L’armée débaptise une promo de Saint-Cyr du nom d’un résistant antisémite
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L’armée débaptise une promo de Saint-Cyr du nom d’un résistant antisémite

Héros des deux guerres mondiales, résistant, déporté à Mauthausen, le général Loustaunau-Lacau a aussi été un antisémite

Affaibli et émacié après sa déportation au camp de Mauthausen, Georges Loustaunau-Lacau témoigne au procès de Philippe Pétain en 1945 (domaine public)
Affaibli et émacié après sa déportation au camp de Mauthausen, Georges Loustaunau-Lacau témoigne au procès de Philippe Pétain en 1945 (domaine public)

L’armée de Terre a décidé de renommer la promotion 2016-2019 de la prestigieuse École Spéciale Militaire de Saint-Cyr – qui forme ses futurs officiers supérieurs – baptisée jusqu’ici « général Loustaunau-Lacau », héros des deux guerres mondiales et notoirement antisémite.

« Le chef d’état-major des armées et l’armée de Terre, en concertation avec la ministre des Armées, ont décidé de ne plus utiliser ce nom de promotion », a expliqué à l’AFP le porte-parole de l’armée de Terre, le colonel Benoît Brulon.

Il sera engagé avec les élèves de la promotion concernée un « parcours de mémoire » au terme duquel un nouveau nom de parrain sera choisi, a-t-il précisé.

« Saint-cyrien, héros des deux guerres mondiales, résistant, déporté à Mauthausen et député à l’Assemblée nationale dans les années 1950, Georges Loustaunau-Lacau est une figure militaire dont les faits d’armes (…) avaient alors justifié le choix des différentes autorités », fait valoir l’armée dans un communiqué.

Mais « les éléments récemment portés à la connaissance du chef d’état-major de l’armée de Terre, postérieurement à la décision d’attribution du nom, ont mis en lumière l’activité politique de Georges Loustaunau-Lacau dans les années 30 », au cours desquelles il a tenu des propos farouchement antisémites, poursuit le communiqué.

Il a notamment animé en 1938 une maison d’édition nationaliste, La Spirale, qui a publié deux revues dans lesquelles ont paru de nombreux articles anti-communistes, anti-allemands et antisémites.

L’officier a lui-même écrit au moins un article en 1938 dans lequel il met en doute la loyauté des Français Juifs, explique l’armée de Terre.

Georges Loustaunau-Lacau a par ailleurs été suspecté d’avoir formé avec son réseau anticommuniste la partie militaire de la mouvance d’extrême droite de la Cagoule, lui valant un procès à la Libération au terme duquel il fut reconnu innocent et réhabilité.

« Ces récentes révélations ont mis en lumière une personnalité contestable, qui, en dépit d’un passé de militaire et de résistant courageux présente plusieurs actes répréhensibles qui ont conduit le chef d’état-major de l’armée de Terre à considérer qu’il n’était pas acceptable qu’une promotion d’officiers-élèves puisse prendre le parcours du général Loustaunau-Lacau comme une référence », souligne le communiqué.

L’entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)

Cette affaire est rendue publique quelques jours après une polémique entourant la volonté initiale de l’état-major français de rendre hommage aux Invalides à « huit maréchaux » de la Grande Guerre à l’occasion du Centenaire de l’Armistice, incluant le maréchal Philippe Pétain, devenu plus tard chef du gouvernement collaborationniste de Vichy (1940-44).

Après le tollé provoqué par cette annonce, l’hommage s’est limité le 11 novembre aux cinq maréchaux inhumés aux Invalides.

Pétain, frappé d’indignité nationale pour son rôle dans le régime de Vichy, est inhumé à l’île d’Yeu.

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