La tactique de Liberman pour faire pression sur Netanyahu
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La tactique de Liberman pour faire pression sur Netanyahu

Le parti Yisrael Beytenu, qui veut présenter plusieurs propositions de loi, a déclaré qu'il est temps de brandir une "réelle menace" pour éviter un quatrième scrutin

Le dirigeant d'Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, lors d'une conférence à l'Institut israélien de la démocratie, à Jérusalem, le 24 février 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le dirigeant d'Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, lors d'une conférence à l'Institut israélien de la démocratie, à Jérusalem, le 24 février 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le parti Yisrael Beytenu a annoncé jeudi qu’il allait présenter cinq propositions de loi à la Knesset qui représenteraient une « réelle menace » face au Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le parti a expliqué que cela pourrait contraindre le Premier ministre à accepter un accord de gouvernement d’unité avec le parti Kakhol lavan de Benny Gantz.

Et il a appelé Gantz, en tant que président de la Knesset, à autoriser la tenue d’un vote sur ces textes de loi à l’assemblée plénière. Le parti n’a pas l’intention de faire réellement passer les textes, mais il s’agirait d’exercer une pression tactique sur le Premier ministre pendant les négociations.

Les propositions de loi incluent des mesures qui interdiraient aux députés visés par des inculpations pour des actes criminels – comme c’est le cas de Netanyahu – d’occuper le poste de Premier ministre.

Après l’expiration du mandat de Gantz pour former un gouvernement, le président Reuven Rivlin a annoncé jeudi qu’il plaçait le mandat entre les mains de la Knesset. Il lance ainsi un compte-à-rebours de 21 jours au cours duquel l’assemblée devra soit choisir un de ses membres pour devenir le prochain Premier ministre soit se dissoudre et appeler de nouvelles élections, qui auraient probablement lieu en août.

« Après le fiasco des derniers jours, qui s’est terminé sans la formation d’un gouvernement, j’ai demandé que Benny Gantz nous autorise à mettre à l’ordre du jour de la Knesset les cinq propositions de loi d’Yisrael Beytenu, et de les exempter de l’obligation de présentation [le délai obligatoire qui est habituellement nécessaire pour l’introduction d’une nouvelle proposition de loi], et aussi de créer une commission spéciale pour superviser ces lois », a écrit jeudi le président du parti Avidgor Liberman sur Facebook.

Si ces mesures sont prises, a-t-il écrit, « trois semaines sont plus que nécessaires pour faire passer les cinq propositions de loi en trois lectures. Il y a de nombreux précédents où la Knesset a fait passer des lois en trois lectures en une seule journée. Tout dépend maintenant du président de la Knesset Benny Gantz ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec le ministre de la Défense Naftali Bennett de Yamina, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri du Shas, le ministre de la Santé Yaakov Litzman et le député Moshe Gafni Yahadout HaTorah lors d’une réunion des chefs des partis du bloc de droite à la Knesset, le 4 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un entretien avec le site internet Maariv, Liberman a expliqué que les propositions de loi proposés visaient à s’assurer que Netanyahu accepte l’accord d’unité avec Gantz, au lieu de forcer le pays à tenir un quatrième scrutin.

De récents sondages ont suggéré que le parti du Likud pourrait profiter d’une nouvelle élection, même si un scrutin semble également risqué en pleine épidémie. De fait, personne ne sait dans quel état sera le pays d’ici trois mois.

Ces derniers jours, un point d’achoppement majeur entre les deux partis semblait se focaliser sur la volonté de Likud de procéder à des changements dans les procédures de nominations judiciaires. Le parti souhaiterait mieux contrôler ce processus de nomination, mais Kakhol lavan s’oppose fermement à tout changement.

Un autre sujet clef tournerait autour de la crainte de Netanyahu que la Cour suprême puisse statuer qu’il n’a pas le droit d’être Premier ministre en raison des multiples inculpations criminelles qui le visent. Cela pourrait conduire Gantz à devenir Premier ministre pendant l’ensemble du mandat de coalition. Netanyahu aurait donc essayé d’obtenir des garanties législatives que Gantz ne pourrait pas prendre le poste de Premier ministre dans l’éventualité d’une telle décision de justice.

Yisrael Beytenu soutient un gouvernement d’unité « même si nous n’en faisons pas partie », a déclaré Liberman dans l’entretien. Il a ajouté : « Netanyahu veut des nouvelles élections. Le fait est que, dans chaque réunion des équipes de négociations [du Likud et de Kakhol lavan], le Likud ne parle pas des sujets comme lutter contre le coronavirus ou aider les petites entreprises du secteur commercial, mais il se focalise uniquement sur la commission de nominations judiciaires, les lois permettant pour contourner la Cour suprême, et ainsi de suite ».

« Cela nous démontre avec certitude que la seule chose dont se soucie Netanyahu est son propre destin, a martelé Liberman. Il a affirmé que le Premier ministre était uniquement intéressé à former un gouvernement avec Gantz si cela lui garantissait un « filet de sécurité » pour éviter qu’il n’ait à démissionner pour son procès de corruption.

Le président Reuven Rivlin (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche), et le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz, se serrent la main lors de la cérémonie commémorative pour le défunt président Shimon Peres au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si Gantz ne soutient pas les demandes de Netanyahu pour passer des modifications constitutionnelles qui le protégeraient d’une intervention de la Cour suprême, Netanyahu va « entraîner le système politique vers une élection, comme ses conseillers politiques l’appellent à le faire en se basant sur les derniers sondages » [qui lui sont favorables], a expliqué Liberman.

« Il est clair pour nous à Yisrael Beytenu que la seule façon de forcer Netanyahu à un gouvernement d’unité, même pour un temps limité, est de mettre une menace concrète et crédible sur la table, a-t-il dit. C’est uniquement quand il aura compris que la loi avance, et que l’alternative [à l’unité avec Gantz] est pire pour lui, qu’il pourrait être convaincu de faire entrer Benny Gantz dans son nouveau gouvernement ».

Le député Oded Forer, le chef du groupe de Kakhol lavan à la Knesset qui est responsable de l’avancée des nouvelles propositions, a également appelé jeudi à un « véritable gouvernement d’unité ». Il a repris les propos du chef de son parti que seule une « menace concrète » envers Netanyahu pourrait fonctionner.

« Nous soutenons un vrai gouvernement d’unité. Nous disons depuis le début que pour que cela ait effectivement lieu, il doit y avoir une menace concrète sur la table. S’il n’y a aucune menace, Netanyahu essayera d’imposer le gouvernement fantoche qu’il a essayé de former [dans les négociations avec Gantz la semaine passée]. Il est maintenant clair que nous avions raison. Si Gantz veut réellement un gouvernement d’unité, il doit avancer et faire adopter les textes que nous avons présentés, et alors le chemin vers un gouvernement d’unité sera court ».

On ne connaît pas encore le contenu exact de chaque texte, étant donné qu’ils n’ont pas encore été déposés au secrétariat de la Knesset ni publiés sur le site internet de la Knesset.

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