L’annexion renforcera le Hamas, dit le roi jordanien aux élus américains
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L’annexion renforcera le Hamas, dit le roi jordanien aux élus américains

Dans des entretiens en ligne, Abdallah II a également dit aux leaders du Congrès qu'il a tenté de convaincre les Palestiniens de reprendre les négociations de paix avec Israël

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le roi de Jordanie Abdallah II au parlement européen de Strasbourg, dans l'est de la France, le 15 janvier 2020 (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)
Le roi de Jordanie Abdallah II au parlement européen de Strasbourg, dans l'est de la France, le 15 janvier 2020 (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

WASHINGTON — Le roi de Jordanie a mis en garde les responsables du Congrès américain, leur disant que le plan du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’annexion de certains pans de la Cisjordanie renforcerait le Hamas et nuirait aux capacités d’Israël à normaliser ses relations avec les autres pays de la région, selon des sources.

Le roi Abdallah II exerce actuellement des pressions contre le plan israélien de lancement de l’annexion des implantations de Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, telle qu’elle est mentionnée dans la proposition de paix de l’administration américaine du président Donald Trump.

Il a présenté ses arguments au cours de nombreuses réunions organisées via visioconférence cette semaine.

« Il a vivement recommandé aux membres du Congrès de comprendre que l’annexion affecterait le quotidien des Palestiniens et il a dit craindre que cela ne radicalise les Palestiniens et enhardisse les extrémistes violents. C’est le Hamas qui bénéficiera de l’annexion », a confié une source, à Washington, au Times of Israel.

Le Hamas, groupe terroriste qui gouverne de facto la bande de Gaza, est le rival du mouvement du Fatah de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne (AP). Abbas a récemment mis un terme à une partie de la coordination sécuritaire établie entre Israël et l’AP, ce qui était considérée comme un élément de dissuasion déterminant des activités du Hamas en Cisjordanie.

Des responsable israéliens de la défense et d’autres ont, en privé, exprimé leurs inquiétudes face à une initiative d’annexion qui pourrait entraîner des mouvements de protestation violents susceptibles de dégénérer en soulèvement populaire.

Le plaidoyer d’Abdallah, suppliant les députés américains de bloquer la proposition de Netanyahu, survient moins de deux semaines avant la date-butoir fixée par le Premier ministre pour lancer le processus d’élargissement de la souveraineté. Netanyahu a promis de respecter ce calendrier malgré les défis logistiques et les pressions croissantes de l’Europe, d’une partie du monde arabe et de membres de sa propre coalition au pouvoir.

Le roi jordanien aurait refusé de s’entretenir avec Netanyahu ou avec le ministre de la Défense Benny Gantz, préférant tenter de convaincre Washington d’abandonner son soutien à l’annexion.

Abdallah II a indiqué aux législateurs américains qu’il avait encouragé les Palestiniens à reprendre place à la table des négociations aux côtés d’Israël. L’AP refuse, pour sa part, tout contact avec la Maison Blanche depuis que le président Donald Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël, estimant que l’équipe américaine ne pouvait dorénavant plus assumer le rôle d’intermédiaire honnête. Les discussions avec l’Etat juif sont dans l’impasse depuis 2014.

« Le roi a franchement dit aux membres que l’annexion israélienne serait une erreur si Israël voulait pouvoir bâtir des relations dans la région », a dit la source. « Il a précisé que ‘l’avenir dépend complètement d’Israël’. »

Abdallah s’est entretenu avec la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, entre autres sénateurs et représentants. Il est également apparu virtuellement devant les commissions des Affaires étrangères du sénat et de la chambre.

Ces appels révèlent la gravité de ses inquiétudes face à la volonté d’annexion du Premier ministre israélien de pans substantiels de la Cisjordanie – les 30 % de territoires qui ont été alloués à l’Etat juif selon le plan de paix de Trump – avec le soutien des Américains.

Le royaume hachémite a émis, mercredi, un communiqué disant que le souverain jordanien estimait que « toute mesure d’annexion unilatérale de la part d’Israël en Cisjordanie est inacceptable et sape les perspectives d’une paix juste au Moyen-Orient, ainsi que la stabilité dans la région ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) salue le roi Abdallah II de Jordanie à son arrivée au Palais royal, dans la capitale Amman, le 8 août 2018. (AFP/Pool/Khalil Mazraawi)

Ces dernières semaines, de multiples responsables jordaniens ont fait savoir que le royaume pourrait remettre en cause son traité de paix signé avec Israël en 1994 si le plan d’annexion devait être mené à bien. Parmi ces officiels qui ont fait entendre leur voix, l’ambassadrice jordanienne aux Etats-Unis, Dina Kawar, qui s’exprimait lors d’une visioconférence avec l’AJC (American Jewish Committee).

La Jordanie a non seulement une forte population de réfugiés palestiniens, mais elle borde également l’Etat juif et la Cisjordanie, ce qui fait de la possibilité d’éruptions de violences, entraînées par l’annexion, une question de sécurité nationale dans le pays.

Selon les termes de l’accord de coalition qui a été conclu entre Netanyahu et Benny Gantz, le gouvernement israélien est en droit de poursuivre l’annexion, avec l’appui des Etats-Unis, dès le 1er juillet.

L’administration Trump a annoncé qu’elle ne s’opposerait pas aux initiatives israéliennes d’annexion de territoires qui intégreraient le pays selon son plan de paix – qui envisage également, sous conditions, la formation d’un État palestinien sur 70 % de la Cisjordanie, un État qui serait criblé toutefois d’enclaves israéliennes.

Cette initiative, si elle a lieu, serait un tournant majeur dans le conflit israélo-palestinien. Les Palestiniens, les dirigeants étrangers, des députés américains et des négociateurs de paix vétérans ont averti qu’une telle démarche affaiblirait gravement les perspectives d’une solution à deux Etats, soutenue depuis longtemps à l’international.

Les Démocrates sont unis dans leur condamnation de l’annexion.

Le candidat démocrate à la présidence, l’ancien vice-président des États-Unis Joe Biden, évoque le coronavirus, le 12 mars 2020, à Wilmington, dans le Delaware. (AP Photo/Matt Rourke)

Le candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden, Pelosi et la vaste majorité des membres du parti à la Chambre et au Sénat ont dénoncé la proposition d’élargissement de la souveraineté de Netanyahu.

Le mois dernier, 19 sénateurs démocrates ont écrit un courrier à Netanyahu et à son partenaire de coalition, le ministre de la Défense Benny Gantz, clamant que l’annexion « aura un impact clair sur le futur d’Israël ainsi que sur nos relations bilatérales et bipartisanes vitales ».

Au mois de décembre, la chambre des Représentants, où les Démocrates sont majoritaires, a adopté une résolution majoritairement placée sur les lignes partisanes s’opposant à l’initiative et réaffirmant le soutien apporté à la solution à deux Etats.

Jusqu’à présent, aucun Républicain, au Capitole, n’a critiqué les espoirs d’annexion du Premier ministre israélien. Certains lui ont même apporté leur appui.

« Israël est un allié et une nation souveraine qui est en droit de prendre cette décision pour le pays », a récemment écrit le sénateur du Texas, Ted Cruz, sur Twitter. « Trop de gens, en Amérique, ont fait preuve de prétention en tentant de dicter les termes de la paix aux Israéliens. »

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