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Opinion

L’action de Gorbatchev en faveur des Juifs et d’Israël aujourd’hui menacée

Le dernier dirigeant soviétique est décédé au moment même où la Russie de Poutine décide de fermer l’Agence juive

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, au centre, est escorté vers le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 18 juin 1992. Gorbatchev concluait une visite privée de cinq jours en Israël. (Crédit : AP Photo/Jerome Delay)
L’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, au centre, est escorté vers le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 18 juin 1992. Gorbatchev concluait une visite privée de cinq jours en Israël. (Crédit : AP Photo/Jerome Delay)

La question est de savoir si Mikhaïl Gorbatchev avait conscience que la politique de glasnost (ouverture) et de perestroïka (restructuration) qu’il avait introduite à la tête de l’Union soviétique, entre 1985 et 1991, conduirait à son effondrement.

Mais sa décision, prise sous la pression internationale, d’autoriser l’émigration juive à grande échelle et assurer la liberté religieuse a, elle, été soigneusement pensée.

« Mikhaïl Gorbatchev est mort. 3 millions de Juifs soviétiques lui doivent leur liberté », résumait Pinchas Goldschmidt, grand rabbin de Moscou de 1993 jusqu’au début de cette année, dans une publication sur Twitter mardi soir.

En conséquence de la politique de Gorbatchev (mise en œuvre au plus fort de la campagne en faveur de la communauté juive soviétique, notamment soutenue par le président américain Ronald Reagan), un grand nombre de Juifs ont pu émigrer, notamment vers Israël.

Le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, à gauche, et le président américain Ronald Reagan lors d’une réunion à Reykjavik, en Islande, le 11 octobre 1986. (Crédit : AP Photo/Scott Stewart, File)

L’afflux de centaines de milliers de nouveaux citoyens a dans un premier temps mis au défi les capacités d’intégration d’Israël, mais leurs compétences, la diversité et la passion ont contribué à façonner l’État juif tel que nous le connaissons. moderne et prospère.

Gorbatchev a progressivement reconnu l’existence d’une forme d’antisémitisme en Union soviétique, qu’il a ensuite combattu, adressant en 1991 un discours mémorable et sans précédent – prononcé en son nom par son assistant à Babyn Yar – reconnaissant que « les germes venimeux de l’antisémitisme étaient apparus, même sur le sol soviétique », ajoutant : « La bureaucratie stalinienne, qui s’est publiquement dissociée de l’antisémitisme, l’a en fait instrumentalisé pour isoler le pays du reste du monde et renforcer sa position dictatoriale à grand renfort de réflexes chauvins. »

Il a ouvertement dit son regret que cet antisémitisme ait incité tant de Juifs à quitter l’Union soviétique. Leur départ, a-t-il déclaré lors d’une visite en Israël en 1992, a été une « perte pour notre terre et notre
société ».

« Ce n’est qu’à l’époque de la perestroïka que nous avons finalement réussi à mettre fin aux manifestations de l’antisémitisme », a-t-il ajouté lors de ce voyage, recevant un accueil extrêmement chaleureux moins de six mois après avoir démissionné de son poste de président.

Après le massacre de 33 771 Juifs à Babyn Yar, Ukraine, octobre 1941 (Crédit : Domaine public)

Ironiquement, Gorbatchev est décédé précisément au moment où la Russie de Vladimir Poutine décide de fermer l’Agence juive, en charge de l’émigration juive.

Jusqu’à ce qu’il envahisse l’Ukraine, Poutine entretenait des relations plutôt chaleureuses avec Israël, mais cela a changé depuis qu’Israël – et son Premier ministre de l’époque, Naftali Bennett – a tenté l’impossible, à savoir une voie médiane dans le conflit. Depuis que Yair Lapid est Premier ministre, la condamnation de la Russie s’est faite plus ferme encore.

Le bras de fer avec l’Agence juive, qui se déroule dans le cadre d’une procédure judiciaire russe dont il est probable que Poutine oriente le résultat, n’est pas une coïncidence. (Pas davantage que ne l’est la critique de plus en plus véhémente des autorités russes sur les activités militaires israéliennes destinées à empêcher l’Iran d’établir son emprise sur la Syrie, contrôlée par la Russie.)

Le même rabbin Goldschmidt qui a tout récemment fait l’éloge de Gorbatchev mardi soir a fait savoir que, dans le climat actuel, la Russie de Poutine pourrait à nouveau priver les Juifs de leur droit d’aller et venir.

L’ancien grand rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt. (Capture d’écran de la Douzième chaîne)

Critique de l’invasion de l’Ukraine, maintenant installé en Israël – il préfère au terme « en exil » celui de « rabbin qui ne vit pas dans sa communauté » – Goldschmidt évoque la crainte « que le rideau de fer se referme complètement et qu’un jour, il redevienne impossible de quitter la Russie ».

Dans ses dernières années, Gorbatchev était devenu un critique marginal mais amer de Poutine, déclarant il y a dix ans que Poutine « castrait » la démocratie russe et que la Russie « incarnait désormais les pires errements bureaucratiques du parti communiste soviétique ».

Aujourd’hui, l’action de Gorbatchev en faveur des Juifs et d’Israël semble en sursis.

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