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La Turquie s’offusque de l’existence d’une Place du génocide arménien à Haïfa

Cette ville du nord, qui abrite une forte communauté arménienne, est la première municipalité israélienne à reconnaître les atrocités commises lors de la Première Guerre mondiale

La maire Einat Kalisch-Rotem et des membres de la communauté chrétienne arménienne de Haïfa lors de la cérémonie de baptême de la place du Génocide arménien à Haïfa, en Israël, le 20 mars 2023. (Crédit : Municipalité de Haïfa)
La maire Einat Kalisch-Rotem et des membres de la communauté chrétienne arménienne de Haïfa lors de la cérémonie de baptême de la place du Génocide arménien à Haïfa, en Israël, le 20 mars 2023. (Crédit : Municipalité de Haïfa)

L’ambassadeur de Turquie en Israël a protesté contre le dévoilement, à Haïfa, d’une place en hommage aux victimes du génocide arménien.

Haïfa est devenue le mois dernier la toute première ville israélienne à reconnaître la tragédie de cette manière.

Cette initiative « est porteuse d’une détérioration significative de ces liens que populations et gouvernements d’Israël et de Turquie souhaitent améliorer », a écrit Şakir Özkan Torunlar dans une lettre adressée à la maire de Haïfa, Einat Kalisch-Rotem, et que le Times of Israel s’est procurée mardi, à propos du changement de nom, qui a pris effet le 20 mars dernier.

À l’approche de l’anniversaire du génocide, le 24 avril prochain, les récriminations de Torunlar rappellent la sensibilité de cette question, alors même que les relations sont déjà compliquées entre la Turquie, puissante nation à majorité musulmane, et Israël, dont grand nombre d’habitants se sentent une communauté de destins avec le peuple arménien en raison de la Shoah.

Dans sa lettre, Torunlar demande à la maire de revenir sur sa décision et rappelle le discours officiel de la Turquie, à savoir qu’« aucun génocide n’a jamais été commis en Turquie ».

Située le long de l’avenue Ben Gurion à Haïfa, troisième plus grande ville d’Israël qui abrite plus de la moitié des quelque 15 000 Arméniens non juifs du pays, cette place du génocide arménien est le deuxième lieu choisi par une ville israélienne pour commémorer les atrocités.

Près de Tel Aviv, Petah Tikva a dévoilé en 2020 un monument aux victimes au sein de ce qu’il a plus tard baptisé parc Charles Aznavour, du nom du défunt chanteur français d’origine arménienne.

Le geste de Haïfa met de nouveau le doigt sur le fossé béant entre la solidarité du peuple israélien envers les souffrances arméniennes et la réticence des gouvernements israéliens à reconnaître officiellement le meurtre de centaines de milliers de civils arméniens par l’armée turque, durant la Première Guerre mondiale, par souci d’entretenir de bonnes relations avec la Turquie.

Eliran Tal, porte-parole de la municipalité de Haïfa, affirme que le geste de sa ville est un exemple à suivre pour le gouvernement.

« Nous espérons que l’Etat d’Israël va reconnaitre le génocide, perpétré par l’Empire ottoman, qui a coûté la vie à 1,5 million d’Arméniens », a-t-il écrit dans un communiqué.

Les diplomates turcs, a-t-il ajouté, « ont fait pression » sur la ville pour qu’elle renonce à son projet.

Conséquences d’un massacre pendant le génocide arménien (Crédit : Domaine public)

Ces dernières années, un nouvel obstacle à la reconnaissance du massacre est apparu, à savoir l’approfondissement des relations d’Israël avec l’Azerbaïdjan, nation riche en pétrole très liée à la Turquie, dotée d’une frontière avec l’Iran et porteuse d’un différend territorial sanglant avec l’Arménie.

Une telle reconnaissance pourrait mettre à rude épreuve les relations déjà tendues entre Israël et la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, fervent musulman nationaliste qui, par le passé, a, entre autres, accusé Israël de perpétrer un « génocide » contre les Palestiniens.

La Turquie a dépêché un ambassadeur en Israël l’an dernier, signe de la fin de quatre années de rupture partielle des relations diplomatiques, suite à la mort de Palestiniens tués par l’armée israélienne lors des émeutes de 2018.

Les crises se sont succédées depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan en 2003.

À la tête des quelque 6 000 Arméniens chrétiens de Haïfa, Yerem Lapadjian espère lui aussi que la décision de sa ville va favoriser la reconnaissance formelle du génocide par Israël, qui est pour lui sa patrie, au même titre que l’Arménie.

Ce que lui inspire ce geste de la ville va bien au-delà de la géopolitique.

« Quand je passe devant cette place du génocide arménien, où je me tiendrai le 24 avril, jour anniversaire du génocide, je pense à mon défunt grand-père, survivant du génocide nommé Sarkis Lapadjian, mort à Haïfa en 1953 », explique-t-il.

Alors adolescent, son grand-père a fui son village après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles les Turcs assassinaient tous les hommes, se rappelle Lapadjian.

« Il s’est enfui en Égypte, mais il est retourné dans son village près d’Adana, en Turquie, pour retrouver avec ses parents. Ils avaient tous été assassinés : alors il s’est de nouveau enfui, cette fois au Liban, avant de s’installer à Haïfa. C’est un survivant d’un génocide : un survivant du génocide arménien. »

Le refus d’Israël de reconnaître le génocide arménien est particulièrement douloureux pour Lapadjian, électricien automobile aujourd’hui âgé de 70 ans.

« C’est inconcevable. Le génocide arménien, perpétré lorsque la Turquie était un allié de l’Allemagne, a servi de modèle pour la Shoah. Si le monde en avait parlé en 1915, peut-être que le génocide juif aurait été évité. Il est grand temps qu’Israël prenne la parole », confie-t-il.

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