L’Arabie saoudite annonce de grands projets dans le divertissement
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L’Arabie saoudite annonce de grands projets dans le divertissement

Les Saoudiens dépensent chaque année des milliards de dollars pour aller voir des films et visiter des parcs de loisirs dans les centres touristiques voisins de Dubaï ou Bahreïn

Riyad, en Arabie saoudite. Illustration. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Riyad, en Arabie saoudite. Illustration. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’Arabie saoudite, qui applique une version rigoriste de l’islam, a annoncé jeudi son intention d’investir 64 milliards de dollars dans le divertissement avec des projets de construction de cinémas et d’un opéra, ainsi que de concerts d’artistes occidentaux.

Lors d’une présentation à Ryad, le président de l’Autorité générale du divertissement dans le royaume ultraconservateur, Ahmad ben Aqil al-Khatib, a précisé que les 64 milliards de dollars (environ 52 mds d’euros) seraient investis sur une période de dix ans et que l’argent proviendrait à la fois de l’Etat et du secteur privé.

« Nous bâtissons déjà l’infrastructure » nécessaire et la construction d’un opéra fait partie de ces projets, a-t-il ajouté.

Plus de 5.000 événements culturels sont prévus cette année, selon M. Khatib. Derrière lui, un écran projette au même moment les noms d’artistes ou groupes internationaux comme Andrea Bocelli, Maroon 5 ou encore le Cirque du Soleil.

« Vous verrez un véritable changement d’ici 2020 », a assuré ce responsable saoudien, précisant que des centaines d’entreprises se positionnaient, notamment dans la construction.

Faisal Bafrat, autre responsable de l’Autorité du divertissement, a indiqué que le secteur avait déjà connu des développements exceptionnels en 2017 avec l’organisation de plus de 2.000 événements culturels ayant impliqué 100.000 volontaires et quelque 150 petites et moyennes entreprises.

L’Arabie saoudite a engagé de vastes réformes depuis la présentation en 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane, 32 ans, d’un plan ambitieux appelé « Vision 2030 » pour diversifier l’économie encore trop dépendante du pétrole.

Le président américain Donald Trump et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est aussi ministre de la Défense, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Dans l’autre sens

Les conséquences sont sociales et sociétales avec notamment une participation croissante des femmes à la vie publique et l’ouverture de ce royaume jusqu’ici fermé à la culture occidentale.

Des Saoudiens dépensent chaque année des milliards de dollars pour aller voir des films et visiter des parcs de loisirs dans les centres touristiques voisins de Dubaï ou Bahreïn, petit pays accessible par un pont.

Jeudi, M. Khatib a promis d’inverser la tendance : « je suis allé à Bahreïn. Pour le pont, ça va aller dans l’autre sens ».

L’objectif est de faire en sorte que les Saoudiens –la moitié de la population a moins de 25 ans– dépensent leur argent dans le royaume et cela s’inscrit dans une campagne plus vaste appelée « Ne voyagez pas » à l’étranger.

De grands changements sont déjà perceptibles depuis la fin de l’année dernière, avec des concerts organisés pour le rappeur Nelly, le chanteur de raï Cheb Khaled et l’artiste libanaise Hiba Tawaji.

Les autorités ont annoncé que les premières salles de cinéma rouvriraient en mars et que les femmes seraient autorisées à conduire en juin.

Une Saoudienne dans un salon automobile pour femmes à Jeddah, en Arabie Saoudite, le 11 janvier 2018 (Crédit : AFP / Amer Hilabi)

Ces dernières font cependant encore l’objet de nombreuses restrictions, comme l’obligation de porter une abaya en public ou d’obtenir l’accord d’un tuteur masculin pour voyager ou faire des études.

En septembre dernier, la célébration de la fête nationale a donné lieu à des danses dans les rues, parfois sur de la musique électronique, et, en janvier, les femmes ont pu pour la première fois assister à un match de football dans un stade.

Austérité

Les annonces de jeudi sont intervenues alors que l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, fait face depuis près de quatre ans à de sérieuses difficultés économiques.

L’année 2014 a marqué un tournant avec la chute des prix du brut et le gouvernement saoudien présente depuis des budgets en déficit. Il a été contraint de puiser quelque 250 milliards de dollars dans ses réserves au cours des quatre dernières années.

Le 1er janvier, les autorités ont imposé un quasi-doublement des prix des carburants, une taxe à la valeur ajoutée (TVA) à 5 % et une réduction de subventions gouvernementales, afin de dynamiser les revenus non-pétroliers.

Ces mesures d’austérité sont mal acceptées par certains Saoudiens, longtemps habitués aux avantages de l’Etat-providence.

Les îles de Tiran (premier plan) et Sanafir (arrière plan) en mer Rouge, dans le détroit de Tiran entre la péninsule du Sinaï égyptienne et l’Arabie saoudite. (Crédit : Stringer/AFP/Getty Images, via JTA)

Outre le divertissement, l’Arabie saoudite a annoncé de grands projets dans le domaine touristique, notamment un plan d’envergure qui consiste à transformer une cinquantaine d’îles de la mer Rouge en stations balnéaires de luxe.

L’entrepreneur milliardaire britannique Richard Branson s’est montré disposé à investir dans ce secteur.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a été applaudi en Occident pour les réformes qu’il a engagées mais des organisations de défense des droits de l’Homme se sont en même temps inquiétées de son « autoritarisme » qui s’est manifesté fin 2017 avec deux vagues d’arrestation.

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