Lapid : Pas de stabilité régionale tant que l’Iran est en Syrie
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Lapid : Pas de stabilité régionale tant que l’Iran est en Syrie

Le chef de l'opposition soutient largement la position du gouvernement sur l'Iran, mais prétend qu'il serait mieux de rallier les États-Unis aux objectifs d'Israël

Le député Yair Lapid dirige une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset, le 8 janvier 2018. (Miriam Alster / Flash90)
Le député Yair Lapid dirige une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset, le 8 janvier 2018. (Miriam Alster / Flash90)

Il n’y aura pas de stabilité en Syrie tant que l’Iran tentera de se renforcer militairement dans ce pays déchiré par la guerre, selon le député Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid.

Dans une récente interview accordée au Times of Israel en perse, le député de l’opposition a largement soutenu la position du gouvernement sur l’Iran, déclarant qu’Israël continuera d’agir pour empêcher la République islamique d’établir des installations militaires en Syrie et d’appeler à des changements dans l’accord nucléaire iranien.

Lapid a cependant déclaré que Jérusalem devrait faire plus activement pression sur l’administration américaine pour contrer l’influence grandissante de l’Iran dans la région, affirmant qu’il ferait un meilleur travail que le Premier ministre actuel.

« Israël ne peut pas tolérer la présence militaire iranienne, à seulement quelques kilomètres de notre frontière. Et bien sûr, nous ne pouvons tolérer l’idée d’une base aérienne ou d’une base navale en Syrie », a ajouté M. Lapid.

Si les Iraniens le pouvaient, ils auraient déjà un quai au port de Tartous, sur la Méditerranée, a-t-il dit. « Et alors ? Vous auriez des sous-marins iraniens avec des sous-marins israéliens, dans la même eau. Ce serait une configuration désastreuse ».

Et d’ajouter : « Tous les acteurs impliqués doivent savoir que nous sommes libres de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher la présence iranienne permanente en Syrie. Et ce n’est pas une menace, c’est une réalité vitale. Donc, ceux parmi les acteurs – surtout les Russes, mais aussi le régime Assad – qui s’intéressent à la stabilité en Syrie doivent savoir que tant qu’il y aura des forces iraniennes sur le terrain en Syrie, il n’y aura aucune stabilité. »

Le chef des forces armées iraniennes, le général de division Mohammad Bagheri, à gauche, avec le général Fahd al-Freij, à droite, ministre syrien de la Défense, au ministère de la Défense de Damas, le 18 octobre 2017. (Crédit : STRINGER/AFP)

Il n’y aura pas de « réelle opportunité pour la réhabilitation de la Syrie » aussi longtemps que les forces militaires iraniennes seront dans le pays, a indiqué M. Lapid.

« C’est pourquoi les Iraniens, à travers le Hezbollah, ont commis de nombreux actes de terreur contre Israël. C’est leur politique affichée, et personne ne doit s’attendre à ce que nous restions les bras croisés face à leur tentative de créer de nouveaux outils pour l’expansion de leur terreur. »

Israël aurait prétendument attaqué plusieurs fois des usines d’armement et des convois d’armes en Syrie et au Liban au cours des derniers mois. Mardi matin, l’armée syrienne a déclaré qu’Israël avait mené une série de trois frappes aériennes sur une base à al-Qutayfah, au nord-est de Damas. Les médias de l’opposition syrienne ont rapporté que la base était utilisée pour stocker des armes, en particulier des missiles à longue portée.

L’armée israélienne n’a pas commenté l’attaque.

« Nous avons une politique de longue date pour empêcher le transfert d’armes révolutionnaires au Hezbollah depuis le territoire syrien », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, répondant à la question d’un journaliste sur l’attaque présumée. « Cette politique n’a pas changé. Nous l’appliquons si nécessaire par l’action. »

Une image satellite montrant les résultats d’une frappe aérienne israélienne présumée sur une base iranienne qui aurait été installée à l’extérieur de Damas, à partir du 4 décembre 2017. (ImageSat International ISI)

Plus tôt cette semaine, il a été signalé que le cabinet de sécurité de haut niveau avait organisé une série de réunions « extrêmement importantes » sur les menaces provenant de la frontière nord.

« Le Moyen-Orient est en feu autour de nous, et ce qui nous préoccupe le plus, ce sont les efforts iraniens pour établir des bases militaires en Syrie », a déclaré le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz.

« Le Premier ministre dirige une campagne à multiples facettes pour mettre un terme à cet enracinement », a déclaré Steinitz, refusant de commenter spécifiquement le contenu des réunions.

Le gouvernement de Netanyahu « mène des opérations diplomatiques, de renseignement et de sécurité » pour empêcher la Syrie de « devenir une base militaire iranienne », a déclaré M. Steinitz. « C’est un processus qui prendra quelques années, mais nous sommes déterminés à l’empêcher. »

Lapid, s’adressant au Times of Israel en perse depuis son bureau à la Knesset, a déclaré qu’Israël considère Téhéran comme responsable des actions du Hezbollah, une milice libanaise financée par et soumise à la République islamique.

« Non seulement l’Iran est tenu responsable de ce que fait le Hezbollah, mais si l’Iran est dans les parages, il doit savoir que cette responsabilité pourrait être immédiate », a-t-il ajouté.

Un char du groupe terroriste du Hezbollah est aperçu dans la région de Qara dans la région de Qalamoun en Syrie, le 28 août 2017 (Crédit : AFP / Louai Beshara)

Israël doit améliorer ses efforts pour rallier Washington dans sa lutte contre la volonté hégémonique de l’Iran dans la région, a-t-il insisté.

« Le fait que [le secrétaire américain à la Défense James] Mattis ait dit que les Etats-Unis n’ont pas de politique anti-iranienne en Syrie est quelque chose dont nous devons discuter avec l’administration », a déclaré Lapid, candidat au poste de Premier ministre.

« L’amitié que nous avons avec cette administration est un atout précieux. Mais les bonnes relations ne sont pas une fin en soi, c’est quelque chose qu’il faut pouvoir utiliser si nécessaire. Je pense qu’il pourrait y avoir une meilleure utilisation de cet atout pour discuter de ce qui se passe en Syrie. »

S’il était Premier ministre, Lapid engagerait un « dialogue très profond » avec la Maison Blanche, le Département d’Etat et le Département de la Défense pour s’assurer que Washington et Jérusalem soient sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la présence de l’Iran en Syrie.

« En ce moment, pour diverses raisons, le gouvernement israélien fait tellement attention de ne pas avoir de malentendu avec l’administration actuelle, que le dialogue n’a évidemment pas de résultats suffisants. Cela doit être changé. Et je crois que, si Dieu et l’électeur israélien me le permettent, je serai capable de faire un meilleur travail dans ce domaine. »

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, les ministres des Affaires étrangères britannique Philip Hammond, russe Sergueï Lavrov, allemand Frank-Walter Steinmeier, français Laurent Fabius, chinois Wang Yi, la secrétaire générale de l’UE pour le Service d’action extérieure, Helga Schmid, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l’ambassadeur d’Iran à l’AIEA, Ali Akbar Salehi, pendant les négociations sur le programme nucléaire iranien, à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

Lapid a déclaré qu’il était impossible à ce stade d’annuler l’accord nucléaire historique de 2015 que six puissances mondiales ont conclu avec l’Iran, mais a appelé à l’améliorer.

« Personne ne parle plus d’annuler l’accord nucléaire, pas même le Premier ministre Netanyahu, qui est le plus grand défenseur, peut-être à part moi, de l’annulation de l’accord », a déclaré Lapid. « Je pense que tout le monde comprend maintenant que nous sommes au-delà du point de non-retour. »

La Russie, la Chine et les signataires européens n’accepteront jamais d’annuler l’accord, a-t-il avancé.

« Il faut donc mettre l’accent sur la partie essentielle », a-t-il dit, ajoutant qu’Israël et les Etats-Unis devraient tenter « d’inclure dans l’accord » les programmes de missiles balistiques de l’Iran et son parrainage du terrorisme. Même si Téhéran dit qu’il n’acceptera aucun changement, Lapid a insisté sur le fait qu’il était possible de renégocier les termes de l’accord.

« Les Iraniens tiennent bon, a priori, mais ils ont connu quelques mésaventures », a-t-il déclaré. « Et vous pouvez utiliser ça pour dire : « Si vous ne pouvez pas remplir l’accord tel qu’il est, alors nous avons quelques nouvelles demandes. C’est une façon très moyen-orientale de gérer les choses. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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