L’armée lance une enquête sur la mort d’une Palestinienne de 18 ans
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L’armée lance une enquête sur la mort d’une Palestinienne de 18 ans

Requête déposée devant la Haute-cour par le père de Samah Abdallah ; Elle était assise dans le véhicule familial quand celle-ci est passée devant la scène d'une attaque au couteau

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Samah Abdallah, 18 ans, mortellement blessée par des tirs de soldats israéliens en novembre 2015 (Autorisation de sa famille)
Samah Abdallah, 18 ans, mortellement blessée par des tirs de soldats israéliens en novembre 2015 (Autorisation de sa famille)

Le procureur militaire en chef a ordonné jeudi une enquête criminelle sur la fusillade du mois de novembre 2015 qui avait mortellement blessé une Palestinienne de 18 ans, deux ans après que l’armée l’a jugée non-nécessaire. C’est un soldat de l’armée israélienne qui avait été à l’origine des tirs.

Cette décision a été prise in-extremis alors que l’Etat était sommé de répondre à une requête de la Haute-cour de justice soumise par Abd al-Muamen Abdallah, qui demandait que les circonstances du décès de sa fille Samah soient examinées ainsi que celles de tous les autres Palestiniens tués par des tirs indirects dans des situations de non-combat.

Samah était assise sur le siège arrière lorsque la voiture familiale s’était retrouvée sous les tirs au check-point de Hawara, au sud de Naplouse. Les soldats israéliens répondaient à une tentative d’attaque au couteau et le véhicule d’Abdallah avait été touché par erreur, avait fait savoir le porte-parole de l’armée dans un communiqué qui avait suivi cet incident du 23 novembre 2015.

La jeune fille de 18 ans avait été prise en charge dans un hôpital avoisinant, une balle dans la tête. Elle était restée dans le coma pendant trois semaines avant de succomber à ses blessures.

Les policiers israéliens gardent une rue où un groupe de Palestiniens a attaqué un habitant d’implantations israéliennes qui a riposté, tuant une personne et en blessant une autre à Hawara, dans le nord de la Cisjordanie, le 19 mai 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Tandis que la police israélienne met systématiquement en place une enquête approfondie lors de chaque incident entraînant le décès d’un civil palestinien, exception est faite pour les victimes dont il est considéré qu’elles ont « clairement fait partie d’une situation de combat ».

Cette stipulation a été utilisée par l’armée pour clore le dossier après un examen opérationnel, les militaires renonçant par conséquent à ouvrir une enquête criminelle. Tandis que l’armée avait reconnu que Samah n’était en aucun cas impliquée dans la tentative d’attaque au couteau qui avait eu lieu à environ 60 mètres de là, elle avait clamé que les soldats avaient tenté d’empêcher que des civils israéliens soient blessés sur les lieux du drame lorsque des tirs errants avaient éclaté.

Cet épisode survenu au carrefour de Hawara avait été l’un des trois incidents qui avaient eu lieu ce jour-là, au début d’une vague d’attentats à l’arme blanche et à la voiture-bélier qui avait marqué l’automne 2015.

Un porte-parole du groupe des droits de l’Homme Yesh Din qui a aidé Abdallah à préparer la requête déposée auprès de la Haute-cour, a expliqué qu’alors que des investigations criminelles menées par l’unité des enquêteurs de la police militaire sont relativement fréquentes, une décision de l’armée d’ouvrir une enquête à l’issue d’un refus initial est exceptionnellement rare.

Illustration: Les forces de sécurité israéliennes durant des affrontements contre des Palestiniens à proximité du carrefour de Hawara au sud de Naplouse, en Cisjordanie, le 12 janvier 2018 (Crédit : AFP Photo/Jaafar Ashtiyeh)

Répondant à la décision prise par le procureur militaire en chef, l’avocate de Yesh Din, Sophia Brodsky, a indiqué qu’il « est scandaleux et regrettable qu’il faille des appels déposés auprès de la Haute-cour… pour enquêter sur le meurtre d’une jeune femme qui voyageait innocemment avec sa famille ».

Expliquant que l’armée israélienne mènerait une enquête sur la mort de Samah, le procureur militaire Sharon Zagagi-Pinhas a écrit que son bureau voulait examiner les affirmations de Yesh Din selon lesquelles les tirs qui avaient touché l’adolescente n’étaient pas dirigés vers l’attaquant au couteau.

Le courrier écrit jeudi par Zagagi-Pinhas a paru également être une tentative d’éviter une réponse de la haute-cour au deuxième élément de la requête soumise par Abdallah, qui mettait en cause l’interprétation par l’armée de la phrase « situation de combat », disant qu’elle va à l’encontre de la loi internationale.

L’appel disait que les attaques au couteau – comme celle qui a eu lieu à proximité de l’endroit où Samah a été tuée – les jets de pierre et autres affrontements similaires contre les soldats de l’armée ne devaient pas être considérés comme des « situations de combat », et que par conséquent, tout décès survenant lors de tels incidents devait faire l’objet d’une enquête militaire.

Dans un communiqué émis suite à la soumission de la requête auprès de la haute-cour, au début du mois, Abd al-Muamen Abdallah a déclaré que « les soldats israéliens ont assassiné ma fille de sang-froid. Ils ont tout d’abord dit qu’elle avait un couteau puis qu’elle a été blessée par erreur ».

« J’ai perdu ma fille aînée alors qu’elle était à côté de moi et son sang s’est répandu sur ses frères et soeurs. Si elle avait été israélienne, on aurait ouvert une enquête. Mais dans mon cas, personne n’y a prêté attention ».

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