L’administration Trump renvoie Harvard devant la Justice pour antisémitisme présumé
Les autorités fédérales ont informé la prestigieuse université que, les discussions n'ayant pas abouti, elles engageaient une procédure pour lutter contre la "discrimination antisémite" de l'établissement

L’administration du président américain Donald Trump a envoyé une lettre à l’université de Harvard indiquant avoir saisi le département américain de la Justice afin qu’il examine les allégations de « discrimination antisémite à Harvard ».
Fin juin, l’administration Trump a fait savoir qu’une enquête avait conclu que Harvard avait enfreint la loi fédérale sur les droits civils en ne prenant pas de mesures contre le harcèlement des étudiants juifs et israéliens.
Selon certains critiques, spécialistes des droits et membres du corps enseignant, ces enquêtes ont servi de prétexte pour affirmer le contrôle fédéral sur les établissements d’enseignement, menaçant ainsi la liberté académique et la liberté d’expression.
Harvard est engagée dans des discussions et dans une bataille juridique avec l’administration Trump afin d’obtenir le déblocage de milliards de dollars de fonds fédéraux actuellement gelés, destinés à la recherche médicale et à d’autres programmes. Elle a poursuivi l’administration Trump en justice en début d’année.
« Les discussions menées pendant plusieurs mois entre les parties n’ont abouti à aucun résultat », peut-on lire dans la lettre datée de mercredi et adressée par le département américain de la Santé et des Services sociaux à la direction de Harvard. « L’OCR (Office for Civil Rights), le bureau chargé de la protection des droits civils, n’a donc d’autre choix que de saisir le département de la Justice afin qu’il engage les procédures appropriées pour lutter contre la discrimination antisémite pratiquée par Harvard. »
Cette lettre a été envoyée un jour après que Harvard a informé son personnel qu’elle se conformerait à la demande de l’administration Trump de lui remettre les formulaires d’emploi de milliers d’employés de l’université, mais qu’elle ne communiquerait pas, pour l’instant, les dossiers des personnes occupant des postes réservés aux étudiants.
Dans un e-mail envoyé mardi à ses employés, Harvard a précisé avoir reçu au début du mois une notification d’inspection et une assignation à comparaître émanant du département de la Sécurité intérieure, demandant à voir les formulaires I-9 (vérification de l’admissibilité à l’emploi) et les pièces justificatives des employés de l’université.
Selon l’université, la réglementation fédérale autorise le gouvernement à accéder aux documents administratifs d’un employeur américain, dont font partie les informations relatives à l’admissibilité à l’emploi.
Pour l’instant, a fait savoir Harvard, l’université ne transmettrait pas au gouvernement les dossiers des personnes occupant des postes réservés aux étudiants. Elle s’efforce actuellement de déterminer si une telle demande est conforme aux exigences en matière de protection de la vie privée.
Lundi, le New York Times a rapporté que Harvard était disposée à dépenser jusqu’à 500 millions de dollars pour mettre fin à son différend avec le gouvernement, un montant plus de deux fois supérieur à celui que l’université de Columbia a accepté de régler la semaine dernière pour faire cesser les enquêtes fédérales.
Selon le journal, les négociateurs discutent encore des détails financiers de l’accord avec Harvard. L’université s’oppose par ailleurs à la présence d’un observateur extérieur pour superviser l’accord.
Trump a menacé de réduire les fonds fédéraux alloués aux universités en raison des manifestations contre la guerre menée par Israël, allié des États-Unis, à Gaza, sur les campus. Le gouvernement accuse les universités d’avoir toléré des actes antisémites durant les manifestations anti-Israël de l’an dernier.
Les manifestants, parmi lesquels figurent certains groupes juifs progressistes, affirment que l’administration Trump assimile à tort leurs critiques à l’égard de l’offensive militaire israélienne à Gaza et du traitement réservé aux Palestiniens en Cisjordanie, à de l’antisémitisme et leur défense des droits des Palestiniens, à un soutien à l’extrémisme.
Les manifestants des campus demandaient la fin du soutien américain à Israël, et l’engagement selon lequel leurs universités cesseraient tout investissement dans les usines d’armement ainsi que les entreprises soutenant le contrôle militaire d’Israël sur les Palestiniens.
Harvard n’a encore fait aucun commentaire concernant la lettre de mercredi. L’université a déclaré qu’elle avait pour objectif de lutter contre la discrimination. Des rapports publiés en avril par les groupes de travail sur l’antisémitisme et l’islamophobie de Harvard ont révélé que les étudiants juifs, musulmans et arabes éprouvaient des sentiments de peur et faisaient face à l’intolérance.
L’administration Trump n’a à ce jour pas annoncé d’enquêtes équivalentes sur l’islamophobie.







