Des manifestants pro-Netanyahu réclament l’arrestation des procureurs
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Des manifestants pro-Netanyahu réclament l’arrestation des procureurs

Le Premier ministre et la plupart des députés du Likud étaient absents ; Une ministre demande aux manifestants d'enlever les pancartes d'incitation à la haine

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu se rassemblent à Tel Aviv pour soutenir son affirmation selon laquelle il fait l'objet d'un coup d'État judiciaire, le 26 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)
Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu se rassemblent à Tel Aviv pour soutenir son affirmation selon laquelle il fait l'objet d'un coup d'État judiciaire, le 26 novembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Des milliers de personnes ont manifesté mardi soir à Tel-Aviv en soutien au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inculpé la semaine dernière pour corruption.

« Netanyahu, le peuple est avec toi » et « Non a la dictature judiciaire », pouvait-on notamment lire sur des affiches brandies par les manifestants.

Le Premier ministre n’est pas apparu à la manifestation qui s’est déroulée sur l’un des plus petits sites de la capitale économique par crainte d’une faible participation au rassemblement pour lequel le Likud, le parti de Netanyahu, avait organisé des navettes de bus de tout le pays pour s’y rendre.

Les législateurs du Likud et les ministres du gouvernement, dont beaucoup sont restés extrêmement silencieux ces derniers jours, ont été particulièrement remarqués pour leur absence, refusant de soutenir Netanyahu ou de le critiquer.

Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu se rassemblent à Tel Aviv pour soutenir son affirmation selon laquelle il fait l’objet d’un coup d’État judiciaire, le 26 novembre 2019. (Crédit : Jack Guez / AFP)

Après avoir constaté que la plupart des dirigeants élus du Likud étaient réticents à participer à un rassemblement prétendant qu’un « coup d’Etat » était en cours contre Netanyahu, la formation politique a publié mardi soir une déclaration indiquant que les responsables politiques n’avaient pas été invités.

Interrogés par des journalistes sur la raison de leur absence, les ministres du Likud ont donné différentes raisons – engagements antérieurs (ministre de la Science, Ofir Akunis), célébrations de Sigd (ministre de l’Intégration, Yoav Galant) – tandis que le ministre de l’Économie, Eli Cohen (ancien Koulanou) a déclaré ne pas avoir entendu parler du rassemblement.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, lors de la Conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Après avoir initialement annoncé son absence, la ministre de la Culture, Miri Regev, est arrivée au rassemblement mardi soir et a prononcé un discours qui semblait destiné à calmer les manifestants.

« Quand notre Premier ministre est attaqué sur tous les fronts, c’est le moment de s’unir et le renforcer », avait-elle auparavant écrit sur sa page Facebook.

Proche de Netanyahu, Regev a déclaré aux manifestants que les inculpations à l’encontre du Premier ministre devraient être entendues devant un tribunal et que Netanyahu ne devrait pas demander l’immunité. « Seuls les juges décideront, pas les médias, ni les procureurs de l’État », a-t-elle dit, suscitant la colère de la foule réunie devant le Musée d’art de Tel Aviv. « Seul le peuple décidera », ont répondu plusieurs manifestants. Faisant écho à des propos de Netanyahu. Mais Regev a ensuite ajouté : “L’état de droit n’est pas au-dessus de la loi.”

« Nous ne pouvons laisser notre sentiment de déception nuire à l’état de droit. Chaque pancarte qui est illégale et tente de nous entraîner vers l’incitation à la haine, décrochez-la », a-t-elle dit à la foule. « Au Likud, nous respectons la loi et nous voulons que la loi nous protège. »

Miki Zohar (Likud), le président du comité de la Knesset, dirige un débat sur l’annulation d’une loi de 2013 limitant le nombre de ministres à la Knesset, le 21 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Likud Miki Zohar s’est lui adressé à la foule en ces termes : « Les gauchistes ont inventé toutes les théories du complot. Les forces de l’ordre sont les victimes du complot de la gauche et des médias. Le Premier ministre a fait l’objet d’une enquête déformée, d’une enquête sale, d’une enquête de mensonges. Et on s’attend à ce que nous restions silencieux ? »

Yoram Sheftel, éminent avocat, a déclaré à la foule : « nous ne pouvons pas laisser le système judiciaire prendre le dessus ». « Tous les actes scandaleux commis par la police dans le cadre de ces enquêtes ont été ordonnés par les têtes du serpent, Liat Ben Ari, Shai Nitzan et Avichai Mandelblit », a-t-il dit à la foule qui huait chacun des noms. « Nous ne laisserons en aucun cas laisser ce putsch réussir », a-t-il ajouté.

Nitzan, Ben-Ari et Mandelblit bénéficient d’une protection policière supplémentaire depuis l’an dernier, en raison de menaces formulées par les partisans radicaux du Premier ministre.

Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu se rassemblent à Tel Aviv pour soutenir son affirmation selon laquelle il fait l’objet d’un coup d’État judiciaire, le 26 novembre 2019. (Crédit : Jack Guez / AFP)

Mandelblit a condamné mardi les « menaces », « mensonges » et « calomnies sans fondement » dirigées contre les forces de l’ordre, reprochant à Netanyahu et à ses partisans de discréditer le système judiciaire.

« Notre approche digne n’est pas toujours adoptée par les autres », avait déclaré Mandelblit, quelques heures avant le rassemblement du Likud.

« J’entends des propos qui n’ont pas leur place dans le discours public et qui s’adressent au système d’application de la loi et à certains hauts fonctionnaires du système. J’entends des menaces. J’entends des mensonges. J’entends des calomnies sans fondement. C’est simplement choquant », a déclaré le procureur général lors d’une conférence des procureurs organisée à Eilat.

Le procureur général Avichai Mandelblit (à droite) arrive au ministère de la Justice à Jérusalem pour l’audience sur les affaires de corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 7 octobre 2019. (Flash90)

Les participants étaient impatients d’exprimer leur soutien à Netanyahu.

Le rassemblement était « le début de la fin de la tentative de coup d’Etat », selon Ari Vaknin, un père de quatre enfants de Beit Shemesh, qui se dit « pro-Bibi, pro-droite ».

« Shai Nitzan essaie de renverser le Premier ministre. Il n’y a pas de doute », a-t-il déclaré. « Nous sommes ici pour dire, et je veux que mes enfants le sachent aussi, que nous ne laisserons pas cela arriver à Benjamin Netanyahu, le meilleur Premier ministre que ce pays ait jamais vu. Nous sommes le [peuple] souverain et nous sommes la majorité. »

« Il y a des endroits où il y a un coup militaire et où l’armée élit les élus, et il y a aussi un coup juridique qui se déroule au-dessus de la table devant nos yeux », a déclaré à la Douzième chaîne, Simcha Rothman, dirigeant du Mouvement pour la gouvernance et la démocratie, un des groupes parrainant l’événement.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid (à gauche) et le chef du parti Hossen LeYisrael, Benny Gantz. (Yossi Zeliger/Flash90, Hadas Parush/Flash90)

Le principal rival politique de Netanyahu, le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, a critiqué Netanyahu pour le rassemblement.

« Le droit de manifester et la liberté d’expression sont les pièces maîtresses de la démocratie. Dans une démocratie saine, une personne a le droit d’exprimer librement son opinion », a déclaré Gantz mardi. « Dans une démocratie saine, un Premier ministre n’organise pas de manifestation contre le système de maintien de l’ordre qu’il supervise. »

Le numéro deux de Kakhol lavan, Yair Lapid, a publié une déclaration cinglante accusant Netanyahu d’avoir fomenté la guerre civile lundi.

« Avichai Mandelblit s’est vu attribuer une sécurité personnelle. Le procureur de la République, Shai Nitzan, s’est vu confier une sécurité personnelle. La procureure Liat Ben Ari, chargée de la fiscalité et des délits économiques, s’est vue confier une sécurité personnelle. Ils font face à des menaces de mort », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Il n’y a pas de question [à se poser} sur la cause. […] Ils ont besoin de sécurité parce que sinon son peuple leur fera du mal. C’est ce à quoi nous sommes arrivés. Il a appelé son peuple à sortir dans les rues pour une violente révolte contre le pays. »

Le seul haut responsable du Likud à s’être élevé publiquement contre les attaques de Netanyahu contre le système judiciaire est son rival, Gideon Saar, qui a lancé un défi à la direction du parti contre Netanyahu. La rhétorique de Netanyahu, a-t-il dit, « nuit à l’approche du Likud concernant l’État » et « ne vise pas à réformer, mais à détruire les institutions chargées de l’application de la loi. »

Gideon Saar du Likud lors d’une réunion du parti Likud au Centre héritage Menahcem Begin à Jérusalem le 11 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Benjamin Netanyahu, inculpé pour corruption, peut rester à son poste dans le « gouvernement de transition » actuel, a confirmé lundi le procureur général Avichaï Mandelblit, après des appels à la démission du chef du gouvernement. Pour ce qui concerne ses portefeuilles ministériels, la question sera envisagée ultérieurement.

Dans l’état actuel des choses avec un gouvernement de transition, il n’y a pas d’obligation juridique pour le Premier ministre de démissionner », a affirmé le procureur selon un communiqué de son bureau.

Netanyahu, 70 ans, a été inculpé le 21 novembre pour corruption, abus de confiance et malversation dans trois affaires différentes.

Au terme des élections anticipées d’avril, puis de septembre, M. Netanyahu n’a pas réussi à rallier 61 députés, seuil de la majorité parlementaire, pour former un gouvernement. Son rival, le centriste Benny Gantz a échoué également dans cette tâche et le président israélien Reuven Rivlin a dû la confier au Parlement lui-même.

Les élus doivent donc choisir entre trouver un nouveau Premier ministre capable de rallier une majorité ou mener le pays vers de troisièmes élections en moins d’un an avant le 11 décembre.

L’AFP a contribué à cet article.

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