L’AP se dit « déliée » de ses accords avec Israël, notamment sécuritaires
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L’AP se dit « déliée » de ses accords avec Israël, notamment sécuritaires

Fustigeant la promesse d'annexion de Netanyahu, le chef de l'AP a déclaré que les autorités israéliennes doivent reprendre la responsabilité de la population civile palestinienne

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah en Cisjordanie le 7 mai 2020. (Crédit : Nasser Nasser/Pool/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah en Cisjordanie le 7 mai 2020. (Crédit : Nasser Nasser/Pool/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a renouvelé mardi ses menaces de mettre fin à tous ses accords avec Israël et les États-Unis, y compris concernant la coopération sécuritaire, ajoutant que l’annexion de territoires en Cisjordanie annihilerait les chances de parvenir à la paix.

Dans un discours prononcé après une rencontre avec la direction de l’Autorité palestinienne à Ramallah, le dirigeant de 85 ans a également prévenu que toute annexion israélienne en Cisjordanie mettrait fin à l’espoir de parvenir à une solution à deux États et qu’Israël devrait prendre en charge la population civile palestinienne.

« L’Organisation de Libération de la Palestine et l’État de Palestine sont déliés, à partir d’aujourd’hui, de tous leurs accords et ententes avec les gouvernements américain et israélien, et de toutes leurs obligations basées sur ces ententes et ces accords, y compris celles relatives à la sécurité », a déclaré M. Abbas, selon une transcription de ses propos communiquée par l’agence de presse Wafa.

À de multiples occasions, M. Abbas a menacé de mettre fin à la coopération sécuritaire avec Israël, et déjà annoncé la rupture de « toutes les relations » avec Israël et les États-Unis dans le sillage de l’annonce du plan Trump sur le conflit israélo-palestinien. Il n’a donné aucun détail sur les conséquences pratiques.

Les deux gouvernements travaillent conjointement sur les questions ayant trait à l’eau et à la sécurité, et si les Palestiniens se retiraient de ces accords, la sécurité en Cisjordanie pourrait s’en retrouver affectée. Si les Palestiniens venaient à dissoudre l’AP, des dizaines de milliers de fonctionnaires perdraient leur emploi.

« À ce jour, l’autorité de l’occupation israélienne doit assumer ses responsabilités et ses obligations face à la communauté internationale en tant que puissance occupante sur le territoire occupé de l’État de Palestine, avec toutes les conséquences et les répercussions que cela aura sur le droit international et le droit international humanitaire », a poursuivi le dirigeant palestinien.

Dans son discours, il a évoqué l’accord de coalition signé entre le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et Kakhol lavan, le parti du ministre de la Défense Benny Gantz.

En vertu de l’accord Netanyahu/Gantz, le gouvernement peut présenter à partir du 1er juillet sa stratégie pour traduire dans les faits le plan Trump, qui prévoit l’annexion à Israël de la vallée du Jourdain (30 % de la Cisjordanie) et des plus de 130 implantations.

Le Premier ministre de l’AP Mohammed Shtayyeh a prévenu d’un « été chaud » si l’État hébreu mettait en branle le projet d’annexion.

Le président américain Donald Trump (à gauche) écoute le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) lors d’un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, pour annoncer le plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)

Abbas a affirmé que les propos tenus lundi par Netanyahu sur les projets d’extension de la souveraineté israélienne sur les implantations et la vallée du Jourdain signifiait qu’Israël avait « révoqué » les Accords d’Oslo de 1993 qui avaient donné naissance à l’AP et donné le coup d’envoi à des décennies de négociations de paix.

Il a reproché à l’administration Trump d’avoir reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017 et d’avoir décidé d’y installer l’ambassade américaine, tout en s’opposant à sa proposition de paix.

« Nous tenons l’administration américaine pour responsable de l’oppression qui frappe le peuple palestinien et nous les considérons comme un partenaire du gouvernement d’occupation israélienne dans toutes ses décisions agressives et injustes contre notre peuple », a ajouté M. Abbas.

Depuis fin 2017, l’administration Trump a adopté diverses mesures, marginalisant les Palestiniens : elle a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, transféré l’ambassade américaine depuis Tel Aviv à Jérusalem, supprimé des centaines de millions de dollars d’aide aux Palestiniens et à l’UNRWA et fait fermer le bureau de l’OLP à Washington.

Le responsable de l’Autorité palestinienne a également déclaré que « l’État de Palestine » rejoindrait immédiatement toutes les organisations et les accords dont il ne fait pas encore partie.

Les Palestiniens sont actuellement membres de dizaines d’organisations internationales, de protocoles et de conventions, afin d’obtenir une reconnaissance unilatérale de leur État en devenir alors que les négociations de paix avec Israël sont au point mort.

Les Palestiniens maintiennent que leurs démarches pour rejoindre les organisations internationales font avancer leur objectif d’obtenir le statut d’État et renforcent leur position internationale.

Cependant, Israël affirme que les efforts déployés par les Palestiniens pour obtenir une reconnaissance sur la scène diplomatique internationale constituent une mesure unilatérale visant à obtenir le statut d’État tout en contournant les négociations de paix et saper le statut de l’État juif auprès de la communauté internationale.

L’Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, signé à Washington en 1995, visait à faire appliquer les termes de l’Accord d’Oslo signé deux ans plus tôt. Parfois appelé Oslo II, celui-ci délimitait l’étendue de l’autonomie palestinienne en Cisjordanie et à Gaza. Il était supposé ne durer que cinq ans, le temps qu’un accord permanent soit finalisé, mais il est stratégiquement renouvelé depuis plus de 20 ans.

Le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas à Berlin le 31 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Michael Sohn)

Un communiqué signé par le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas et le Premier ministre de l’AP a condamné les projets d’annexion par Israël.

Les deux responsables ont fait part de leur « vive inquiétude au sujet de l’accord conclu entre les partis de la coalition en Israël pour faire avancer les plans d’annexion des territoires palestiniens occupés, comme le stipule l’accord de coalition israélien signé le 20 avril. L’annexion de toute partie des territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, constitue une violation manifeste du droit international et compromet sérieusement les chances d’une solution à deux États dans le cadre d’un accord sur le statut final ».

« L’Allemagne a pris note du point de vue palestinien selon lequel une telle mesure mettrait fin à tous les accords signés. Les deux parties ont souligné que le droit international, y compris le droit international humanitaire, constitue une pierre angulaire de la paix et de la sécurité dans la région et d’un ordre multilatéral fondé sur des règles au niveau mondial », poursuit le communiqué conjoint.

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