L’Allemagne sous pression de ses alliés sur les ventes d’armes
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L’Allemagne sous pression de ses alliés sur les ventes d’armes

La politique souvent contradictoire de l'Allemagne en matière de ventes d'armes suscite la grogne croissante de ses alliés, notamment avec Londres et Paris

Le Premier ministre britannique Theresa May (au centre), la chancelière allemande Angela Merkel (à droite) et le président français Emmanuel Macron donnent une conférence de presse à l'issue d'une réunion en marge du sommet des dirigeants de l'Union européenne à Bruxelles, le 22 mars 2018. (AFP Photo/Pool/Francois Lenoir)
Le Premier ministre britannique Theresa May (au centre), la chancelière allemande Angela Merkel (à droite) et le président français Emmanuel Macron donnent une conférence de presse à l'issue d'une réunion en marge du sommet des dirigeants de l'Union européenne à Bruxelles, le 22 mars 2018. (AFP Photo/Pool/Francois Lenoir)

Cap officiellement très restrictif, pour rompre avec le militarisme nazi, et en même temps un des principaux exportateurs mondiaux : la politique souvent contradictoire de l’Allemagne en matière de ventes d’armes suscite la grogne croissante de ses alliés.

Les tensions, lancinantes depuis longtemps, apparaissent désormais au grand jour notamment avec la Grande-Bretagne et la France et placent le gouvernement d’Angela Merkel dans l’embarras.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt a mis cette semaine les pieds dans le plat à l’occasion d’une visite à Berlin en évoquant ouvertement un différend au sujet des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, que l’Allemagne a gelées depuis l’assassinat en octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul.

Eurofighter et Tornado

Dans une lettre fort peu diplomatique adressée à son homologue allemand Heiko Maas, et publiée dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, M. Hunt a accusé Berlin de manque de loyauté. Il lui a reproché d’empêcher l’Europe de « remplir ses obligations dans le cadre de l’Otan ».

En cause aux yeux de Londres : l’impossibilité pour les fabricants britanniques d’honorer des contrats d’armement pour Ryad en raison de la suspension des livraisons de pièces allemandes pour des avions de combat comme le Typhoon d’Eurofighter ou le Tornado.

« Notre position est que nous ne livrerons pas d’armes à l’Arabie saoudite pour le moment », a rétorqué le chef de la diplomatie allemande, conditionnant un revirement de bord à une évolution de la situation au Yémen.

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel à un sommet sur la Syrie à Istanbul, le 27 ocotbre 2018. (Crédit : OZAN KOSE / AFP)

Le mécontentement est aussi depuis longtemps perceptible à Paris. Aujourd’hui, « un écrou allemand dans un système permet de prendre en otage la vente d’un armement », abonde une source gouvernementale française auprès de l’AFP.

Paris et Berlin sont engagés dans de grands projets industriels communs, comme le développement d’un char de combat du futur, ainsi que d’un système aérien de combat du futur.

Dans ce contexte, les deux voisins mènent des discussions sur les règles entourant leurs exportations d’armement, l’objectif étant notamment « d’empêcher un pouvoir de blocage » allemand, selon cette même source française.

Côté français, on reproche à Berlin de s’arranger avec ses interdictions d’exportations, sous couvert de préoccupations éthiques, quand cela profite à l’industrie allemande.

« Pure démagogie »

Déjà en octobre, le président français Emmanuel Macron avait accusé l’Allemagne de « pure démagogie » dans son appel au gel européen de ventes d’armes à l’Arabie saoudite.

Les Allemands « vendent parfois plus (d’armes) que la France à travers leurs joint-venture », avait-il souligné.

L’Allemagne fait partie des quatre ou cinq plus grands pays exportateurs d’armes au monde derrière les leaders américain, russe ou français.

Malgré les pressions, un changement de position officiel paraît difficile pour le gouvernement à faire accepter à l’opinion.

« Le scepticisme à l’égard des exportations d’armes en Allemagne est à peu près unanime », estime Michael Broening, politologue à la Fondation Friedrich Ebert, proche du parti social-démocrate membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel et à la tradition pacifiste fortement ancrée.

« Compte tenu de son histoire de belligérance, l’opinion publique allemande voit depuis longtemps les exportations d’armes avec un mélange d’indignation morale et d’impuissance », ajoute-t-il.

Environ deux tiers des Allemands sont contre en général, une proportion qui monte à 80 % dans des zones de guerre.

Néanmoins, le gouvernement semble vouloir, dans le cadre des négociations en cours avec la France, mettre un peu d’eau dans son vin en assouplissant sa position pour ne pas mettre trop de bâton dans les roues de ses principaux partenaires lorsqu’il est question de projets d’armement communs.

Berlin pourrait renoncer à bloquer par exemple des ventes dès lors que l’Allemagne n’apporte qu’une petite partie des composants, autour de 20 % selon des fuites dans la presse spécialisée.

Mme Merkel a évoqué elle-même à la conférence sur la sécurité Munich le week-end dernier, la nécessité de définir des « principes directeurs communs en matière d’exportations d’armes » à l’échelle européenne.

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