Lapid/témoignage contre Netanyahu : « J’ai agi comme un citoyen soumis à la loi »
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Yesh Atid, "la dernière barrière contre la corruption"

Lapid/témoignage contre Netanyahu : « J’ai agi comme un citoyen soumis à la loi »

Le chef de Yesh Atid a expliqué avoir refusé, lorsqu'il était ministre des Finances, d'adopter un amendement fiscal pour venir en aide aux associés du Premier ministre

Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, dirige une réunion de sa faction à la Knesset, le 1er janvier 2018 (Miriam Alster / Flash90)
Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, dirige une réunion de sa faction à la Knesset, le 1er janvier 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Dans un contexte de tensions politiques au moment où la police vient de recommander l’inculpation du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans des affaires de corruption, le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid — qui aurait été l’un des témoins essentiels dans l’un des dossiers contre le Premier ministre – a expliqué et confirmé son témoignage mardi soir, soulignant que son parti avait servi de « dernière barrière » contre la corruption gouvernementale.

Selon des informations parues dans les médias mardi soir, Lapid — ancien ministre des Finances sous Netanyahu et dorénavant son adversaire politique – aurait fourni à la police des preuves déterminantes attestant que le Premier ministre aurait exercé des pressions pour élargir une loi, une modification qui lui permettait d’accorder à ses bienfaiteurs des millions de dollars de réduction fiscales.

Dans une déclaration sur le dossier devenu dorénavant connu sous le nom d’Affaire 1 000, la police a indiqué qu’en échange des cadeaux offerts par le magnat israélien de Hollywood Arnon Milchan et d’autres, Netanyahu aurait cherché à faire adopter une législation visant à prolonger de dix années supplémentaires une exemption fiscale sur les revenus gagnés à l’étranger pour les Israéliens revenant dans le pays – ce qui aurait pu permettre à Milchan d’économiser des millions de dollars.

« La police m’a contacté et m’a demandé de témoigner sur la période que j’ai passé au ministère des Finances. Comme n’importe quel citoyen soumis à la loi, j’ai apporté un court témoignage consacré à la tentative d’extension de la ‘loi Milchan’ (sur l’exemption des impôts) à 20 ans », a dit Lapid.

« Je veux souligner que malgré toutes les pressions, j’ai refusé de faire passer cette loi », a-t-il ajouté.

« Dans cet exemple comme dans d’autres, Yesh Atid a été la dernière barrière contre la corruption gouvernementale face à des politiciens qui ne se préoccupaient que d’eux-mêmes et de leur bien-être ».

La chaîne Hadashot a expliqué que Lapid avait témoigné du fait que Netanyahu lui avait demandé – alors qu’il occupait le poste des Finances – s’il avait discuté de l’amendement avec Milchan.

Lorsque Lapid lui avait dit que c’était le cas mais qu’il avait des réserves sur la législation, Netanyahu avait répondu qu’il pensait que c’était une « bonne loi », a indiqué le reportage.

La chaîne a ajouté que cet épisode entre Netanyahu, Lapid et Milchan a été l’un des éléments déterminants dans l’affaire dans la mesure où il avait révélé que le Premier ministre avait tenté d’intervenir dans une législation pour avantager financièrement Milchan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son épouse Sara (au centre) et leur fils Yair aux côtés de l’actrice Kate Hudson lors d’un événement organisé au domicile du producteur Arnon Milchan (à droite), le 6 mars 2014 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Répondant de manière plus générale aux recommandations policières, Lapid a dit : « Même si la lettre de la loi n’oblige pas le Premier ministre à démissionner, dans un pays qui se respecte, une personne visée par des accusations d’une telle gravité … ne peut continuer à servir au poste de Premier ministre ».

« Il n’est pas possible de gérer un pays alors que vous êtes en lutte contre de tels soupçons ».

Les ministres du gouvernement ont attaqué mardi le rôle déterminant joué par Lapid dans l’affaire contre Netanyahu.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin a déclaré qu’il est « scandaleux que le témoin clé contre le Premier ministre se trouve être le politicien Yair Lapid, qui, depuis des années, cherche à le remplacer ».

La ministre de la Culture Miri Regev a expliqué que Lapid « a décidé de rejoindre le clan des adeptes du couperet » qui ont manifesté contre le Premier ministre à Tel Aviv « de manière à essayer de renverser Netanyahu en utilisant des moyens qui ne sont pas démocratiques ».

Le chef de la coalition David Amsalem l’a pour sa part qualifié de « répugnant ».

Le ministre israélien du Tourisme Yariv Levin, à droite, lors d’une réunion du comité de la Knesset de Jérusalem le 6 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Néanmoins, Mickey Levy, ancien haut-responsable de la police et actuellement député dans le parti de Lapid, a estimé que ce dernier se trouvait dans l’obligation d’apporter son témoignage si la police l’exigeait. « Ne pas témoigner aurait été illégal », a-t-il expliqué.

Netanyahu lui-même a qualifié les recommandations policières de diffamatoires, « non fondées » et « scandaleuses ».

Les recommandations émises par la police se trouvent dorénavant entre les mains du procureur-général Avichai Mandelblit, qui devra décider d’une éventuelle inculpation de Netanyahu.

La police a rendu ses recommandations mardi concernant les deux longues affaires de corruption qui touchent le Premier ministre, connues sous le nom d’Affaire 1 000 et d’Affaire 2 000.

Dans l’Affaire 1 000, Benjamin Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin de la part de riches personnalités comme Arnon Milchan, producteur israélien à Hollywood.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

Au total, le Premier ministre aurait accumulé plus d’un million de shekels en cadeaux illicites. Il dément pour sa part toute malversation.

Raoul Wootliff et Alexander Fulbright ont contribué à cet article.

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