L’Actors’ Temple : cette synagogue où les grandes stars de Broadway ont prié
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L’Actors’ Temple : cette synagogue où les grandes stars de Broadway ont prié

Quand la rabbin Jill Hausman est arrivée, le Temple ne comptait que 12 membres ; elle a décidé, clin d’œil aux origines du lieu, de louer un espace pour des représentations

  • Le rabbin Jill Hausman a converti le sancutiaire de l'Actors' Temple en espace qu'elle loue pour des représentations off à Broadway. (Josefin Dolsten)
    Le rabbin Jill Hausman a converti le sancutiaire de l'Actors' Temple en espace qu'elle loue pour des représentations off à Broadway. (Josefin Dolsten)
  • L'Actors’ Temple est situé dans le quartier de Hell’s Kitchen, à quelques minutes de Times Square. (Josefin Dolsten/JTA)
    L'Actors’ Temple est situé dans le quartier de Hell’s Kitchen, à quelques minutes de Times Square. (Josefin Dolsten/JTA)
  • La synagogue a été fondée en 1917 et elle se trouve depuis 1923 dans son bâtiment actuel (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)
    La synagogue a été fondée en 1917 et elle se trouve depuis 1923 dans son bâtiment actuel (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)
  • L'Actors’ Temple peut accueillir jusqu'à huit spectacles par semaine (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)
    L'Actors’ Temple peut accueillir jusqu'à huit spectacles par semaine (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)

NEW YORK (JTA) — Un vendredi soir, il y a peu, environ 20 personnes se sont rassemblées pour les offices du Shabbat à l’Actor’s Temple [allusion à l’Actor’s Studio] le Temple des acteurs – une synagogue située à seulement quelques pâtés de maisons de Times Square.

Le rabbin Jill Hausman salue les nouveaux arrivés par leur nom, en leur faisant un baiser sur la joue et en leur souhaitant un « bon Shabbat ». Certains chantent et d’autres écoutent alors qu’elle dirige l’office devant les fidèles à l’aide d’un livre de prières et un livret qu’elle a imprimé quelques minutes avant dans son bureau situé à l’étage.

On est aujourd’hui bien loin de l’époque où certaines des plus grandes célébrités du pays se réunissaient dans ce bâtiment, situé à Manhattan dans la West 47th Street.

Les Three Stooges, les acteurs Shelley Winters et Aaron Chwatt (mieux connus sous le nom de Red Buttons), les stars du baseball Sandy Koufax et Hank Greenberg, l’animateur de télévision Ed Sullivan : tous ont prié ici. Ce dernier, dont l’épouse était juive, animait également la soirée de bienfaisance annuelle pour le temple au Majestic Theater. Les photos des stars ayant fréquenté la synagogue sont toujours accrochées au mur.

Le lieu de culte avait été fondé en 1917 pour un public initialement très différent : les commerçants orthodoxes qui travaillaient à Hell’s Kitchen, quartier branché accueillant aujourd’hui les bars et restaurants proposant leurs services aux amateurs de théâtre avant les représentations – mais qui, à l’époque, était plutôt connu pour ses gangs.

Dans les années 1920, la synagogue, qui portait le nom de Congrégation Ezrath Israel, avait embauché comme premier rabbin Bernard Birstein. Celui-ci gardait un œil sur Broadway – qui abritait de nombreux acteurs et actrices juives, mais peu d’entre eux allaient à la synagogue.

« Socialement, ce n’était pas acceptable, et leurs mœurs étaient mises en doute parce qu’ils travaillaient tous dans le vaudeville, qu’ils faisaient des tournées dans tout le pays et qu’ils n’étaient pas vraiment les bienvenus dans les grandes synagogues aisées », explique Jill Hausman.

L’Actors’ Temple est situé dans le quartier de Hell’s Kitchen, à quelques minutes de Times Square. (Josefin Dolsten/JTA)

L’une des premières recrues de Bernard Birstein fut l’artiste de variétés née en Ukraine Sophie Tucker, une personnalité populaire. Elle avait tout d’abord résisté aux avances du rabbin, mais après de multiples visites, ce dernier était parvenu à lui insuffler une certaine culpabilité toute juive.

« Il lui a dit : ‘Sofele, mais qui récitera le Kaddish pour ta maman yiddish ?’ Et c’était quelque chose d’important pour elle, il l’a véritablement touchée au cœur », relate Jill Hausman.

Après Sophie Tucker, d’autres stars se sont mis à affluer, et la synagogue a commencé à être connue sous le nom d’Actors’ Temple. En plus de ses membres célèbres, un certain nombre de grands noms allaient également prendre part à son gala annuel, parmi lesquels Barbra Streisand, Bert Lahr, Danny Kaye et Jimmy Durante.

Après l’arrivée de l’actrice, la synagogue est devenue conservatrice. Jill Hausman n’est pas certaine de l’année – mais elle explique que lors d’un office de Shabbat, une femme riche avait décidé de s’asseoir dans la section des hommes aux côtés de son époux plutôt qu’au balcon réservé aux femmes, comme l’exige la tradition orthodoxe. Sophie Tucker l’imita, et le reste des femmes plus tard. Aujourd’hui, la synagogue refuse toute dénomination et accepte les couples mixtes ainsi que les membres de la communauté LGBT.

La synagogue a été fondée en 1917 et elle se trouve depuis 1923 dans son bâtiment actuel (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)

La synagogue a continué à attirer les stars de Broadway pendant toutes les années 1960 puis le nombre d’adhérents a commencé à décliner.

Quand Jill Hausman, âgée d’une soixantaine d’années, en a pris la tête il y a 14 ans, la synagogue ne comptait que 12 membres et était en difficulté financièrement. Le conseil d’administration pensait alors que le moment était peut-être venu qu’il ferme ses portes, se souvient la rabbin.

Mais elle est parvenue à changer les choses en faisant revenir la synagogue à ses origines ancrées dans le show-business : elle en a ôté les bancs et converti le sanctuaire en espace qu’elle louait comme studio de danse.

Peu après, elle a rencontré un administrateur de théâtre qui a suggéré qu’elle la loue comme espace de performance off de Broadway. Il l’a aidée à installer une scène et à placer des projecteurs de théâtre sur le balcon, auparavant réservé aux femmes.

« C’était une nécessité économique parce que nos cotisations annuelles s’élèvent à 180 dollars par personne », explique Jill Hausman. « Nous ne nous sommes pas construits sur les cotisations que nous percevons ».

Le premier spectacle a eu lieu au cours de l’automne 2006, quand la synagogue a commencé à louer sa scène pour des spectacles, presque chaque semaine. Elle peut accueillir jusqu’à huit performances par semaine – ne sont réservés aux services du culte que les vendredis soirs et les jours des grandes fêtes juives. La synagogue loue également un espace à un programme qui fournit des cours de soutien aux enfants scolarisés à domicile.

Jill Hausman estime que le temple compte environ 150 à 200 membres aujourd’hui et qu’ils sont environ 20 à venir le vendredi soir. Elle ajoute que 40 % des fidèles qui se rendent régulièrement dans le lieu de culte sont impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans le show business.

L’Actors’ Temple peut accueillir jusqu’à huit spectacles par semaine (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)

« Nous ne sommes pas une congrégation familiale comme le sont la majorité des congrégations », clame-t-elle. « Ce n’est pas que nous n’aimons pas les familles, mais nos adhérents sont majoritairement des célibataires ou des couples jeunes – ça va jusqu’à la cinquantaine », note-t-elle.

Même si la majorité des spectacles n’a rien à voir avec le judaïsme, ils ont parfois une certaine résonance avec le lieu. Pendant quatre mois, au printemps et l’été dernier, l’Actors’ Temple a accueilli des représentations de la pièce « The Last Jew of Boyle Heights », écrite par Steve Greenstein, sur un quartier de Los Angeles qui hébergeait, dans le passé, une vaste communauté juive et qui est devenu aujourd’hui majoritairement latino.

Le dramaturge, membre de l’Actors’ Temple, indique que jouer sa pièce dans un lieu juif a permis de transmettre une signification particulière. Le ner tamid, cette lumière éternelle pendue au-dessus de l’arc de la synagogue, trônait derrière la scène pendant les représentations et les fenêtres en verre coloré étaient visibles lorsque l’un des personnages rappelait la présence d’une vieille synagogue à Boyle Heights.

« L’espace s’adaptait à l’œuvre », se réjouit Steve Greenstein. « Et c’est important quand on crée une pièce de théâtre ».

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