L’ancien procureur qui a inculpé Olmert dit que Netanyahu devrait démissionner
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L’ancien procureur qui a inculpé Olmert dit que Netanyahu devrait démissionner

Moshe Lador exhorte le public et les politiciens à mettre fin au règne de Netanyahu, dénonce les conflits d'intérêts dans sa conduite du pays pour lesquels il est poursuivi

L'ancien procureur Moshe Lador lors d'une conférence de la police de la circulation israélienne à Yad Hashmona, le 28 décembre 2011. (Uri Lenz/FLASH90)
L'ancien procureur Moshe Lador lors d'une conférence de la police de la circulation israélienne à Yad Hashmona, le 28 décembre 2011. (Uri Lenz/FLASH90)

L’ancien procureur Moshe Lador, qui a supervisé les poursuites contre l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, a déclaré jeudi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait démissionner de son poste en raison des accusations pénales qui seront portées contre lui.

S’adressant à la radio publique Kan, Lador a déclaré : « Il ne doit pas continuer dans sa fonction. C’est le devoir du système public et politique de l’en empêcher. »

Lador a fait valoir qu’il y avait un conflit d’intérêts à ce que Netanyahu demeure le plus haut fonctionnaire du pays alors qu’il critique son système judiciaire pour l’avoir poursuivi. De plus, a poursuivi M. Lador, le simple poids de se défendre contre les accusations l’empêchera de s’acquitter de ses fonctions de Premier ministre.

« Il n’y a pas de personne de chair et de sang qui, dans une situation comme celle-ci, puisse diriger le pays et, parallèlement, ses affaires [personnelles] », a-t-il dit. « Un Premier ministre agissant contre le système dont il est responsable, n’est-ce pas un conflit d’intérêts évident ? Il viole ses devoirs. »

Alors que des pressions croissantes s’exercent sur Netanyahu pour qu’il démissionne, y compris au sein de son propre parti, le Likud, nombre de ses partisans, y compris des ministres, lui restent fidèles.

Jeudi, Mandelblit a annoncé des accusations criminelles contre Netanyahu dans trois affaires. C’était la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice faisait l’objet d’une mise en accusation pour des faits criminels. Netanyahu a juré de rester en fonction pendant qu’il combat les accusations, qu’il a décriées comme une « tentative de coup d’État » à motivation politique, a attaqué les procureurs pour l’avoir piégé dans un processus « malhonnête » et demandé une enquête « des enquêteurs » dans ses affaires.

« Le seul coup d’État que toute personne raisonnable puisse voir est celui que le Premier ministre est en train de perpétrer contre le système d’application de la loi », a dit Lador.

M. Lador, qui a occupé le poste juridique le plus élevé entre 2007 et 2013 et sous la direction duquel l’ancien Premier ministre Ehud Olmert a été accusé et reconnu coupable de corruption, a déclaré que M. Netanyahu attaque le système judiciaire et la police « non pas parce qu’il a une critique honnête » mais au nom de son « intérêt personnel ».

Des partisans du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’un rassemblement tenu sous la bannière « protestation contre le coup d’Etat » à Tel Aviv, le 26 novembre 2019. (Jack Guez/AFP)

Lador a déjà demandé à Netanyahu de se retirer. En décembre 2018, avant que Mandelblit n’ait annoncé qu’il demanderait une mise en accusation, Lador a déclaré qu’il était « impensable » que Netanyahu continue à diriger le pays, affirmant que chaque décision du Premier ministre était affectée par ses intérêts juridiques.

Netanyahu, selon son raisonnement de l’époque, devrait se retirer afin d’éviter une telle situation.

Depuis lors, M. Mandelbit a tenu des audiences préalables à l’inculpation dans le cadre du trio d’affaires de corruption contre le Premier ministre avant d’annoncer enfin la semaine dernière que des accusations seront portées dans les trois affaires. Plus tôt cette semaine, il a décidé que Netanyahu n’avait pas besoin de démissionner car il n’est actuellement qu’un Premier ministre intérimaire d’un gouvernement transitoire.

Les accusations incluent la corruption, la fraude et l’abus de confiance dans une affaire et d’autres accusations de fraude et d’abus de confiance dans deux autres affaires.

Mercredi, l’ancien ministre de la Justice du Likud Dan Meridor a également appelé Netanyahu à démissionner.

« Moralement, avec un acte d’accusation aussi grave, il faut démissionner », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à la radio militaire.

Meridor, qui a occupé plusieurs postes ministériels sous Netanyahu pendant ses 21 années en tant que député entre 1984 et 2013, mais qui a plus récemment vivement critiqué le Premier ministre, a appelé les députés du parti actuel à ne pas appuyer l’immunité parlementaire de Netanyahu contre les poursuites.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau à Jérusalem, le 24 novembre 2019. (Sebastian Scheiner/Pool/AFP)

Netanyahu n’a pas encore dit s’il demandera l’immunité, mais beaucoup s’attendent à ce qu’il le fasse. Pour ce faire, il faut convoquer la Commission de la Knesset, mais le groupe d’experts n’a pas été constitué depuis près d’un an dans une impasse politique qui n’a pas été résolue malgré deux tours de scrutin, et qui semble destinée à forcer un nouveau vote dans les mois à venir, sauf si une coalition gouvernementale de dernière minute peut être formée avant la date limite fixée au 11 décembre.

Les soupçons de corruption à l’encontre du Premier ministre et sa tentative attendue de demander l’immunité ont été un point de friction clé dans les négociations de la coalition et du gouvernement d’unité.

M. Olmert a été Premier ministre entre 2006 et 2009. Il a été l’un des huit anciens fonctionnaires et hommes d’affaires condamnés en 2014 dans l’affaire Holyland de corruption immobilière, l’une des plus importantes affaires de corruption de l’histoire d’Israël.

Olmert a démissionné avant le dépôt des actes d’accusation afin de mener ses batailles juridiques et a été libéré de la prison de Maasiyahu en juillet 2017 après avoir purgé 16 mois sur 27 mois de sa peine pour avoir accepté des pots-de-vin et entravé la justice.

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