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La « soupe juive » réchauffe soldats et réfugiés à la frontière roumano-ukrainienne

Sous une tente déployée par le JDC, on sert du bortsch de haricots et de légumes aux réfugiés de guerre. Mais l’aide des bénévoles, locaux et étrangers, ne s’arrête pas là

  • Laiza Vedeneva dans les installations de la JDC avec sa grand-mère. (Marcel Gascón Barberá / JTA)
    Laiza Vedeneva dans les installations de la JDC avec sa grand-mère. (Marcel Gascón Barberá / JTA)
  • Israël Sabag, directeur de JDC Roumanie, accueille un groupe de juifs ukrainiens du côté roumain de la frontière. (Marcel Gascón Barberá / JTA)
    Israël Sabag, directeur de JDC Roumanie, accueille un groupe de juifs ukrainiens du côté roumain de la frontière. (Marcel Gascón Barberá / JTA)
  • Moti Kahana au poste frontalier de Siret. (JTA)
    Moti Kahana au poste frontalier de Siret. (JTA)
  • Tuvia Zechter, près de la tente du JDC, à proximité du poste frontalier de Siret, Roumanie. (JTA)
    Tuvia Zechter, près de la tente du JDC, à proximité du poste frontalier de Siret, Roumanie. (JTA)

SIRET, Roumanie (JTA) – La première chose que les réfugiés ukrainiens voient à leur arrivée en Roumanie par le passage frontalier de Siret est une tente à l’intérieur de laquelle on sert ce qui est désormais connu sous le nom de « soupe juive ».

La tente est gérée par l’American Jewish Joint Distribution Committee (le JDC) et la soupe est une version locale d’un bortsch de haricots et de légumes distribué, jour et nuit, aux Ukrainiens hagards qui fuient leur pays déchiré par la guerre.

« J’ai déjà fait 31 grosses marmites comme celle-ci », a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency Tuvia Zechter, cuisinier à la retraite à la tête de la cuisine improvisée près de la frontière. Le JDC est un des nombreux organismes caritatifs installés sur ce tronçon de route d’un demi-kilomètre de long pour apporter du réconfort à ce qui est devenu un défilé incessant de femmes et d’enfants déplacés.

« Tout le monde apprécie notre cuisine et on vient de partout pour la goûter », a ajouté Zechter, évoquant les bénévoles roumains, soldats, pompiers et policiers qui œuvrent pour accueillir les réfugiés.

Israélien d’origine roumaine, Zechter a passé 15 ans de sa vie à cuisiner pour la police israélienne à Netanya et a également travaillé dans des restaurants et des hôtels à l’étranger. Il est revenu en Roumanie pour sa retraite et vit maintenant « loin de la grande ville », dans la ville juive de Radauti, à environ 20 kilomètres au sud de la frontière ukrainienne.

Zechter s’est joint aux efforts de la communauté juive pour venir en aide aux réfugiés Ukrainiens lorsqu’un de ses neveux, installé aux États-Unis, lui a demandé de gérer une soupe populaire pour les réfugiés à la frontière.

Tuvia Zechter, près de la tente du JDC, à proximité du poste frontalier de Siret, Roumanie. (JTA)

Ce neveu n’est autre que l’homme d’affaires israélo-américain Moti Kahana, qui avait fait parler de lui pour avoir mené des missions audacieuses visant à exfiltrer des milliers de Juifs et non Juifs en difficultés en Syrie, Irak et Afghanistan. En ce moment, il s’active à la frontière roumano-ukrainienne, un lieu très significatif pour lui.

« Ma famille est originaire de Roumanie, et quand l’American Jewish Joint Distribution Committee m’a appelé pour me dire qu’on avait besoin d’un cuisinier, j’ai dit, c’est merveilleux, mon oncle vit dans le coin », a déclaré Kahana à la JTA, avant de traverser la frontière pour aider un homme d’affaires israélien en attente de traverser la frontière.

Entrepreneur en série, enrichi de ce qu’il dit être plusieurs « millions de dollars » par la vente de son entreprise la plus prospère au géant de la location de voitures Hertz, Kahana s’est depuis spécialisé dans le secours de personnes en danger par le biais de sa société, GDC, qui offre des services logistiques et de diplomatie humanitaire à des organisations à but non lucratif.

Kahana a décidé de créer sa propre entreprise après avoir été profondément déçu de la façon dont certaines organisations non gouvernementales ont dépensé ses dons.

« Quand j’ai vu des ONG dépenser mon argent pour prendre des vols en première classe, j’ai décidé d’offrir mon aide directement aux gens, alors je vais moi-même à la frontière et je vois ce que je peux faire pour eux », a déclaré Kahana, qui travaille souvent bénévolement, en plus des missions rémunérées au titre de son entreprise.

Selon lui, les ONG sont plus productives et plus rentables lorsqu’elles externalisent leur travail logistique à des professionnels.

« Sinon, vous risquez de dépenser la majeure partie de l’argent que vous collectez en salaires », a-t-il soutenu.

Kahana s’est dit impressionné par la réponse du peuple et du gouvernement roumains.

Moti Kahana au poste frontalier de Siret. (JTA)

« Il y a davantage de bénévoles que de réfugiés », a-t-il dit. « Les politiciens, y compris les maires de petites villes, viennent demander comment ils peuvent aider et se proposent d’accueillir des réfugiés. Contrairement à des pays comme la Turquie et la Jordanie, où j’ai également travaillé, je n’ai vu personne en Roumanie se faire de l’argent sur le dos des réfugiés. »

Il a présenté une facture de son dernier achat – sucre, pâtes, céréales et huile de cuisson -, comme preuve que les Roumains n’essaient pas de tirer indûment profit de la crise.

« Habituellement, les gens me facturent plus parce que je représente une entreprise américaine », a-t-il déclaré. « Mais ici, c’est différent. Les fournisseurs insistent pour offrir des rabais et certaines personnes refusent d’être payées pour leur travail. »

Ces derniers jours, la GDC de Kahana a noué un partenariat avec l’ambassade d’Israël en Roumanie.

« Puisque Moti peut passer de l’autre côté, et que nous ne pouvons être que du côté roumain, il nous aide à distribuer de l’aide aux personnes qui attendent sur la ligne », a déclaré l’ambassadeur d’Israël en Roumanie, David Saranga, à JTA.

En plus d’offrir de l’aide pour rentrer chez eux aux plus de 4 000 Israéliens qui ont fui l’Ukraine en passant par la Roumanie, ainsi qu’un soutien à l’immigration pour d’autres Juifs passés par le passage frontalier, l’ambassade d’Israël a distribué vêtements, chaussures, jeux et autres articles aux réfugiés arrivant à Siret.

Israël Sabag, directeur de JDC Roumanie, accueille un groupe de juifs ukrainiens du côté roumain de la frontière. (Marcel Gascón Barberá / JTA)

Israël a également participé au sauvetage de 10 enfants atteints de cancer ou d’autres maladies graves, venus de Kiev avec leurs parents, en les transportant mardi à Tel Aviv. Ils recevront un traitement gratuit à l’hôpital pour enfants Schneider , à Petah Tikvah.

Des femmes, des enfants et des personnes âgées venus de villes et village de toute l’Ukraine arrivent, sans discontinuer, à Siret.

Étudiante en génie informatique, Rina Dukno est arrivée avec sa mère, sa sœur, ses neveux et leurs deux chats de la ville portuaire de Kamianske, connue à l’époque soviétique sous le nom de Dniprozerzhynsk, en l’honneur du chef de la police secrète Feliks Dzerhinsky.

« Je ne suis pas encore certaine à 100 %, mais je pense que je ferai mon alyah », a déclaré Dukno à la JTA, évoquant une possible immigration en Israël. Elle envisageait de lancer le processus l’an prochain avec le programme Massa, organisateur d’événements en Israël pour les jeunes adultes.

Mais l’invasion russe a rebattu les cartes.

« J’ai toujours eu l’envie de m’installer en Israël avec ma famille, mais pas dans ces conditions », a déclaré Dukno, qui parle un peu hébreu et a exprimé sa tristesse de devoir partir « si rapidement et avec juste quelques sacs ». Elle espère que la paix sera bientôt rétablie dans son pays natal.

Laiza Vedeneva dans les installations de la JDC avec sa grand-mère. (Marcel Gascón Barberá / JTA)

Laiza Vedeneva est arrivée à bord du même bus en provenance de Kamianske. Elle a terminé ses études secondaires et souhaite étudier les langues en Israël, où sa mère vit déjà.

Vedeneva fuit l’Ukraine avec sa grand-mère. Avec le reste du groupe, ils ont prévu de se rendre à Bucarest, où ils passeront quelques nuits dans un hôtel avant de s’envoler pour leur nouvelle vie en Israël. Parmi les immigrants potentiels figurent également Svetlana et sa sœur Irina, deux retraitées de la ville de Kryvyi Rih dans le centre de l’Ukraine – la ville natale du président juif ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Lorsque les réfugiés terminent leur bol de la fameuse « soupe juive » de Zechter, le directeur du JDC Roumanie, Israël Sabag, les accueille en hébreu, ukrainien et russe. La foule applaudit, les yeux s’illuminent et des sourires apparaissent sur les visages las.

Daniel Adrian Dogaru, 48 ans, est tailleur de pierre et vit à Slanic Moldova, une petite ville roumaine à 250 kilomètres au sud de Siret. Outre le roumain, il parle hongrois, bulgare, grec et anglais.

Il est venu à la frontière de sa propre initiative pour faire du bénévolat et mettre ses compétences linguistiques au service des réfugiés.

Après avoir identifié les opérations de JDC comme les plus efficaces de tout Siret, il les a rejointes en tant que bénévole, se disant impressionné par le « sérieux et la promptitude des Juifs » à répondre à la crise des réfugiés dans son pays.

« J’étais catholique », a plaisanté Dogaru. « Mais depuis 10 jours, je suis Juif. »

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