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Lapid approuve la vente de Bazan, la plus grande raffinerie de pétrole d’Israël

La vente n'a pas été conditionnée à la fermeture de Bazan dans un délai de dix ans, pourtant votée par le gouvernement prise en mars et malgré les pressions exercées

Vue des raffineries de pétrole de Haïfa et d'autres zones industrielles, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)
Vue des raffineries de pétrole de Haïfa et d'autres zones industrielles, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Le Premier ministre Yair Lapid a approuvé mardi l’offre d’Israël Petrochemical Enterprises pour acquérir le contrôle total de Bazan, la plus grande raffinerie de pétrole d’Israël.

L’approbation du gouvernement pour le rachat était nécessaire car les raffineries de pétrole sont définies comme une industrie essentielle.

Il ne conditionne pas la vente à la fermeture de Bazan dans un délai de dix ans, pourtant votée par le gouvernement en mars dernier et malgré les pressions exercées par la ministre de la protection de l’environnement, Tamar Zandberg, des législateurs tels qu’Alon Tal, et des groupes environnementaux.

Mais un courrier adressé à la Bourse de Tel Aviv a indiqué que les nouveaux propriétaires uniques de Bazan – David Federman, Jacob Gottenstein, Alex Passal et Adi Federman – avaient informé Lapid de leur engagement à coopérer pleinement avec les autorités compétentes pour mettre en œuvre la décision du gouvernement de développer et de faire progresser la baie de Haïfa, ce qui inclurait la mise en place d’une équipe chargée de négocier la fermeture de Bazan et les compensations nécessaires.

À la grande déception des groupes de défense de l’environnement, cette décision ne prévoyait ni calendrier détaillé ni budget pour le réaménagement de cette zone de la baie de Haïfa.

Le vote lié à la fermeture a fait suite à des années de campagne menée par les résidents de Haïfa, soutenus par les militants écologistes, en raison de l’importante pollution atmosphérique et de l’incidence supérieure à la moyenne des cancers et des maladies respiratoires dans la ville de la baie.

Les ministères des Finances et de l’Énergie avaient déjà approuvé la vente.

Lundi, le tribunal de district de Tel Aviv avait donné son feu vert à un plan connexe de restructuration de la dette d’Israël Petrochemical Enterprises, qui coûtera au public 1 milliard de shekels en pertes de recettes nationales. La validation de l’accord controversé permettant à la société pétrochimique de prendre le contrôle de la plus grande raffinerie de pétrole d’Israël reposait alors sur les seules épaules du Premier ministre Yair Lapid.

Les parlementaires à la Knesset avaient fait pression sur Lapid pour que la vente des parts de la famille Ofer dans les raffineries de pétrole de Bazan, dans le nord d’Israël, à Israel Petrochemical Enterprises Ltd. soit conditionnée à la fermeture du complexe dans un délai de dix ans, conformément à la décision prise par le gouvernement en mars dernier.

Dans une lettre, le député Alon Tal (Kakhol lavan) a demandé à Lapid de clairement soumettre la vente de Bazan à la condition de sa fermeture dans un délai de dix ans et à un engagement écrit de l’acheteur à respecter cette condition et de ne pas étendre ses activités polluantes.

Il a également demandé à Lapid d’user de son autorité pour s’assurer que la population ne soit pas lésée par la restructuration de la dette conclue au profit de l’acheteur, Israel Petrochemical Enterprises Ltd.

Plans pour une nouvelle baie d’innovation dans le nord de la ville de Haïfa après le retrait de l’industrie polluante de la raffinerie de pétrole, 29 juin 2020. (Crédit : Capture d’écran/Commission des affaires Intérieures et de l’Environnement de la Knesset)

Israel Petrochemicals, qui détient 15 % des actions de la raffinerie de pétrole de Bazan – suffisamment pour en devenir copropriétaire – a utilisé son droit de refus pour mettre son veto à une offre antérieure de Bazan par le groupe de promoteurs immobiliers Hagag.

Hagag avait de toute évidence perçu le potentiel d’un plan de développement visant à remplacer les entreprises pétrochimiques par des projets d’infrastructure, résidentiels et de transport à grande échelle dans la région, pour un montant de plusieurs milliards de shekels.

Mais pour acheter la propriété exclusive de Bazan, Israel Petrochemicals – qui n’existe que grâce à son contrôle partagé du conglomérat de raffinage – avait besoin de liquidités, car elle était ruinée. Elle avait en effet plus de dettes que d’actifs.

Plus de la moitié de ses obligations sont détenues par des investisseurs institutionnels tels que des banques, des sociétés d’épargne et d’assurance et des fonds de pension, qui gèrent et investissent tous l’argent de la population.

La société a demandé – et obtenu – l’accord des représentants de ces institutions pour renoncer à environ un milliard de shekels de dettes, et cet accord a été approuvé par le tribunal de district de Tel Aviv lundi. Les motifs du tribunal n’ont pas encore été rendus publics.

Connues sous le nom de haircuts ou « décotes », la restructuration de la dette s’applique aux situations où une société ne peut pas faire face à ses dettes et où les détenteurs d’obligations estiment qu’un accord est probablement le meilleur arrangement qu’ils puissent obtenir.

De droite à gauche : Yaniv Hirsch, Amit Rachmani (Unité des indices, Bourse de Tel-Aviv) ; Roni Neumann (Home Guardians) ; Roy Mimran (Président, Israel Forum for Pension Savings) ; Orly Aharoni, (Présidente, Comité de l’indice des investissements climatiques du Clean Money Forum) ; Oren Kaplun (Fossil Free Israel). (Crédit : Sivan Farag)

Orly Aharoni, experte juridique en réglementation, qui dirige le Clean Money Forum, a déclaré que la décision du tribunal ajoutait l’insulte à l’injure.

« Cet (accord) ne concerne pas l’immobilier ou la haute technologie, il s’agit de continuer à polluer », a-t-elle déclaré. « Parfois, on autorise la restructuration de la dette d’une entreprise qui a des activités bénéfiques mais qui connaît des temps difficiles. Ici, le danger est qu’ils continuent à polluer la zone et s’opposent à toute évacuation, et l’autre chose est qu’un milliard de shekels de fonds publics ont été jetés par les fenêtres à cause de cela. »

« C’est une industrie qui cause tant de dommages à la santé de la population, tant de pollution de l’air et du sol. »

L’offre de Hagag portait au moins l’espoir d’un avenir meilleur, alors que la pétrochimie appartient au passé, a-t-elle ajouté.

La restructuration de la dette a été approuvée lundi après que le juge a rejeté une requête contre cette vente introduite par les autorités locales de la région de Haïfa.

Sarit Golan, avocate de ces autorités, s’est fait l’écho de l’appel de Tal pour que la vente soit conditionnée à la fermeture de Bazan.

Le député de Kakhol lavan Alon Tal. (Crédit : Elad Malka)

Israel Petrochemical Enterprises Ltd. a par ailleurs réussi à lever des fonds auprès de nouveaux partenaires, dont Yona Fogel.

La société de Fogel fait partie de MED-RED Land Bridge, une co-entreprise israélo-émirats arabes unis qui a signé avec la société publique israélienne Europe Asia Pipeline Company pour acheminer le pétrole du Golfe par voie terrestre à travers Israël, d’Eilat sur la mer Rouge à Ashkelon sur la Méditerranée.

Cet accord très controversé a été gelé pour l’instant par le ministère de l’Environnement.

On a appris dimanche que, malgré la décision prise par le cabinet en mars, le ministre des Finances Avigdor Liberman et la ministre de l’Énergie Karine Elharrar avaient donné leur aval au rachat de Bazan par Israel Petrochemicals.

Tal a écrit à Lapid jeudi, dans une lettre qu’il a publiée sur Facebook dimanche, que l’autorisation de la restructuration de la dette ne ferait que renforcer les investissements dans une industrie polluante qui, à l’ère du changement climatique alimenté par les émissions de combustibles fossiles, devrait être reléguée au passé.

« Si une décote est approuvée, en échange d’actions… cela encouragera à maximiser la valeur des actions en développant l’opération de raffinage. Ce type de développement est totalement contraire aux objectifs de la décision gouvernementale 1232 du 2022…. de fermer les usines pétrochimiques et chimiques de la baie de Haïfa », écrit Tal.

Vue des raffineries de pétrole dans la baie de Haïfa, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Tal a assisté à l’audience de lundi, avec la députée travailliste Naama Lazimi, une résidente de Haïfa. Elle a déclaré : « Il est impossible d’ignorer la décision et l’intention du gouvernement d’éliminer les polluants en une décennie. Lapid doit leur faire comprendre (aux acheteurs) qu’ils doivent évacuer. C’est ce qui doit être fait, c’est pour cela que je suis ici. C’est ma maison. »

Omer Shavit, du site jumeau du Times of Israel, Zman Israel, a contribué à cet article.

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