L’AJC nomme un Ambassadeur juif pour le monde musulman
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“Il y a des éléments radicaux dans la communauté musulmane américaine. Mais les Musulmans américains sont américains”

L’AJC nomme un Ambassadeur juif pour le monde musulman

Le vétéran de la diplomatie américaine l'officier Robert Silverman va agir comme un pont entre deux cultures qui ont beaucoup en commun, et beaucoup qui les divise

Robert Silverman (deuxième à droite) a passé plusieurs années à l'étranger dans les points chauds tels que l'Irak et l'Arabie Saoudite. (Crédit : autorisation)
Robert Silverman (deuxième à droite) a passé plusieurs années à l'étranger dans les points chauds tels que l'Irak et l'Arabie Saoudite. (Crédit : autorisation)

NEW YORK – Sous l’affabilité du Midwest de Robert Silverman se cachent une détermination et un stoïcisme que peu pourraient attribuer à un homme aussi… affable.

Ces qualités ont été testées après que le musulman-américain Omar Mateen ait tué 49 personnes et en ait blessé 53 autres dans une boîte de nuit d’Orlando dimanche, lors de la plus cruelle fusillade de masse de l’histoire récente américaine.

“Les meurtres d’Orlando renforcent le besoin de solidifier les liens inter-communautaires Musulmans-Juifs. Cet acte terroriste enflamme un peu plus le discours politique déjà brûlant dans ce pays, et rend encore plus urgent le besoin d’aller chercher et de trouver des partenaires qui partagent cette vision dans la communauté musulmane,” a dit Silverman, le tout premier Directeur américain pour les relations Musulmans-Juifs du Comité juif américain.

C’est cette abilité à garder le cap tout en naviguant sur une corde politique délicate qui a porté Silverman à l’attention de l’AJC. Dans le passé, cela l’avait également bien servi quand, en tant qu’officier dans la diplomatie, il a joué un rôle vital dans l’étouffement de la résistance sunnite dans la ville natale de Saddam Hussein, Tikrit.

“L’AJC sait qu’à l’aube du 21e siècle, le défi inter-religieux va être les relations Musulmans-Juifs,” a-t-il dit. “Si je peux gagner à ma cause les tribus sunnites en Irak, je peux gagner à ma cause les Musulmans de Philadelphie.”

Ces déclarations viennent d’un homme qui a passé 27 ans dans différents postes, souvent dans les plus chauds des points chauds, y compris en Irak et en Arabie Saoudite, et ne sont ni bravades ni des tentatives de répandre la peur. Plutôt, elles montrent la détermination inflexible de Silverman à renforcer les relations entre les Juifs et les Musulmans américains.

Silverman se trouve maintenant à l’étage supérieur d’un bureau de Manhattan, à mener des actions diplomatiques sur le front intérieur parce que “la vie est courte et il était temps qu’un changement arrive.”

Robert Silverman est le tout premier directeur américain de l'American Jewish Committee préposé aux relations entre Musulmans et Juifs (Crédit : autorisation)
Robert Silverman est le tout premier directeur américain de l’American Jewish Committee préposé aux relations entre Musulmans et Juifs (Crédit : autorisation)

L’AJC est le premier groupe juif américain majeur à créer ce rôle “d’Ambassadeur pour le monde musulman”, bien que l’organisation se batte contre les discriminations contre les juifs et les autres minorités depuis 1906.

“La communauté musulmane américaine est sous une pression intense. Ils sont devenus des objets du jeu politique. Et ce qui arrive est un avertissement pour les Juifs américains,” affirme Silverman, 58 ans. “Cependant, nous avons les yeux grand ouverts. Il y a des éléments radicaux dans la communauté musulmane américaine, tout comme dans les autres communautés. Mais les Musulmans américains sont américains.”

Silverman a grandi dans une petite communauté juive à Des Moines, Iowa. Comme beaucoup d’adolescents dans les années 1970, il a ressenti l’attraction vers Israël. Il a passé sa deuxième année d’Université à Kfar Blum dans la Haute-Galilée et son année de junior à Haïfa où il a partagé sa classe avec beaucoup d’étudiants arabes israéliens et druzes.

Silverman s’est enregistré à l’Université de Princeton après son retour aux Etats-Unis. Il a choisi une classe dispensée par l’universitaire spécialisée sur le Moyen-Orient (et centenaire) Bernard Lewis. Il a passé ses années post-diplôme au Caire perfectionnant plus avant son arabe avant d’intégrer l’Ecole de droit de l’Université du Michigan. Un stage d’été à l’Ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv l’a motivé à rejoindre la diplomatie.

La carrière diplomatique de Silverman l’a mené en Azerbaïdjan, en Egypte, en Israël, en Irak, en Arabie Saoudite, en Suède et en Tunisie. A Washington, il a servi comme Directeur du bureau de la reconstruction et des affaires économiques pour l’Irak.

Outre l’arabe, Silverman parle également l’hébreu, le turque, le suédois et l’azeri.

Après seulement quelques semaines en poste, Silverman doit encore accrocher des photos dans son bureau. Au lieu de cela, elles restent sur le sol, appuyées contre le mur, comme un testament de son calendrier chargé.

Il y a quelques semaines, Silverman s’est rendu à Parkchester, Bronx, un des plus grands complexes d’habitation des Etats-Unis. A un moment, de nombreuses familles juives y résidaient, priant dans l’une des huit synagogues. Aujourd’hui, la majorité de ses résidents sont des Musulmans d’Afrique du Nord et des latinos. Il y a près d’une douzaine de mosquées dans la zone.

Il a accompli sa visite avec le Sheik Musa Drammeh de l’Ecole de dirigeants islamiques, qui a ouvert ses portes pour la première fois le 11 septembre 2001.

Robert Silverman (troisième à gauche) a beaucoup servi au Moyen-Orient, et a passé du temps en Azerbaïdjan, en Egypte, en Israël, en Irak, en Arabie Saoudite et en Tunisie. (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)
Robert Silverman (troisième à gauche) a beaucoup servi au Moyen-Orient, et a passé du temps en Azerbaïdjan, en Egypte, en Israël, en Irak, en Arabie Saoudite et en Tunisie. (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)

“En tant que père, que new-yorkais, que musulman et en tant qu’humain, cela a été la plus grande alarme de réveil de ma vie,” affirme Drammeh. “J’ai décidé que s’il devait y avoir un jour une autre attaque, elle ne me verrait pas rester silencieux. Je dédierais ma vie et la vie de ma famille à la coexistence pacifique.”

Aujourd’hui l’école est l’une des deux écoles musulmanes de la ville de New York qui participent à des classes d’éducation sur l’Holocauste, avec deux écoles juives, au Musée de l’héritage juif. En outre, Drammeh affirme qu’il enseigne à ses étudiants l’importance d’Israël.

“Chaque groupe de gens mérite un foyer étatique. Il y a 22 nations dans la Ligue Arabe et 57 nations dans l’Organisation de coopération islamique (OCI). Leur refuser le lieu le plus important qu’ils appellent leur maison au peuple juif ? Cela n’a pas de sens,” ajoute Drammeh.

“Mais, si nous devons avoir des relations ayant du sens, nous avons besoin d’impliquer nos enfants. les rabbins et les imams peuvent manger ensemble, et il y a tant de rassemblements qui donnent chaud au coeur, mais la vérité c’est que nous les adultes nous rentrons ensuite à la maison dans nos cocons,” explique Drammeh.

Quelques jours plus tard, Silverman a pris le ferry vers Staten Island où il a rencontré des dirigeants au Centre culturel islamique albanais “d’un marbre fantastique, brillant”. A l’intérieur, il a vu une exposition photographique permanente sur des Musulmans qui ont sauvé des juifs.

Ensuite, il y a eu cette visite à Philadelphie où il a passé du temps à la Société de la région musulmane All Dulles, ou ADAM, en Virginie du Nord. Chaque vendredi, 3 000 fidèles se rassemblent pour les prières de l’après-midi.

Cependant, alors que toutes ces visites réchauffent le coeur, Silverman affirme que le défi est de passer du micro au macro, de traduire les célébrations de l’Iftar partagées ensemble en de réels politiques et changements dans les attitudes.

Robert Silverman (2ème à gauche) pose devant la Grande Mosquée de Samarra, à environ 125 kilomètres au nord de Bagdad, le 13 février 2014 (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)
Robert Silverman (2ème à gauche) pose devant la Grande Mosquée de Samarra, à environ 125 kilomètres au nord de Bagdad, le 13 février 2014 (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)

“(Ce genre de chose) est formidable, mais elles n’ont pas de conséquence au niveau national. Ce sont des catalystes,” explique Silverman.

Un exemple de traduction d’un bon sentiment en acte était la session d’information amicus que l’AJC a présenté récemment devant le septième circuit de la Cour d’appel américaine dans un cas concernant la relocalisation de réfugiés syriens dans l’Indiana.

D’après la session d’information, “l’Etat de l’Indiana a refusé de façon illégale d’attribuer des bourses de l’Acte sur les réfugiés pour des services fournis aux refugiés syriens.” L’AJC a expliqué que le geste de l’Indiana d’exclure uniquement les Syriens et aucuns autres réfugiés violait la Constitution américaine.

Abdullah Antepli, le Représentant en chef des affaires islamiques à l’Université Duke, a rencontré Silverman pour la première fois mercredi dernier durant le forum global de l’AJC à Washington, DC. Antepli a dit après 15 minutes de “discussions de présentation” que les deux hommes ont commencé à se creuser le cerveau pour trouver des moyens concrets pour que les deux communautés puissent travailler ensembles.

Ils ont écrit une liste d’idées, y compris celle de travailler ensembles sur la relocalisation des réfugiés, sur la lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie au niveau local, et de prendre parti du fait que de nombreux bureaux de l’AJC sont situés dans des zones où vivent de larges populations musulmanes.

Antepli a affimé qu’il avait été enthousiasmé par la nomination de Silverman. Il voit ce poste comme était doublement diplomatique.

“Ce qu’ils ont fait c’est nominer un Ambassadeur du peuple juif pour le monde musulman, et dans un sens, un Ambassadeur des Musulmans pour le monde juif,” affirme Antepli, une nomination dont il y avait grandement besoin compte tenu des relations tendues entre les deux communautés.

Comme Silverman, Antepli a dit qu’il fallait aller au-delà des repas partagés pour améliorer les relations.

“Lorsque les Juifs et les Musulmans se retrouvent ensembles, ils discutent en général de choses superficielles. Ils parlent de houmous et ils parlent de poulet casher ou halal, mais cela n’a pas d’effet sur les relations Musulmans-Juifs dans le monde réel. Cela ne combat pas les forces qui divisent les Musulmans et les Juifs,” a affirmé Antepli.

Construire des ponts va exiger des deux communautés “qu’elles trouvent un moyen de parler honnêtement de l’éléphant, ou du gorille dans la pièce: le conflit israélo-palestinien et l’antisémitisme dans le monde musulman.”

Robert Silverman (à droite) pose avec des officiers de police de Samarra en Irak, le 17 décembre 2003. (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)
Robert Silverman (à droite) pose avec des officiers de police de Samarra en Irak, le 17 décembre 2003. (Crédit : autorisation American Foreign Service Association)

Bien sûr, le travail de Silverman signifie également d’agir contre l’antisémitisme et le sentiment anti-israélien au sein des communautés musulmanes. Après tout, il s’agit du Comité juif américain.

Les dirigeants musulmans américains doivent attendre de Silverman qu’il parle fréquemment et de façon résolue d’Israël. Il veut voir plus d’objectivité dans les écoles religieuses musulmanes aux Etats-Unis et il veut éduquer les Musulmans américains, et les Juifs américains, pour leur inculquer que non seulement Israël est un Etat-nation pour le peuple juif, mais que c’est la seule démocratie multi-culturelle du Moyen-Orient.

“Nous ne sommes pas un groupe juif qui adoptons l’agenda d’un autre groupe,” a-t-il affirmé. “c’est une organisation très pro-israélienne et pro-juive.”

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