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L’antisémitisme instrumentalisé par les factions rivales du Labour de Corbyn

Une enquête révèle d’âpres querelles entre factions, les partisans et les opposants de Corbyn qui auraient utilisé la question de l’antisémitisme comme arme

Jeremy Corbyn, à gauche, est assis en attendant de parler à côté de Keir Starmer lors de leur événement de campagne électorale sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (Crédit : Matt Dunham/AP)
Jeremy Corbyn, à gauche, est assis en attendant de parler à côté de Keir Starmer lors de leur événement de campagne électorale sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019. (Crédit : Matt Dunham/AP)

L’antisémitisme aurait été instrumentalisé par les factions de droite et de gauche du parti travailliste pendant la gouvernance de Jeremy Corbyn, révèle une fuite d’un rapport publié dans les médias britanniques mardi.

Le rapport de 138 pages de Martin Forde, avocat éminent, a révélé qu’une méfiance profonde et des dissensions entre les deux factions du parti les ont empêchées de faire face à l’antisémitisme au sein de leurs rangs et à organiser des campagnes électorales efficaces, écrit le Guardian.

Forde a accusé les partisans de Corbyn de croire que les accusations d’antisémitisme étaient exagérées, tandis que les adversaires de l’ancien leader considéraient le problème « comme un moyen de l’attaquer. »

« Ainsi, plutôt que de faire face à la nécessité primordiale de traiter le problème profondément grave de l’antisémitisme dans le parti, les deux factions l’ont traité comme une arme de faction », a conclu Forde.

Le président du parti travailliste britannique, Keir Starmer, qui a succédé à Corbyn, a demandé qu’une enquête soit menée en avril 2020, après la fuite d’un rapport de 860 pages qui concluait qu’aucun membre actuel ou ancien du personnel n’était « motivé par des intentions antisémites » et qui n’aurait trouvé « aucune preuve » que les plaintes pour antisémitisme ont été traitées différemment des autres formes de plaintes.

L’enquête menée en 2020 a révélé un manque de « procédures rigoureuses, de systèmes, de formation, d’éducation et de gestion hiérarchique efficace » et a affirmé avoir trouvé « de nombreuses preuves de l’atmosphère hyper-factionnelle qui régnait au siège du parti » à l’égard de Corbyn, ce qui « a nui au traitement diligent et rigoureux des plaintes disciplinaires ».

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre le leader du parti travailliste d’opposition britannique Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les Chambres du Parlement britannique, dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. Illustration (Crédit : Tolga Akmen/AFP)

D’après le rapport de Forde, le problème existait déjà au sein du cabinet de l’ancien leader de l’opposition, même si les partisans pensaient que les allégations d’antisémitisme visaient « simplement à attaquer le leader et sa faction. »

« En termes simples, chaque faction croyait que l’autre avait ‘commencé’ en ce qui concerne le comportement obstructionniste et qu’ils ne faisaient que répondre en nature », a-t-il déclaré.

Corbyn n’a pas reconnu la responsabilité de ses partisans dans les manquements du parti en réponse à l’enquête de Forde, mais a plutôt noté dans un message en ligne que des « groupes puissants » au sein du Labour avaient « du mal à accepter » son élection à la tête du parti, et avait décrié le « racisme et le sexisme » auxquels étaient confrontés les membres du parti.

En réponse au rapport, un porte-parole du parti travailliste a déclaré que les conclusions de Forde décrivaient « un parti qui était hors de contrôle » et que de « réels progrès » avaient été réalisés depuis l’élection de Starmer à la tête du parti.

Le rapport ébruité a reçu une réponse tiède de la part de la présidente du Board of Deputies of British Jews, Marie van der Zyl, qui a mentionné la consternation exprimée dans le rapport sur le fait que Jewish Voice for Labour n’avait pas été choisi pour éclairer le parti sur l’antisémitisme.

Tout en reconnaissant la « nette amélioration » de l’attitude des travaillistes face à l’antisémitisme sous la direction de Starmer, Mme van der Zyl a fait par de sa « préoccupation au sujet de la déclaration que viennent de faire les auteurs, à savoir qu’ils sont « déçus » que « Jewish Voice for Labour » – une organisation d’extrême gauche qui a nié de manière obsessionnelle l’antisémitisme au sein du parti travailliste – ne se soit pas vu attribuer un rôle dans l’éducation des membres du parti travailliste sur l’antisémitisme. »

Marie van der Zyl, présidente du Board of Deputies of British Jews. (Crédit : Autorisation)

Corbyn avait juré de punir tout membre du parti surpris à faire des déclarations racistes pendant son mandat de leader, mais il a défendu un certain nombre de membres qui ont fait des remarques antisémites au vitriol et n’a expulsé pratiquement aucun membre malgré plus de 850 plaintes officielles.

Corbyn lui-même s’est attiré de vastes critiques pour ses propres actions. En 2019, il a exprimé des regrets pour avoir défendu une fresque antisémite de 2012 dans l’East End de Londres. La fresque, nommée Freedom of Humanity, avait été peinte sur une propriété près de Brick Lane par le graffeur Kalen Ockerman, basé à Los Angeles. Elle représentait un groupe d’hommes – apparemment des caricatures de banquiers et d’hommes d’affaires juifs – comptant leur argent sur un plateau de Monopoly en équilibre sur le dos de travailleurs nus.

Toujours en 2019, on a découvert qu’il était l’auteur de la préface élogieuse d’un livre qui prétend que les Juifs contrôlent les systèmes financiers mondiaux et les décrit comme des « hommes d’une race unique et particulière. »

En outre, le groupe terroriste Hamas a remercié Corbyn pour sa solidarité dans la reconnaissance du deuil palestinien à l’occasion du 71e anniversaire de la formation de l’État d’Israël.

Jeremy Corbyn porte une gerbe de fleurs durant une visite aux Martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Crédit : page Facebook officielle de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

L’ancien leader travailliste a été critiqué par le passé pour avoir appelé les groupes terroristes Hamas et Hezbollah « amis » lorsqu’il a invité des membres à une réunion parlementaire en 2009. Il a par la suite minimisé ce commentaire et a déclaré qu’il regrettait d’avoir utilisé ce terme.

Il y a trois ans, il a été révélé que Corbyn avait assisté en 2014, à une cérémonie pour honorer les terroristes à l’origine du massacre olympique de Munich en 1972. Il a déclaré plus tard : « J’étais présent quand [une couronne] a été déposée, je ne pense pas avoir été réellement impliqué dans cette cérémonie. »

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