La stratégie de l’agence tous risques de Trump
Rechercher

La stratégie de l’agence tous risques de Trump

Les Israéliens et les Palestiniens attendent encore que l’administration américaine expose son cadre de travail pour raviver le processus de paix

Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

WASHINGTON (JTA) — Après sept mois de présidence Trump, Israël et les Palestiniens, avec d’autres pays au Moyen-Orient et des experts en politique de la région, attendent toujours que l’administration américaine expose son cadre de travail pour la paix.

Kushner, que Trump a chargé de trouver un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, est arrivé mercredi en Israël pour sa troisième visite dans la région. Lui et Jason Greeblatt, le négociateur international en chef de Trump, et Dina Powell, la conseillère à la sécurité nationale, ont rencontré le lendemain le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant de conclure une tournée au Moyen-Orient que les Etats-Unis ont décrite comme « productive » selon The Wall Street Journal.

« Quelque chose est ressorti de ce voyage, cela démontre que le processus de paix n’est pas mort et enterré », a déclaré au JTA, Aaron David Miller, un ancien négociateur de paix du Moyen-Orient sous des présidents républicains et démocrates qui est maintenant président du Centre Wilson. « Le monde entier regarde. Proposer une sorte d’événement ou un cadre de travail est nécessaire ».

Husam Zomlot, l’envoyé de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington, s’est exprimé plus directement lors d’une rencontre avec des journalistes plus tôt ce mois.

Husam Zomlot, envoyé de l'OLP à Washington, s'adresse aux journalistes à  Washington le 17 août 2017 (Crédit : Ron Kampeas)
Husam Zomlot, envoyé de l’OLP à Washington, s’adresse aux journalistes à Washington le 17 août 2017 (Crédit : Ron Kampeas)

« Nous avons besoin qu’ils nous disent dans quelle fichue direction ils vont », a-t-il déclaré.

De son côté, l’administration Trump ne semble pas être sur le point de faire une avancée capitale. Les Palestiniens avaient espéré une solution à deux états – Trump en février s’est distancé d’un engagement explicite des Etats-Unis vieux de 15 ans vers une telle solution. Mais alors que l’équipe conduite par Kushner arrivait en Israël, Heather Nauert, la porte-parole du Département d’Etat, a clairement expliqué que rien n’avait changé concernant la solution à deux états.

« Nous n’allons pas nous exprimer sur ce que sera la solution », a-t-elle déclaré. « Elle doit être acceptable pour les deux parties. Et je pense vraiment que la meilleure perspective pour ne pas privilégier un camp pour un autre, est de s’assurer qu’ils peuvent négocier cela entre eux. »

Ce choix de la prudence – laissant le choix du rythme pour faire avancer les choses aux deux camps – est une réaction aux revers rencontrés par les Etats-Unis lorsque les précédentes administrations ont pris un rôle plus actif pour chercher à trouver un accord de paix.

C’est une expérience que Kushner souhaiterait éviter, quelque chose qu’il a exprimé clairement dans une conversation qui a fuité avec des internes au Congrès. Kushner s’exprime rarement en public, et l’échange du mois dernier était un aperçu rare de la manière dont il a envisagé la reprise des pourparlers de paix. Cela soulignait à quel point l’approche de l’administration au processus de paix était embryonnaire.

Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, avec Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, à Ramallah, le 21 juin 2017. (Crédit : bureau de presse de l'AP)
Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, à Ramallah, le 21 juin 2017. (Crédit : bureau de presse de l’AP)

« Alors qu’est-ce que nous offrons d’unique ? Je ne sais pas », a déclaré Kushner dans un enregistrement obtenu par le magazine Wired. Et nous essayons de travailler avec les parties très tranquillement pour voir s’il y a une solution. Et peut-être qu’il n’y a pas de solution, mais c’est une des questions sur lesquelles le président nous a demandé de nous concentrer ».

Les remarques de Kushner – pleines d’hésitation, pour ne pas dire d’incompétence – sont en contradiction avec l’intensité de l’activité de l’administration Trump au début de sa présidence, a déclaré Daniel Shapiro, l’ambassadeur de l’administration Obama en Israël de 2011 à 2017. En plus de la présence constante de Greenblatt dans la région et des deux visites de Kushner, Trump a visité Israël et les Territoires palestiniens dans son premier voyage à l’étranger en tant que président, et a accueilli Netanyahu et Abbas à la Maison Blanche.

« Trump a obtenu un certain poids grâce à ces premières rencontres, avec Netanyahu et Abbas, a déclaré Shapiro. Ce type de poids est un véritable gâchis s’il n’est pas utilisé ».

Un élément s’est fait ressentir : un des obstacles à une politique cohérente de la Maison Blanche pour le Moyent Orient se trouvait dans l’opposition interne entre des proches aux méthodes traditionnelles comme Kushner et Powell – une diplomate qui a occupé des responsabilités importantes dans l’administrationn George W. Bush – et des conseillers préconisant une approche plus dure comme Stephen Bannon, l’ancien stratège de la Maison Blanche. Vanity Fair a annoncé cette semaine que Bannon avait fortement incité à déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv vers Jérualem, « et militait pour une position plus dure contre les Palestiniens par rapport à celle de Kushner ».

Des groupes pro-Israël qui favorisent une approche dure dans le traitement des Palestiniens se sont plaints de la nomination de David Satterfield, diplomate avec l’expérience du Moyen-Orient, en tant qu’assistant du Secrétaire d’Etat pour les Affaires du Proche Orient. L’Organisation Sioniste d’Amérique (ZOA) est préoccupée que Satterfield puisse exercer « une pression injustifiée sur Israël ».

La ZOA a également qualifié Powell, qui a dirigé des activités caritatives à Goldman Sachs après avoir servi comme assistant du Secrétaire d’Etat pour les affaires d’éducation et de culture dans l’administration George W. Bush, d’être « hostile à Israël ».

Si le départ de Bannon de la Maison Blanche signifie que l’administration adoptera une approche plus traditionnelle de « négociateur honnête » au Moyen-Orient, certains suggèrent que Kushner cherchera plus probablement à favoriser des pourparlers – et des compromis – des deux côtés.

Le président américain Donald Trump à Cincinnati, dans l'Ohio, le 7 juin 2017. (Crédit: Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Donald Trump à Cincinnati, dans l’Ohio, le 7 juin 2017. (Crédit: Nicholas Kamm/AFP)

L’ancien négociateur Miller a déclaré que cela semblait peu probable. Les préoccupations étaient ailleurs, a-t-il déclaré, et dans tous les cas, ce n’est pas comme si Kushner et Greenblatt – des Juifs orthodoxes liés depuis longtemps à Israël, y compris au mouvement d’implantations – étaient faibles lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts du pays.

« Vous n’aviez pas besoin de Steve Bannon pour créer une sorte de tsunami géant en faveur des sensibilités israéliennes », a déclaré Miller, à l’inverse des relations glaciales qui unissaient Israël et les États-Unis sous l’administration Obama.

Les tribulations nationales de chaque dirigeant sont un autre facteur inhibiteur d’un changement. Netanyahu et Trump font tous deux objets d’enquêtes potentiellement criminelles, et Abbas est confronté au défi interne qui l’oppose au Hamas, le groupe terroriste qui contrôle la bande de Gaza, et à de nouveaux défis présentés par les jeunes dirigeants du Fatah, son propre mouvement. L’accord de réconciliation entre les deux factions rivales est suivi de près par l’administration américaine.

Et pourtant, le parcours de Kushner semble indiquer qu’une stratégie, au stade embryonnaire, est en marche, selon Jonathan Schanzer, vice-président de la Foundation for Defense of Democracies. La délégation américaine a fait escale en Arabie saoudite, au Qatar, en Jordanie, aux Émirats arabes unis et en Egypte.

« La région présente toujours un certain intérêt, et invite à l’exploration d’une architecture régionale pour la paix », a ajouté Schanzer, en référence aux projets que Trump et Netanyahu avaient évoqué dans le passé. Ce projet créerait les conditions pour un accord de paix large et simultané entre Israël, les Palestiniens et les pays arabes.

« L’idée, c’est que les Israéliens et les Arabes puissent trouver un moyen de garantir une meilleure qualité de vie et du progrès, vers une autonomie pour les Palestiniens, tout en explorant les priorités régionales avec les Arabes », dit-il, notamment les stratégies communes pour contrer les groupes terroristes islamistes et maitriser l’influence de l’Iran ; « Si c’est réalisé en parallèle, cela peut-être productif. »

Le moment de s’atteler à une telle approche régionale est imminent, a averti Schanzer, indiquant que la Russie et la Chine faisaient des percées dans la région.

Zeev Elkin, à gauche, ministre du Likud, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, deuxième à gauche, et le président russe Vladimir Poutine, à droite, lors d'une réunion à Sotchi, le 23 août 2017. (Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP)
Zeev Elkin, à gauche, ministre du Likud, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, deuxième à gauche, et le président russe Vladimir Poutine, à droite, lors d’une réunion à Sotchi, le 23 août 2017. (Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP)

« Vous avez les Russes, qui enjoignent les Israéliens à venir », dit-il, pour évoquer le voyage de Netanyahu cette semaine à Moscou, qui semblait préoccuper davantage le Premier ministre israélien que la visite de Kushner.

Les Russes maintiennent leur présence en Syrie, et Israël fait pression sur le président russe Vladimir Poutine, pour s’assurer que le résultat de la guerre civile dans le pays ne soit pas en faveur des alliés de facto de la Russie, l’Iran et le Hezbollah.

Selon Schanzer, « l’administration Trump doit protéger précieusement son portfolio si elle souhaite garder le contrôle » au Moyen Orient.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...