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La Tunisie rend hommage à son patrimoine juif

Soutenue par les autorités locales, la communauté juive de Tunisie tente de sauver la mémoire de son histoire et de son patrimoine dans le pays

Un pèlerin juif prie à la synagogue de la Ghriba sur l'île de Djerba, dans le sud de la Tunisie, le 18 mai 2022, lors du pèlerinage juif annuel à la synagogue. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)
Un pèlerin juif prie à la synagogue de la Ghriba sur l'île de Djerba, dans le sud de la Tunisie, le 18 mai 2022, lors du pèlerinage juif annuel à la synagogue. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)

Le mois dernier, la communauté juive de Tunisie et la ville de Nabeul ont inauguré l’espace de la mémoire judéo-nabeulienne Gaston Karila, après sa restauration complète, a rapporté le journal Le Monde.

Situé dans une ancienne yeshiva, en pleine médina, à proximité du souk El Balgha, il rend compte du passé dynamique de la communauté.

Ce « lieu de mémoire » plus que musée abrite notamment des archives, des photos et objets, témoins de la mémoire juive de la ville, et une galerie de visages intitulée « Les Derniers magnifiques », qui rend hommage aux derniers habitants juifs de la ville.

Le lieu a bénéficié de l’aide d’une collecte en ligne pour pouvoir être restauré. Albert Chiche, 73 ans, ancien directeur d’une maison de retraite pour personnes âgées juives de La Goulette, est à l’origine du projet. Il affirme qu’il ne s’attendait pas à ce que la collecte obtienne un tel succès, ayant rapporté plus d’argent qu’il n’espérait.

 

L’homme est aujourd’hui en contact avec les autorités locales pour organiser des visites d’écoliers dans l’espace.

La ville de Nabeul comptait près de 2 500 Juifs sur une population de 12 000 habitants jusque dans les années 1960, avant les importantes vagues de migration. La Tunisie comptait elle un total d’environ 100 000 Juifs avant l’indépendance du pays, en 1956. Ils seraient environ 1 200 aujourd’hui, alors qu’une grande partie du patrimoine s’est largement retrouvé à l’abandon.

À Sousse, autre grande ville de Tunisie, quatre rues ont récemment été rebaptisées en hommage à des personnalités juives : l’avocat Claude Sitbon, le médecin Daniel Uzan, la sage-femme Yvonne Bessis et les familles Ghouila-Houri et Ichoua, qui ont contribué au développement de la ville. Le projet est né après que la municipalité a souhaité souligner les valeurs de tolérance et de multiculturalisme de la ville, trois ans après une attaque terroriste qui a fait 39 morts.

Toujours à Sousse, l’historienne Claire Rubinstein, spécialiste de l’histoire des Juifs de Tunisie et petite-fille du rabbin de la ville, compte, avec un architecte tunisien et d’autres membres de la communauté, réhabiliter la synagogue de la ville et la transformer en espace culturel ouvert à tous. Pour ce faire, elle espère parvenir à récolter des fonds en France.

« Lorsque vous voyez que l’on est passé de 6 000 Juifs à Sousse à une trentaine aujourd’hui, et à seulement deux synagogues sur les onze qui existaient il y a un demi-siècle, vous comprenez que si nous ne faisons rien, toute notre histoire risque de disparaître », a témoigné Mme Rubinstein au Monde.

Le mois dernier également, la mairie de Monastir, à proximité de Sousse, a organisé une journée d’études consacrée à la communauté juive de la ville. Chercheurs et habitants ont ainsi pu partager une histoire commune et évoquer leurs souvenirs.

En outre, les thèses universitaires sur le thème du passé juif de la Tunisie se multiplient.

Néanmoins, ces restaurations, évènements et actualité auront bien du mal à faire oublier le gout amer des Juifs originaires du pays, quand ceux-ci ont été encouragés à s’expatrier face aux guerres et tensions israélo-arabes il y a une cinquantaine d’années.

Malgré les accords d’Abraham entre Israël et plusieurs nations arabes, les relations sont toujours tendues entre Jérusalem et Tunis. Après l’accession au pouvoir en 2019 de Kaïs Saïed, celles-ci déjà au point mort sont devenus inexistantes, le président ayant même assimilé la normalisation avec Israël à de la « haute trahison ».

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