La ville de Jérusalem veut réguler le niveau religieux des mairies de quartier
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La ville de Jérusalem veut réguler le niveau religieux des mairies de quartier

Le mairie voudrait désigner, en amont, des sièges en fonction de l'affiliation religieuse dans un souci de représentation ; 'haredim et non-orthodoxes crient au scandale

Des manifestants laïcs israéliens scandent des slogans à Jérusalem  lors d'une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces qui opèrent le samedi dans la ville, le 12 août 2017. Le slogan, qui rime en hébreu, dit : "Nous ne sommes pas contre le sabbat, nous sommes contre la pression religieuse". (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )
Des manifestants laïcs israéliens scandent des slogans à Jérusalem lors d'une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces qui opèrent le samedi dans la ville, le 12 août 2017. Le slogan, qui rime en hébreu, dit : "Nous ne sommes pas contre le sabbat, nous sommes contre la pression religieuse". (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )

À Jérusalem, une initiative de la municipalité visant à accorder des sièges au sein des mairies de quartier aux ultra-orthodoxes et à d’autres a donné lieu à une âpre bataille. Les sièges seront à pourvoir le 22 décembre prochain.

Le maire Moshe Lion et son administration estiment qu’attribuer des sièges en fonction de l’affiliation religieuse peut permettre d’éviter des luttes de pouvoir pendant et après les votes.

La mairie du quartier de Baka et ses environs, au sud de Jérusalem a fait appel de cette initiative, et l’appel a été accepté mercredi. D’autres quartiers, notamment des quartiers ‘haredi – ont fait de même ou prévoient de le faire.

Les mairies de quartier – ou conseils communautaires (minhal kehilati en hébreu) n’existent qu’à Jérusalem. Elles ont été créées pour veiller à ce que les besoins de la mosaïque complexe de populations de la ville soient satisfaits et pour servir de relais au dialogue entre les résidents locaux et la municipalité.

Ces mairies de quartier sont gérées par un conseil de quinze personnes, dont neuf élues et six nommées par la municipalité et l’Association des mairies de quartier.

Festival de rue pendant la fête de Soukkot, à Baka, le 12 octobre 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Ces conseils de quartier perçoivent des fonds de la part de la mairie, de l’Association des mairies de quartier et des revenus du large éventail d’activités qu’elles proposent. Ils déterminent leurs propres budgets et priorités. Dans le quartier de Baka par exemple, ils sont alloués aux jardins d’enfants, aux services de bibliothèque, aux installations sportives, aux fêtes, aux activités pour les personnes âgées, aux programmes extra-scolaires et à l’aide en matière de planification urbaine.

Ces budgets peuvent être assez conséquents. L’an dernier, le budget de la mairie du quartier de Pisgat Zeev, par exemple était de 31,8 millions de shekels, tandis que celui de la mairie du quartier de Ginot Ha’Ir, qui couvre huit zones, était de 30,3 millions de shekels.

La population ultra-orthodoxe occupe traditionnellement le nord de la ville. Mais ces dernières années, la hausse du taux de natalité les a conduits à chercher des logements dans des quartiers plus au sud, peuplés par des Juifs laïcs ou orthodoxes modernes et par ceux qui se définissent comme massorti, modérément religieux.

Cette transition démographique a donné lieu à certains affrontements. La population ‘haredi demande à ce que les rues et les centres de loisirs soient fermés le samedi, ce à quoi s’opposent vivement les Juifs laïcs. C’est notamment le cas dans le quartier de Kiryat Hayovel, au sud-ouest de la ville. Ces dernières semaines, ces tensions ont été exacerbées face au refus de certains membres de la communauté ultra-orthodoxe de se conformer aux restrictions sanitaires liées au coronavirus.

Un homme ultra-orthodoxe dans les rues de Kiryat Yovel, à Jérusalem, le 19 août 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Times of Israël a appris qu’à l’approche des élections du mois prochain, des groupes laïcs et ultra-orthodoxes avaient contacté Moshe Lion pour leur faire part de leurs craintes que leurs voix ne soient pas entendues dans un quartier où ils font partie de la minorité.

Cela a incité Lion à demander aux responsables de trouver un moyen de garantir qu’aucune mairie de quartier ne puisse ignorer les besoins d’un groupe constitutif.

Selon les nouvelles politiques, qui ont été communiquées aux mairies la semaine dernière, la dimension religieuse de chacun des neuf sièges à pourvoir sera déterminée sur la base des suffrages exprimés lors des élections des mairies de quartier en octobre 2018. Par exemple, si les partis ‘haredi en 2018 ont obtenu un tiers des voix dans un quartier particulier, ce dernier verra désormais un tiers des sièges – trois sur neuf, et pas plus – réservés aux candidats ultra-orthodoxes lors des prochains scrutins de quartier.

Le maire de Jérusalem Moshe Lion lors d’une conférence de presse pour le marathon 2019, à Jérusalem, le 12 février 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Sur cette base, la municipalité a déterminé que cinq des sept mairies qui organisent des élections le mois prochain auront un siège réservé pour un membre ‘haredi, et huit pour des représentants de la population non ‘haredi. Il s’agit des mairies de quartier de Homat Shmuel, Gonenim, Baka et les environs et Ginot Ha’Ir dans le sud de la capitale, et de Pisgat Ze’ev au nord. Comme souligné plus haut, la mairie de quartier de Baka et ses environs ne sont désormais plus concernés.

Dans le quartier de Bayit Vagan, majoritairement ultra-orthodoxe à l’ouest de Jérusalem, deux sièges seront réservés à la « population générale » et sept pour les ‘haredim. À Eshkolot (un quartier situé autour de l’artère Shmouel Hanavi), huit sièges seront réservés aux ‘haredim et un seul autre siège représentera les autres habitants du quartier.

Les candidats devront définir au préalable leur affiliation religieuse et si les résidents craignent de ne pas être convenablement représentés, ils sont en droit de faire appel. Les résidents pourront voter pour le candidat de leur choix, indépendamment de leur propre tendance religieuse.

La police et la police des frontières israéliennes à un barrage routier installé dans les quartiers de Romema et de Kiryat Belz à Jérusalem, actuellement placés en confinement pour tenter d’empêcher la propagation du coronavirus, le 12 juillet 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon une source proche du dossier, qui a souhaité conserver l’anonymat, les plaintes émanent à la fois des communautés ‘haredi et laïques.

La mairie de quartier de Baka et ses environs a expliqué dans son appel qu’elle s’opposait à toute forme de désignation cloisonnée, insistant que les différences entre ceux qui sont ultra-orthodoxes et ceux qui ne le sont pas ne sont pas pertinentes en ce qui concerne l’activité de la mairie de quartier.

La mairie de quartier a jugé cette nouvelle initiative contraire à la démocratie et déploré son introduction sans aucune consultation. Exigeant qu’elle soit révoquée, elle estime que les candidats devraient être choisis en fonction de la confiance du public et non pas « selon leurs croyances et leurs modes de vie ».

Parallèlement, la communauté ‘haredi risque de sortir perdante dans les quartiers comme Pisgat Ze’ev et Homat Shmuel, où sa population a considérablement augmenté par rapport à 2018.

Le tableau sera différent dans le cas de quartiers qui organiseront des élections l’année prochaine, selon les sources. Dans celui largement laïc de Beit Hakerem, à Jérusalem ouest, par exemple, aucun siège n’est prévu pour les ‘haredim, tandis que dans le quartier homogène ‘haredi de Romema, il n’y aura pas de sièges réservés aux non-orthodoxes.

« La municipalité de Jérusalem s’efforce de faire représenter dans la gestion des administrations communautaires la diversité des résidents du quartier, en fonction de leur proportion et de leur taille dans le quartier », indique une déclaration. « Cela permet de s’assurer qu’ils peuvent être des partenaires actifs ».

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