L’armée pourrait riposter militairement si les attaques incendiaires persistent
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L’armée pourrait riposter militairement si les attaques incendiaires persistent

Les autorités ont cherché à éviter l'escalade des hostilités à Gaza pour conserver l'attention sur le nord, mais les pressions concernant un passage à l'action augmentent

Des soldats israéliens face à un champ de blé en feu près du kibboutz Nahal Oz, incendié  par des cerfs-volants lancés par des émeutiers palestiniens depuis Gaza, le 14 mai 2018. (Crédit : JACK GUEZ/AFP)
Des soldats israéliens face à un champ de blé en feu près du kibboutz Nahal Oz, incendié par des cerfs-volants lancés par des émeutiers palestiniens depuis Gaza, le 14 mai 2018. (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

L’armée israélienne aurait récemment notifié au Hamas que si les attaques de cerfs-volants et de ballons incendiaires depuis la bande de Gaza ne cessaient pas, Israël répondrait par une action militaire de grade ampleur.

Ces menaces surviennent dans un contexte de tensions accrues entre l’Etat juif et le groupe terroriste à la tête de la bande de Gaza. Lundi, Israël a annoncé qu’il fermait le poste de passage frontalier de Kerem Shalom – principal point de transit des produits qui entrent dans la bande de Gaza – en réponse à la vague interminable d’attaques de cerfs-volants et de ballons incendiaires qui touche le sud d’Israël, allumant des feux qui ont brûlé des milliers d’hectares de terre et causé des millions de shekels de dégâts.

L’armée israélienne a cherché à éviter une escalade des hostilités sur le front sud malgré ces agressions mais, selon le quotidien Haaretz, la pression politique la poussant à un passage à l’action n’a cessé d’augmenter proportionnellement aux préjudices économiques et psychologiques causés par les incendies.

Des responsables israéliens l’ont fait savoir au Hamas par le biais d’un intermédiaire, et ont indiqué qu’une réponse significative d’Israël serait inévitable si la situation actuelle perdurait, a fait savoir le journal.

La décision israélienne de ne pas lancer une opération militaire significative contre les lanceurs de cerfs-volants et de ballons fait suite à deux évaluations de l’armée israélienne. En premier lieu, l’armée israélienne pense qu’un nouveau conflit avec Gaza ne se terminerait pas rapidement et que les soldats israéliens pourraient être entraînés dans des combats de terrain sanglants au cœur des villes gazaouies.

Deuxièmement, selon le reportage de Haaretz, l’armée israélienne estime que le Hamas pourrait rechercher un tel conflit dans l’attente qu’à sa conclusion, une pression énorme soit exercée sur l’Etat juif et sur l’Egypte en faveur d’un relâchement de leurs blocus sur l’enclave, ce qui pourrait permettre une reprise de l’activité économique susceptible de stabiliser la gouvernance du Hamas.

L’armée israélienne craint également de séparer ses efforts entre les hostilités à Gaza et la situation sensible et potentiellement explosive dans le nord, alors que les forces pro-Assad se trouvent à proximité du plateau du Golan et que l’Iran continue de tenter de s’implanter militairement en Syrie.

Pour ces raisons, l’armée penserait que faire entrer Israël dans un conflit étendu avec Gaza serait bien plus coûteux que n’importe quel dégât lié aux incendies dans le sud.

Mais la colère croissante des résidents du sud d’Israël pourrait forcer la main à l’échelon politique, ont dit les responsables.

L’armée se penche actuellement sur une potentielle riposte militaire significative et douloureuse contre le Hamas qui serait suffisamment ciblée pour ne pas dégénérer en guerre totale, a fait savoir le reportage.

Les informations livrées par Haaretz surviennent vingt-quatre heures après qu’un drone israélien a lancé deux missiles vers un groupe de Palestiniens qui envoyait des ballons incendiaires dans le sud d’Israël depuis la bande de Gaza, selon les médias palestiniens.

Il s’agissait de la deuxième frappe aérienne similaire en moins de 24 heures.

L’armée israélienne a confirmé que l’un des avions avait ouvert le feu sur une cellule qui avait lancé des ballons vers Israël depuis la nord de la bande de Gaza. Il n’y aurait eu aucun blessé lors de cette frappe qui, selon l’organe de presse officiel palestinien, Wafa, a eu lieu à proximité de la ville de Beit Hanoun, dans le nord de l’enclave côtière.

De nombreux médias palestiniens, dont Wafa, ont annoncé que l’Etat juif avait effectué deux frappes dans la journée de jeudi, une à proximité de Beit Hanoun et une deuxième à l’est de la ville de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza.

Un porte-parole de l’armée israélienne a rejeté ces informations palestiniennes disant qu’il n’avait eu connaissance « que d’une seule frappe ».

Le conseil régional d’Eshkol, dans le sud d’Israël, a noté qu’un certain nombre de ballons incendiaires et transportant des explosifs avaient été lancés dans la zone durant toute la matinée de jeudi.

Un champ de bananes endommagé par un ballon incendiaire de la bande de Gaza dans la région d’Eshkol, dans le sud d’Israël, le 12 juillet 2018 (Crédit : Eshkol Security)

Un champ de bananes situé dans un kibboutz a ainsi subi des dégâts considérables après l’atterrissage d’un ballon qui a allumé un incendie, a expliqué la porte-parole d’Eshkol.

« De plus, pendant toute la matinée, un certain nombre de ballons suspects ont été remarqués et neutralisés dans la région », a-t-elle dit.

Un ballon lancé depuis la bande de Gaza qui a atterri dans la région d’Eshkol, dans le sud d’Israël, sur lequel est écrit : ‘Quand la vie ici serait comme la mort, nous continuerions à vivre près de la frontière’, le 12 juillet 2018 (Crédit : Eshkol Security)

Au moins un grand groupe de douzaines de ballons est arrivé au sein de l’Etat juif. L’un d’eux, qui transportait ce qui ressemblait à un petit dispositif explosif, arborait un message en hébreu et en arabe, qui disait « Quand la vie ici serait comme la mort, nous continuerions à vivre près de la frontière ».

L’armée ne sait pas si ces ballons ont été lancés par le groupe qu’elle a ciblé.

Mercredi, des cerfs-volants et des ballons incendiaires ont déclenché 19 incendies de tailles variées au sein de l’Etat juif, selon des responsables gouvernementaux locaux. Quinze d’entre eux sont survenus dans la région d’Eshkol, adjacente au sud de la bande de Gaza. Les quatre autres ont eu lieu dans la région de Shaar Hanegev, au nord-est de l’enclave côtière.

En réponse, les militaires israéliens ont mené des frappes aériennes contre un groupe de Palestiniens qui, selon eux, lançait des ballons incendiaires vers Israël depuis le sud de la bande de Gaza, à l’est de Rafah. Il n’y a pas eu non plus de blessés, selon des informations.

Un ballon transportant des combustibles envoyé vers Israël par des Palestiniens, à l’est de Gaza City, le 29 juin 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Au cours des trois derniers mois, des affrontements ont également eu lieu chaque semaine sur la frontière avec Gaza, l’Etat juif accusant le Hamas d’utiliser les manifestations comme couverture pour commettre des attentats et pour tenter d’ouvrir des brèches dans la clôture de sécurité.

Après la fermeture de Kerem Shalom, l’armée a noté que de l’aide humanitaire, notamment les produits alimentaires et les médicaments, pourrait encore entrer à Gaza mais qu’une permission spéciale de la liaison militaire, le général de division Kamil Abu Rokon, serait nécessaire.

L’armée a fait savoir que cette fermeture continuera tant que les Palestiniens continueront à lancer des cerfs-volants et des ballons incendiaires en Israël.

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