L’armée réduit ses frappes en Syrie alors que la frontière nord s’échauffe
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L’armée réduit ses frappes en Syrie alors que la frontière nord s’échauffe

L'Armée de l'Air israélienne est confrontée à des défis croissants dans la "guerre-entre-guerres" contre l'Iran avec des systèmes de défense aérienne toujours plus perfectionnés

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un nouvel appareil F-35 sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d'Israël, le 14 juillet 2019. (Crédit : Armée israélienne)
Un nouvel appareil F-35 sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d'Israël, le 14 juillet 2019. (Crédit : Armée israélienne)

Ces dernières semaines, l’Armée israélienne a fait évoluer ses priorités. Tsahal est passé de « l’arène du nord », avec la Syrie et le Liban, vers la bande de Gaza, où les tensions augmentent, avec la crainte d’une nouvelle flambée des violences, selon les informations du Times of Israël.

Ces dernières années, l’armée israélienne se focalisait en priorité sur son combat contre l’Iran et ses alliés, notamment le puissant groupe terroriste du Hezbollah et des plus petites milices chiites. Israël affirme qu’ils tentent d’établir une présence militaire permanente en Syrie et de transférer des armes depuis Téhéran, à travers l’Irak et la Syrie, vers le Liban.

C’était auparavant un effort beaucoup plus facile. De fait, Israël a disposé d’une supériorité aérienne totale pendant les premières années de la guerre civile syrienne. Avec l’entrée de la Russie dans le conflit en 2015, l’audace croissante de l’Iran dans la région et la volonté toujours plus forte du dictateur syrien Bachar Assad de riposter aux opérations israéliennes ces dernières années, ce combat est devenu plus compliqué.

Selon les chiffres de l’armée, entre 2010 et 2013, deux missiles syriens sol-air ont été tirés sur des avions israéliens, à comparer au 844 qui ont été lancés sur des avions israéliens entre 2017 et 2020.

Sur cette période, de 2017 à 2020, Tsahal a aussi tiré environ 5 000 missiles sur 955 cibles en Syrie, selon des estimations militaires.

Ces deux dernières années, l’armée israélienne a détruit un tiers des systèmes de défense avancés de la Syrie, selon des estimations de Tsahal. Pourtant, une bonne partie de ces armes anti-aériennes ont déjà été remplacées, voire améliorées, par des modèles plus avancés, en provenance de Russie ou d’Iran.

Tsahal parle de ce conflit comme la « guerre-entre-guerres » ou « campagne-entre-campagnes », et, en hébreu, simplement par son acronyme Mabam.

A de rares exceptions, Israël ne reconnaît pas les opérations spécifiques qu’il mène dans ce cadre de ce conflit, mais l’Etat juif reconnaît publiquement qu’il conduit bien des frappes en Syrie de manière générale. Les officiels israéliens pensent qu’en évitant de revendiquer publiquement la responsabilité pour des actions spécifiques, cela réduit la probabilité que la Syrie, le Hezbollah, ou l’Iran ne se sentent obligés de riposter afin de sauver la face.

Pendant Mabam, l’un des principaux objectifs de l’armée est de tenir le combat juste en-dessous de la surface. Mais cette tactique n’a pas toujours fonctionné.

La défense aérienne syrienne répond aux présumés missiles israéliens visant le sud de la capitale Damas, le 20 juillet 2020. (AFP)

Le 20 juillet, l’armée israélienne aurait mené une série de frappes aériennes sur des sites liés à l’Iran autour de Damas. Au cours d’une frappe sur l’aéroport international de Damas, un agent du Hezbollah a été tué. Cet incident a conduit le groupe terroriste libanais à promettre de se venger, conformément à sa politique de longue date de riposter à chaque mort parmi ses rangs.

Tsahal est rapidement passé en alerte maximale le long des frontières libanaise et syrienne, se préparant à une attaque du Hezbollah. Sur trois semaines, il y a eu plusieurs tentatives qui ont failli réussir le long de la frontière, notamment une tentative d’infiltration déjouée le 27 juillet dans la zone contesté du mont Dov. Il y a aussi eu une tentative pour faire entrer un drone dans le territoire israélien depuis le Liban, vendredi dernier.

Les forces de l’armée israélienne stationnées près de la frontière entre Israël et le Liban sur le plateau du Golan, le 27 juillet 2020. (Autorisation : David Cohen / Flash90)

Après l’explosion au port de Beyrouth, qui a secoué la capitale libanaise, l’armée a commencé à baisser son état d’alerte le long de la frontière. Le Hezbollah semblait se focaliser sur des problèmes internes, plutôt que sur sa vengeance contre Israël.

Afin de limiter ce type de tensions, Tsahal évite généralement de tuer des combattants du Hezbollah. L’armée israélienne voit peu d’avantages à la mort d’un petit nombre d’agents de bas niveau par rapport au coût nécessaire des ressources à mobiliser en vue d’une riposte du Hezbollah. (L’armée ne semble pas avoir autant d’états d’âme quand cela concerne des membres d’autres milices chiites soutenues par l’Iran. Leurs membres viennent souvent de pays musulmans plus pauvres et plus faibles comme l’Afghanistan, et ils ont moins de chance de riposter ou d’être en capacité de le faire).

Pour éviter des situations de tensions avec le Hezbollah, le chef de l’Armée de l’Air israélienne Amikam Norkin a parfois annulé des frappes s’il y avait un risque qui pouvait entraîner des pertes inutiles.

Dans le cas de la frappe du 20 juillet, Tsahal ne savait apparemment pas que le combattant du Hezbollah était dans l’installation ciblée au moment de la frappe, selon les informations du Times of Israël.

Parlant à des journalistes le mois dernier, le ministre de la Défense Benny Gantz a indiqué que ce type d’incidents était inévitable et qu’il fallait s’y attendre. « Si quelqu’un est impliqué dans les activités de l’Iran en Syrie – contre lesquelles nous continuerons à agir – cela risque de se produire. Nous prenons cela en compte », a-t-il dit le 26 juillet.

Afin de calmer le jeu sur l’arène de plus en plus tendue au nord, l’armée israélienne a décidé d’y réduire ses opérations ces dernières semaines. Au même moment, elle a augmenté son niveau de préparation à combattre sur le front de Gaza, qui a vu une rapide escalade des tensions au fil de la semaine.

Un employé israélien de l’Autorité de la nature et des parcs tente d’éteindre un incendie causé par un ballon incendiaire lancé par des Palestiniens depuis la bande de Gaza, vers le côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza, à proximité d’ Or HaNer Kibbutz, le mercredi 12 août 2020. (AP Photo / Tsafrir Abayov)

L’organisation terroriste du Hamas et d’autres groupes terroristes de la bande de Gaza ont menacé de mener des violences le long de la frontière en réaction au délai dans l’application d’un accord de cessez-le-feu non-officiel avec Israël. Ils ont affirmé leur intention de lutter avec le lancement quotidien des ballons incendiaires, qui ont entraîné des dizaines d’incendies dans le sud d’Israël. Dimanche dernier, une attaque de roquette a été interceptée par le système de Défense du Dôme de Fer. Dimanche, des attaques de snipers ont visé des ouvriers civils construisant la barrière de sécurité et des soldats, sans faire de blessés.

En réaction à ces attaques, Tsahal – principalement par le biais de l’Armée de l’Air – a bombardé certaines positions du Hamas dans la bande de Gaza, notamment plusieurs tunnels.

La guerre-entre-guerres

La guerre-entre-guerres est avant tout une campagne aérienne, dans la mesure où presque toutes les frappes israéliennes sur des cibles en Syrie viennent du ciel. Les ripostes à ces attaques viennent aussi du ciel, ce qui place l’Armée de l’Air en première ligne et au centre du conflit aussi bien pour l’attaque que pour la défense. Elle doit tirer sur des cibles en Syrie et aussi abattre les missiles, roquettes et drones qui sont lancés en riposte.

Une image de Tsahal montrant un groupe de quatre personnes qui, selon l’armée, sont entrées sur le territoire israélien et ont tenté de poser une bombe dans un poste militaire abandonné, le 2 août 2020 (Capture d’écran : Armée israélienne)

Même dans le cas d’attaques partant du sol, comme la tentative avortée de la semaine dernière de poser une bombe à l’intérieur du territoire contrôlé par Israël sur la frontière syrienne, les drones de Tsahal participent généralement aux opérations militaires, surveillant la situation depuis le ciel.

Au début de la guerre civile syrienne, quand la campagne-entre-campagnes commençait, Tsahal pouvait opérer librement, en ciblant les livraisons d’armes sans craindre les tirs anti-aériens ou les ripostes.

La situation a changé en 2015 quand la Russie a déployé son armée en Syrie, notamment des puissantes batteries de défense anti-aérienne, pour soutenir son allié Assad. Israël a pu négocier avec Moscou sa liberté d’action dans la région, tant que Tsahal ne mettait pas en danger des vies russes.

Même s’il y a bien eu quelques cas où la Syrie a utilisé ses missiles anti-aériens contre des avions israéliens dans les premières années du conflit, ce n’est pas avant 2017 que l’armée syrienne a commencé à tirer plus librement – et parfois sauvagement – sur les avions de Tsahal.

Sur cette image d’une vidéo fournie par Yehunda Pinto, on voit l’épave d’un avion de chasse israélien F-16 en feu à proximité de Harduf, dans le nord d’Israël, le 10 février 2018. (Yehunda Pinto via AP)

En février 2018, la Syrie a touché sa première – et unique jusqu’à présent – cible israélienne dans ce conflit. L’armée syrienne a abattu un F-16 lors d’une intense opération israélienne de bombardement en riposte à l’envoi d’un drone militaire iranien dans l’espace aérien israélien plus tôt ce jour-là. Il s’agissait du premier avion de combat perdu par Israël sous le feu ennemi depuis 1982.

Selon Tsahal, le pilote du F-16 n’a pas réussi à réagir assez vite aux avertissements qu’il recevait d’un missile S-200 en approche. Le pilote était focalisé sur le guidage d’une bombe qu’il venait de tirer vers sa cible. L’équipage a pu se catapulter en toute sécurité et l’avion s’est crashé dans le territoire israélien.

En septembre 2018, lors d’un autre raid sur des cibles iraniennes en Syrie, un avion espion russe avec 15 membres d’équipage à bord a été abattu par un missile syrien S-200 qui avait été tiré en réponse à l’attaque israélienne.

Moscou a estimé qu’Israël était responsable de la mort de ses soldats, ce qui a créé de fortes tensions entre les deux pays et a conduit la Russie à vendre le puissant système de défense aérienne S-300 à la Syrie. Auparavant, Moscou avait accepté pendant des années de ne pas vendre le système à la Syrie en tenant compte des inquiétudes israéliennes.

Capture d’écran d’une vidéo montrant la livraison de missiles de défense antiaérienne S-300 à la Syrie (Capture d’écran : YouTube)

Même s’il est techniquement aux mains de l’armée syrienne, le S-300 ne semble pas encore avoir été utilisé sur des avions israéliens, apparemment à la demande de Moscou. L’Armée de l’Air israélienne ignore pourtant combien de temps cela va encore durer et elle se prépare au moment où elle sera confrontée au système plus avancé du S-300, également connu comme le SA-10, au combat.

Depuis 2018, l’année où Tsahal a mené le plus grand nombre d’opérations pendant la guerre-entre-guerres, l’armée israélienne a réduit le nombre de missions qu’elle mène sur des cibles en Syrie. Tsahal affirme pourtant frapper des sites d’une plus grande valeur stratégique.

Ces deux dernières années, Tsahal a aussi mené des frappes en Syrie visant à empêcher le régime Assad, qui se remet encore de la guerre civile qu’il a remportée, de développer une puissance militaire qui pourrait un jour constituer une menace sérieuse à Israël.

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