Lapid : Je voterai avec Netanyahu pour empêcher Gantz d’être Premier ministre
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Lapid : Je voterai avec Netanyahu pour empêcher Gantz d’être Premier ministre

Le chef de Yesh Atid a dit que pour empêcher son ex-colistier de devenir Premier ministre, il joindrait ses forces à celles du chef du Likud pour renverser la loi sur la rotation

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Finances d'alors Yair Lapid au cours d'une conférence de presse au sujet de la réforme des ports israéliens à Jérusalem, le 3 juillet 2013 (Crédit :Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Finances d'alors Yair Lapid au cours d'une conférence de presse au sujet de la réforme des ports israéliens à Jérusalem, le 3 juillet 2013 (Crédit :Flash90)

Dans un coup de théâtre qui menace d’empêcher son ancien allié de devenir Premier ministre d’Israël, le leader de Yesh Atid-Telem Yair Lapid a promis lundi que son parti voterait avec Benjamin Netanyahu si le Premier ministre voulait annuler son accord de rotation avec Benny Gantz, qui est censé prendre effet 18 mois après le début de la coalition Netanyahu-Gantz. Lapid contribuerait ainsi à assurer la majorité nécessaire pour annuler la loi qui ancre l’accord de partage du pouvoir entre Netanyahu et Gantz, et faire tomber le gouvernement.

La promesse de Lapid a suscité une furieuse réaction du parti Kakhol lavan de Gantz, et une déclaration d’Avigdor Liberman d’Yisrael Beytenu selon laquelle, ce faisant, Lapid sauverait la peau politique de Netanyahu. Lapid a répondu que c’était plutôt Gantz qui sauvait Netanyahu en s’associant avec lui dans la nouvelle coalition, et que si, en fin de compte, « nous avons l’occasion de renverser le gouvernement, bien sûr nous le ferons ».

Gantz, ancien chef d’état-major de Tsahal, est entré en politique au début de l’année dernière et a formé une alliance avec Lapid et l’ancien ministre de la Défense du Likud, Moshe Yaalon. Leur parti Kakhol lavan a fait campagne lors de trois élections avec une promesse : celle de ne jamais siéger dans un gouvernement dirigé par Netanyahu tant qu’il sera confronté à des allégations de corruption.

Cependant, ayant échoué de peu à vaincre Netanyahu et ses alliés de droite et ultra-orthodoxes, Gantz a annoncé à la fin du mois dernier qu’il était prêt à rejoindre un gouvernement avec le chef du Likud malgré tout – afin de lutter contre la pandémie de coronavirus et de contribuer à protéger la démocratie israélienne. Il voulait le faire aux côtés de Lapid et de Yaalon, mais ils se sont opposés avec véhémence à cette initiative, et leur alliance s’est effondrée, Lapid étant maintenant prêt à diriger l’opposition à la Knesset.

Le 20 avril, Gantz a signé un accord de coalition avec Netanyahu pour former un gouvernement d’unité, le Premier ministre en exercice étant en poste pendant 18 mois et remettant ensuite les rênes à Gantz. La Knesset discute actuellement d’un certain nombre de modifications de la loi pour garantir que la rotation ait lieu et aussi que Netanyahu, sous inculpation pénale, ne soit pas légalement disqualifié de son poste de dirigeant…

Beaucoup ont spéculé sur le fait que Netanyahu ne respectera pas l’accord de rotation qui lui impose de céder le pouvoir à Gantz en octobre 2021. Gantz travaille donc avec le Likud pour faire passer un projet de loi ancrant le mécanisme nécessaire dans la loi, ce qui implique de modifier l’une des lois fondamentales quasi-constitutionnelles d’Israël.

Benny Gantz (à gauche), le dirigeant de Kakhol lavan, et Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, signent leur accord de gouvernement d’union, le 20 avril 2020. (GPO)

Afin d’empêcher Netanyahu de revenir plus tard sur cette loi avec une majorité simple de 61 membres du Parlement qui en compte 120 – ce qu’il serait en mesure de faire – le projet de loi stipule que son annulation nécessiterait une majorité spéciale de 75 députés.

Une modification aussi importante de la Loi fondamentale, qui affaiblit le pouvoir de la majorité simple de la Knesset, a été critiquée dans certains milieux comme portant atteinte à la démocratie.

C’est dans ce contexte que Lapid a lâché sa bombe anti-Gantz lundi. « Vous auriez pu estimer être couvert en adoptant cette loi (sur la rotation du Premier ministre) avec les votes de 61 députés, mais vous avez introduit une clause, parce que vous êtes très intelligents, qui dit qu’elle ne peut être annulée qu’avec les votes de 75 députés », a déclaré M. Lapid, s’adressant aux représentants de Kakhol lavan lors d’une discussion de la commission des Arrangements de la Knesset sur les modifications de la loi qui permettraient à l’accord de rotation d’aller de l’avant. Mais « si Bibi [Netanyahu] envisage d’annuler la rotation – et bien sûr, il ne voudra pas de rotation – il lui suffit de venir me voir et de me dire : « Nous voulons rétablir ces lois dans leur forme originale. Et je tiens à vous dire, à dire à cette commission, devant les caméras, que nous dirons oui ».

Lapid a déclaré qu’il accepterait d’annuler tous les changements de loi en cours de discussion, car « nous respectons la démocratie et ces lois terribles et embarrassantes doivent être annulées ».

M. Lapid a déclaré qu’il doutait que Netanyahu autorise de toute façon la rotation, affirmant que l’accord de coalition, dans lequel Gantz a essayé de s’assurer que Netanyahu lui cède finalement le poste de Premier ministre, « comporte plus de trous qu’un terrain de golf ».

Kakhol lavan a répondu à Lapid en lançant son propre avertissement.

« Si le jour où Gantz est censé entrer dans la résidence du Premier ministre de la rue Balfour et que Lapid entraîne Israël dans des élections avec Bibi, il ne franchira pas le seuil électoral », a déclaré le parti dans un communiqué.

Le leader du parti Yisrael Beytenu, Liberman, qui a salué le gouvernement Netanyahu-Gantz bien qu’il en ait été exclu, a attaqué Lapid et l’a accusé d’avoir dit qu’il « sauverait Netanyahu aux dépens de Gantz », ajoutant : « J’espère que cela a été dit en plaisantant ou pris hors contexte. »

Lapid a répondu sur Twitter : « je n’ai pas l’intention de sauver Bibi. Le seul à l’avoir sauvé est Benny Gantz. Si dans un an, après le coronavirus, nous avons l’occasion de renverser le gouvernement, bien sûr que nous le ferons ».

Lapid, ces derniers jours, a critiqué Gantz avec une virulence jadis réservée à Netanyahu, le qualifiant de « méprisable » et sa défection de « la plus grande tromperie de l’histoire du pays », et disant même qu’il était inapte à être Premier ministre.

« Le moment de vérité est arrivé, et ils se sont effondrés », a-t-il déclaré dimanche lors d’une conférence de presse diffusée en ligne, en faisant référence à Kakhol lavan. « Par conséquent, ils sont inaptes à diriger, et Benny Gantz est inapte à être Premier ministre. »

Yair Lapid s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Rabin de Tel Aviv, le 19 avril 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La semaine dernière, Lapid a accusé Gantz d’avoir commis « le pire acte de tromperie de l’histoire de ce pays » en s’alliant à Netanyahu.

Il a affirmé que cette décision signifiait que diverses allégations de corruption contre Netanyahu ne seraient plus jamais examinées, que la démocratie israélienne et l’État de droit seraient encore plus minés, et que Gantz avait capitulé devant la coercition des ultra-orthodoxes et était coupable de nombreux autres actes de trahison et d’hypocrisie.

Il s’est engagé à combattre la coalition « à la Knesset, dans les tribunaux, dans les rues et sur les places ».

Lapid s’est également excusé « auprès de toutes les personnes que j’ai convaincues de voter pour Benny Gantz et Kakhol lavan l’année dernière ». Je ne pensais pas qu’ils allaient voler votre vote et le donner à Netanyahu, qu’ils allaient utiliser votre vote pour former le cinquième gouvernement de Netanyahu ».

Et il a prédit que le gouvernement naissant ne durerait pas longtemps. « Quand quelque chose est construit sur des fondations tortueuses, il s’effondre. Ce gouvernement va s’effondrer, plus tôt que vous ne le pensez », a déclaré M. Lapid. « Je sais ce qu’ils pensent les uns des autres. Ils ne survivront pas les uns aux autres. Et c’est une bonne chose. Israël mérite mieux qu’un gouvernement corrompu qui a volé leur vote. »

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