Lapid appelle à un « gouvernement d’union »
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Lapid appelle à un « gouvernement d’union »

Alors que les pourparlers se multiplient en coulisses, le centriste a appelé à la formation d'un gouvernement "d'union nationale" pour mettre fin à la crise

Le leader de l'opposition Yair Lapid de Yesh Atid-Telem lors d'un entretien avec l'AFP à son bureau de la Knesset, à Jérusalem, le 14 septembre 2020. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)
Le leader de l'opposition Yair Lapid de Yesh Atid-Telem lors d'un entretien avec l'AFP à son bureau de la Knesset, à Jérusalem, le 14 septembre 2020. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Le chef de l’opposition israélienne, Yair Lapid, a appelé dimanche à la formation d’un « gouvernement d’union » à l’heure où le Premier ministre Benjamin Netanyahu tente en vain de rallier extrême-droite et islamistes pour se maintenir au pouvoir et éviter un cinquième scrutin. Il a ajouté à l’adresse du président Reuven Rivlin qu’il s’attendait à recevoir le mandat pour tenter de former un tel gouvernement si le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’y parvenait pas.

Après avoir terminé en première place des législatives de mars mais sans assez d’appuis pour atteindre la majorité (61 des 120 sièges du Parlement), M. Netanyahu a obtenu le premier le mandat du président Reuven Rivlin pour tenter de former le prochain gouvernement.

Alors que les pourparlers se multiplient en coulisses, le centriste Yair Lapid a appelé à la formation d’un gouvernement « d’union nationale » pour mettre fin à la crise.

« Nous devons rétablir la confiance entre la population et ses leaders. Nous devons former un gouvernement qui va nous unir : pas un gouvernement de droite, pas un gouvernement de gauche, mais un gouvernement d’union », a déclaré M. Lapid, lors d’une conférence de presse organisée à Tel Aviv.

Lapid a noté qu’il avait été recommandé comme Premier ministre par 45 députés, et méritait donc l’opportunité de pouvoir essayer de construire une coalition si Netanyahu échouait. « Nous avons 45 recommandations ; je serai très surpris si le président ne m’impose pas [la tâche de former] le prochain gouvernement », a-t-il déclaré.

Le président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, lors d’une conférence de presse à la résidence du président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Rivlin a laissé entendre que, si Netanyahu ne parvenait pas à former une coalition d’ici le 4 mai, il pourrait demander à la Knesset de tenter de trouver un candidat capable de rassembler le soutien d’une majorité au Parlement, plutôt que de charger lui-même un deuxième candidat.

« Je veux me faire l’écho de ce qu’a dit mon ami Naftali Bennett la semaine dernière : Israël n’a pas les moyens de se permettre une cinquième élection. Israël a besoin d’un gouvernement », a déclaré Lapid, qui a proposé à Bennett d’être Premier ministre en premier dans un accord de rotation entre eux.

« Dans ce gouvernement d’unité, il y aura trois partis de droite [Yamina, Tikva Hadasha et Yisrael Beytenu], deux partis centristes [Yesh Atid et Kakhol lavan] et deux partis de gauche [le Parti travailliste et Meretz]. C’est ce à quoi ressemble l’unité. Lorsque différentes personnes avec des opinions différentes décident de travailler ensemble. »

« C’est notre objectif. Former un gouvernement dont la force sera tirée de son engagement pour le bien du pays. Il y aura des visions du monde différentes, mais nous sommes tous sionistes, nous sommes tous des patriotes israéliens », a-t-il ajouté.

Mais, en additionnant le nombre de députés des sept partis auxquels Lapid fait référence, le compteur pointe à 58 sièges quand il en faudrait 61 – mais pourrait également être soutenu de l’extérieur par la Liste arabe unie ou Raam.

« Nous allons tout faire pour former un gouvernement d’union qui fonctionne, qui est stable et qui est bienveillant », a-t-il ajouté, se disant ouvert à toutes les options pour trouver une majorité – à l’exception d’une alliance avec les « kahanistes », courant d’extrême-droite membre du parti de M. Smotrich.

Les chefs de parti Naftali Bennett et Yair Lapid lors de la traditionnelle photo de groupe pendant la cérémonie de prestation de serment de la 24e Knesset, au bâtiment de la Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Chef de facto du « bloc du changement » englobant les partis opposés à Netanyahu, Lapid a déclaré qu’il avait rencontré des dirigeants de partis qui avaient juré de ne pas siéger dans un gouvernement avec le leader du Likud et prévoit d’autres réunions cette semaine. Le parti a par la suite confirmé qu’il rencontrerait lundi les dirigeants arabes Ayman Odeh et Ahmad Tibi.

Hormis Yamina, dont le parti a recommandé que Bennett soit chargé de former une coalition, tous les autres partis mentionnés par Lapid ont recommandé qu’il soit sollicité par le président pour former le prochain gouvernement. Dans l’ensemble, cependant, le dirigeant de Yesh Atid a reçu moins de recommandations que Netanyahu.

Quelques minutes après la conférence de presse de Yair Lapid, la députée de la Liste arabe unie Aida Touma-Sliman a publié un tweet dans lequel elle exhortait Lapid à ne pas accepter un accord de rotation avec le dirigeant de Yamina, Naftali Bennett.

« Si Netanyahu est incapable de former une coalition, Lapid ne devrait pas céder le poste de Premier ministre à Bennett, qui n’a que sept sièges. Lapid devrait exiger d’être le seul chef du gouvernement. Ce serait un gouvernement qui n’est pas de droite. Ce type de gouvernement serait celui que la Liste arabe unie serait prête à soutenir », a-t-elle écrit, avant de supprimer son commentaire quelques instants plus tard.

D’avril 2019 à mars dernier, Israël a tenu quatre élections législatives débouchant soit sur l’incapacité de la classe politique à s’entendre sur un gouvernement, soit, après le troisième scrutin, sur un gouvernement d’union n’ayant duré que quelques mois.

Pour atteindre le seuil critique des 61 députés, M. Netanyahu et ses alliés des partis ultra-orthodoxes doivent obtenir le soutien de la formation de droite radicale Yamina, dirigée par Naftali Bennett, du parti d’extrême-droite Sioniste religieux de Bezalel Smotrich et du parti islamiste Raam de Mansour Abbas.

Bezalel Smotrich de Yamina (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Autorisation)

Jusqu’à présent, M. Netanyahu est confronté au refus de M. Smotrich de joindre un gouvernement soutenu par le parti Raam, dont des membres ont qualifié M. Smotrich de « raciste ».

Pour compliquer encore l’équation, M. Smotrich a à l’inverse affirmé ce week-end préférer un gouvernement incluant M. Lapid à un autre soutenu par les partis arabes, ou un cinquième scrutin.

« Une cinquième élection est bien meilleure que ce suicide », a-t-il écrit dans un échange sur Twitter, répondant à une suggestion d’autoriser la formation d’un gouvernement soutenu par Raam. « Et vous savez quoi : même une créature hybride [de partis de centre-gauche soutenus par des partis arabes israéliens] – qui, je pense, ne se produira pas et si c’est le cas, elle durera quelques mois et s’effondrera et la droite reviendra plus forte – vaut mieux que la destruction de la droite et du sionisme. »

Dans ce paysage politique fragmenté, M. Netanyahu a appelé dans une vidéo dimanche soir Yamina et Gideon Saar, qui a quitté fin 2020 le Likud du Premier ministre pour former son propre parti, à les rejoindre dans un « gouvernement de droite » protégeant « l’identité juive » et les implantations en Cisjordanie.

« Formons ensemble un gouvernement de droite fort dont Israël a tant besoin », a lancé M. Netanyahu, au pouvoir depuis près de 15 ans.

M. Saar avait entre autres quitté les rangs du Likud en accusant M. Netanyahu, désormais inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance, de « mettre son intérêt personnel avant celui du pays ».

Le vote sur la création de la commission des Arrangements – qui devrait être dirigée par l’ancien dirigeant de la coalition du Likud et allié clé de Netanyahu, Miki Zohar – devait avoir lieu ce lundi.

La commission des Arrangements, première commission de la Knesset à être formée après une élection, détermine quelles commissions parlementaires seront formées et qui y siégera.

Surtout, elle contrôle également l’ordre du jour du nouveau Parlement jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit formé.

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