L’ampleur d’un éclat d’obus : une petite histoire qui n’a pas fait les Unes
Tard dans la nuit de lundi à mardi, une roquette a détruit la maison d’une famille à Nétivot, une ville du sud d’Israël. Mais c'est une autre histoire que je vais vous raconter
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Tard lundi soir, au plus fort de la dernière vague de tirs de roquettes aveugles perpétrés par le Hamas et d’autres groupes terroristes islamistes de Gaza, une roquette a traversé le remarquable système de défense anti-missile Dôme de fer d’Israël, et a atterri directement sur une maison du sud d’Israël dans la ville ouvrière de Nétivot.
Comme le rapportent le journaliste Moshe Nussbaum et son équipe de tournage du journal de la chaîne israélienne Hadashot, la roquette a provoqué d’énormes dégâts.
Le projectile a fait s’affaisser le plafond d’une des chambres, il a creusé un grand trou dans un mur extérieur, il a dévasté le salon, il a détruit des meubles, il a blessé le chien de la famille, dont le sang était encore sur le sol lorsque l’équipe de télévision est entrée.
Sans surprise, l’histoire a été largement évoquée dans les journaux télévisés israéliens lundi soir, bien qu’elle ait eu peu d’impact dans le monde puisque – heureusement – personne n’a été tué.
Bien que Nétivot se trouve à tout juste 20 kilomètres du centre de Gaza et soit donc une cible de choix pour les tirs de roquettes du Hamas, ce quartier de la ville, n’a pas d’abris anti-bombes municipaux, a indiqué Nussbaum.
Ces maisons privées ont été construites avant qu’il ne devienne obligatoire d’inclure une « pièce blindée » dans des bâtiments résidentiels, où les Israéliens se précipitent dans les secondes qui suivent le retentissement des sirènes pour se mettre à l’abri des attaques à la roquette.
Pour la famille de Nétivot dont la maison a été détruite lors de cette attaque, et bien d’autres comme elle, la seule option lorsque les sirènes retentissent est de « s’allonger sur le sol, de se mettre les mains sur la tête, de prier et d’espérer une miracle », a rapporté Nussbaum. « C’est ce qui s’est passé ici aujourd’hui : un miracle ». Leur maison a été détruite, mais la famille, à l’exception du chien, est sortie indemne.
Ce texte, cependant, n’est pas une histoire à propos de cette maison.
Plus tard dans la soirée de lundi, Nussbaum et son équipe nous ont emmenés dans un autre lieu, chez l’un des voisins, à 20 ou 30 mètres seulement.
Cette maison n’a pas été touchée directement. Un seul éclat d’obus détaché de la roquette qui a détruit l’autre maison s’est envolé et s’est abattu sur cette maison où vit la famille Edri – un couple et ses deux jeunes enfants.
Nussbaum a pensé qu’il valait la peine de montrer aux téléspectateurs israéliens, dans une émission spéciale que Hadashot TV a diffusée à 23 heures, le chemin de cet éclat d’obus, afin de souligner la dévastation que les roquettes de Gaza peuvent causer.
Comme il l’a montré, ce seul éclat a pénétré dans la maison des Edri par le coin de leur chambre, laissant un petit trou dans le mur.
Il a traversé la pièce en volant, près du petit lit blanc dans lequel leur enfant de huit mois dormait sur son oreiller Minnie Mouse et est passé à travers le mur dans la cuisine.
Là, il s’est écrasé à l’arrière de leur réfrigérateur et à l’avant de celui-ci, dans la cuisine et dans le four. En s’écrasant, il s’est finalement arrêté.
Ce n’était pas une roquette, l’on parle ici « que » d’un seul éclat d’obus.
Comme leurs voisins, les Edri n’ont pas de pièce blindée. Habituellement, eux aussi restent chez eux, espèrent et prient lorsque les sirènes de roquettes retentissent. Lundi soir, ils se sont enfuis, Nussbaum n’a pas dit vers où. « C’est apparemment ce qui les a sauvés », a-t-il conclu en terminant ce reportage.
Ce court reportage (en hébreu) sur le trajet d’un éclat d’obus a duré à peine 70 secondes. Il n’a pas été rediffusé. Il ne mérite même pas sa place sur le site internet de Hadashot et n’a pas été repris par d’autres médias israéliens.
C’est bien compréhensible. Il s’agit d’un reportage mineur; personne n’a été blessé, circulez il n’y a rien à voir.
Au lieu de cela, un membre du personnel de Hadashot a gentiment extrait le clip pour moi mardi après-midi afin que je puisse le montrer et écrire à ce sujet pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le visionner tard lundi soir à la télévision.
Pourquoi ? Et bien, comme l’a noté Nussbaum, « afin de faire comprendre l’ampleur des dégâts », l’ampleur qu’un seul éclat d’obus peut provoquer.
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