Cela est leur choix. Personne n’a le droit de leur dire quoi porter. »

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