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L’Arabie saoudite et le Bahrein affirment viser la neutralité carbone d’ici 2060

Le royaume saoudien, l'un des plus grands pollueurs au monde, a aussi assuré qu'il participerait aux efforts internationaux pour réduire les émissions mondiales de méthane

Drapeau de l'Arabie saoudite (Crédit : Wikimedia commons)
Drapeau de l'Arabie saoudite (Crédit : Wikimedia commons)

Premier exportateur de pétrole brut au monde, l’Arabie saoudite a annoncé samedi viser la neutralité carbone d’ici 2060, à quelques jours de l’ouverture de la conférence internationale sur le climat (COP26) en Ecosse. Mais cet engagement doit aller de pair avec un plan d’élimination progressive des énergies fossiles, mettent en garde des experts.

Le royaume saoudien, l’un des plus grands pollueurs au monde, a aussi assuré qu’il participerait aux efforts internationaux pour réduire les émissions mondiales de méthane – parmi les gaz à effet de serre les plus connus – de 30 % d’ici à 2030.

Selon les Nations unies, plus de 130 pays se sont fixé ou envisagent de se fixer pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre à un niveau net de zéro d’ici à 2050, un objectif que l’ONU juge « impératif » pour préserver un climat vivable.

« J’annonce aujourd’hui l’objectif zéro émission de l’Arabie saoudite d’ici à 2060 grâce à une stratégie d’économie circulaire du carbone », qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement, a déclaré le prince héritier Mohammed ben Salmane dans une allocution au forum « Saudi Green Initiative », qui s’achèvera dimanche à Ryad.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen)

« Je suis heureux de lancer des initiatives dans le secteur de l’énergie qui réduiront les émissions annuelles de carbone de 278 millions de tonnes d’ici 2030, soit plus du double de l’objectif précédemment annoncé », a-t-il ajouté sans donner trop de détails.

Ces objectifs « vont nous permettre d’assurer une transition (énergétique) durable », a de son côté affirmé le ministre saoudien de l’Energie Abdelaziz ben Salmane.

Pour l’organisation écologiste Greenpeace, le moment de l’annonce samedi du prince héritier Mohammed ben Salmane a été minutieusement choisi. « Nous doutons du sérieux de cette annonce (de samedi), car dans le même temps le royaume a l’intention d’accroître sa production de pétrole », a indiqué à l’AFP Ahmad al-Droubi, un responsable pour la région Afrique du Nord et Moyen-Orient à Greenpeace. L’annonce « semblerait être simplement une manœuvre stratégique afin d’atténuer la pression politique en amont de la COP26 », a-t-il poursuivi.

« L’Arabie saoudite devra faire un grand effort en ce qui concerne (…) la décarbonisation du secteur de l’énergie », a déclaré à l’AFP Ben Cahill, du Centre pour les études stratégiques et internationales. « La combustion directe du pétrole brut dans la production d’énergie devra être progressivement éliminée et les énergies renouvelables devront progressivement remplacer le gaz », a-t-il ajouté.

Lors de son annonce samedi, le prince héritier a par ailleurs déclaré vouloir investir dans des « nouvelles sources d’énergie, dont l’hydrogène ». Mais pour Ahmad al-Droubi, l’hydrogène « conserve le statu quo de la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles », nécessaires à sa production. Le royaume devrait « en priorité éliminer progressivement les énergies fossiles et les remplacer par des énergies renouvelables », a-t-il poursuivi.

Le 8 octobre, les Emirats arabes unis, riche pays du Golfe allié à l’Arabie saoudite, avait annoncé viser la neutralité carbone d’ici 2050.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a averti vendredi que la situation climatique actuelle était « un aller simple vers un désastre » et souligné la nécessité d' »éviter un échec » lors de la COP26 à Glasgow, du 31 octobre au 12 novembre.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres assiste à une conférence de presse conjointe avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la suite des pourparlers à Moscou, en Russie, le mercredi 12 mai 2021. (Maxim Shemetov, Pool via AP)

Sur Twitter, le président de la COP26, le Britannique Alok Sharma, a qualifié d’ « historique » l’annonce de l’Arabie saoudite et émis l’espoir « qu’elle encouragera les efforts d’autres pays ».

La neutralité carbone consiste pour un pays à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, qu’il ne peut en absorber via par exemple des plantations d’arbres ou des technologies de capture de CO2 directement dans l’atmosphère.

En mars, Ryad avait dévoilé une vaste campagne pour réduire ses émissions, notamment un plan visant à planter des milliards d’arbres au cours des prochaines décennies. Et le prince héritier a affirmé samedi que son pays comptait planter dans un premier temps plus de 450 millions d’arbres.

Lobbying

Le Programme des Nations unies pour l’Environnement notait néanmoins récemment dans un rapport que malgré les engagements à réduire les émissions de gaz à effet de serre, les plans de production de charbon, de pétrole et de gaz étaient toujours largement incompatibles avec les objectifs de l’accord sur le climat de 2015 qui vise à limiter le réchauffement climatique.

Selon la BBC, par ailleurs, une importante fuite de documents montre que plusieurs pays comme l’Arabie saoudite ou le Japon ont demandé aux Nations unies de minimiser la nécessité de s’éloigner rapidement des énergies fossiles.

Ces pays estiment, selon ces documents, que le monde n’a pas besoin de les réduire aussi rapidement que le préconise le projet de rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Cheville ouvrière de l’Opep, l’Arabie saoudite affirme vouloir produire la moitié de son énergie à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Un réservoir de pétrole d’Aramco endommagé après un tir de missile Houthis, à Jeddah, le 24 novembre 2020. (Crédit : Fayez Nureldine / AFP)

Pays relativement important en terme de carbone, elle émet de l’ordre de 600 millions de tonnes de CO2 par an, davantage que la France mais un peu moins que l’Allemagne (800 millions de tonnes).

De son côté, le géant de l’énergie Saudi Aramco, qui fait l’objet d’un examen minutieux de la part des investisseurs sur ses émissions, s’est engagé samedi à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Au tour de Manama

Le royaume du Bahreïn a annoncé dimanche viser la neutralité carbone d’ici 2060, au lendemain d’une annonce identique de l’Arabie saoudite voisine et à quelques jours de l’ouverture de la conférence internationale sur le climat (COP26) en Ecosse.

Le royaume du Bahreïn « vise à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, afin de faire face aux défis poser par le changement climatique et afin de protéger l’environnement », selon l’agence officielle de ce petit pays du Golfe.

Le Bahreïn construira une « économie circulaire du carbone » et compensera ses émissions notamment en capturant le carbone et en plantant des arbres.

Bahreïn est le premier pays arabe du Golfe à avoir produit du pétrole en 1932, mais le pays est le moins riche des monarchies pétrolières du Golfe, ses réserves de brut s’étant pratiquement taries.

Le royaume, qui n’est pas membre de l’Opep, n’exporte pas de pétrole brut, mais uniquement des produits raffinés.

Il produit néanmoins 200 000 barils par jour, qui comptent pour 80 % de ses revenus.

En 2008, le Bahreïn avait annoncé la découverte de plus de 80 milliards de barils de pétrole de schiste.

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