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Analyse

L’Autorité palestinienne lance des réformes – mais des changements structurels restent hors de portée

Subissant la pression internationale en faveur d'une prise de pouvoir à Gaza, Ramallah a annoncé une restructuration de branches variées de son administration - mais certains considèrent les changements comme purement esthétiques

Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh à son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 novembre 2023. (Crédit : AP/Nasser Nasser, Pool)
Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh à son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 novembre 2023. (Crédit : AP/Nasser Nasser, Pool)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) Mohammad Shtayyeh a annoncé lundi une série de réformes pour redynamiser l’AP. De leur côté, les États-Unis réclament une mise en vigueur des changements prévus avant que Ramallah ne puisse prendre les rênes du contrôle des affaires civiles à Gaza, une fois que les combats opposant les terroristes palestiniens du Hamas et Israël seront terminés.

Le paquet de réformes lancées par le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, prévoit notamment la nomination de nouveaux gouverneurs de région, après le licenciement de douze d’entre eux par Abbas, en août dernier – aucune explication n’avait alors été fournie sur ces limogeages. Toutefois, les critiques estiment qu’un grand nombre des réformes envisagées dans le cadre de ce plan permettront aux mêmes dirigeants de rester au pouvoir et qu’elles ne changeront que peu de choses sur le terrain, avec des visées bien en-deçà des initiatives fortes qui seraient à prendre, des initiatives considérées comme nécessaires pour restaurer la confiance à l’égard de l’AP.

« Ils pourront renvoyer quelques personnes ici et là, mais à moins qu’il y ait un changement authentique, structurel, dans le leadership et un apport de sang neuf – tout cela n’aura pas d’impact », estime Ksenia Svetlova, chercheuse spécialisée dans le Moyen-Orient et ancienne membre de la Knesset.

Parmi les réformes proposées, des changements dans le recrutement des forces de sécurité, une libéralisation du marché des médias et une restructuration du secteur de la santé, avec notamment la mise en place d’une couverture sociale universelle.

De hauts-responsables de l’AP, cités par le journal Haaretz, ont indiqué que ces mesures avaient été réclamées par les États-Unis conformément au plan avancé par Washington qui souhaite voir « une Autorité palestinienne redynamisée » prendre le pouvoir à Gaza, une fois qu’Israël aura fini sa guerre dont l’objectif est d’écarter le groupe terroriste de la tête de l’enclave côtière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et plusieurs de ses partenaires de coalition ont rejeté la perspective d’une AP prenant le contrôle de Gaza sans pour autant faire part, dans le détail, d’une vision alternative.

Abbas a récemment soumis ce programme de réformes aux pays donateurs, selon le journal Al Quds. Le chef du Fatah a aussi réitéré son appel en faveur de l’organisation d’élections générales qui seraient ouvertes à toutes les factions, une tentative de réconciliation avec l’aile politique du Hamas qui serait alors appelée à se placer sous le contrôle de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Le porte-parole d’Abbas, Nabil Abu Rudeineh, a expliqué, la semaine dernière, que si le Hamas devait remporter les élections, le Fatah accepterait de lui confier le gouvernement – une affirmation qui a entraîné une vive controverse.

Nabil Abu Rudeineh lors de son investiture au poste de vice-Premier ministre de l’Autorité palestinienne à Ramallah, le 13 avril 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

La guerre à Gaza a éclaté lorsque le Hamas a envoyé 3 000 terroristes armés en Israël, le 7 octobre, pour mener une attaque barbare au cours de laquelle ils ont tué près de 1 200 personnes. Les terroristes ont également pris en otage 253 personnes, pour la plupart des civils, et les ont emmenées à Gaza. Israël a réagi en lançant une campagne militaire dont l’objectif vise à détruire le Hamas, à l’écarter du pouvoir à Gaza et à libérer les otages.

Le Hamas a été créé en décembre 1987 peu après le début de la première Intifada par un groupe d’islamistes se réclamant des Frères musulmans, parmi lesquels l’influent cheikh Ahmad Yassine, qu’Israël a assassiné en 2004.

Acronyme en arabe de « Mouvement de la résistance islamique », le Hamas a été notamment fondé pour contrecarrer le Jihad islamique palestinien pro-Iran et rivaliser avec l’OLP, mouvement principalement laïc mené alors par Yasser Arafat.

En 2005, le Premier ministre israélien Ariel Sharon entame de façon unilatérale le retrait de la bande de Gaza.

En juin 2007, à la suite d’une quasi-guerre fratricide contre le Fatah, mouvement au cœur de l’AP dirigée par Abbas, le successeur de Yasser Arafat, le Hamas prend le contrôle de l’enclave.

Pour se préparer à la possibilité qu’une AP redynamisée reprenne le contrôle de l’enclave côtière, Al Quds a signalé que Ramallah avait donné pour instruction aux départements du gouvernement de suivre le travail effectué par les instances correspondantes à Gaza, qui sont actuellement dirigées par le Hamas.

Des Palestiniens scandant des slogans et agitant des drapeaux jaunes du mouvement laïc Fatah lors d’un rassemblement marquant le 18e anniversaire de la mort du fondateur du Fatah et leader de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, dans la ville de Gaza, le 10 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Fatima Shbair)

Les réformes comprennent également la nomination de nouveaux magistrats au sein de la Cour suprême administrative palestinienne et celle d’ambassadeurs à des postes vacants ; l’amélioration du fonctionnement de la commission de lutte contre la corruption et des changements juridiques qui viendront modifier les dispositions existantes des lois portant sur le code fiscal et sur la concurrence.

De plus, le plan ouvrira la voie à la restructuration et à la fusion de certains départements gouvernementaux, à l’établissement d’une compagnie nationale de l’eau et à l’achèvement de travaux effectués sur le système d’approvisionnement en eau, dans des secteurs variés de la Cisjordanie.

Ces initiatives ne sont toutefois pas à la hauteur de la proposition qui a été promue par les États-Unis et par ses alliés, ces dernières semaines, qui prévoit, pour sa part, de transférer un grand nombre des pouvoirs présidentiels détenus par Abbas au Premier ministre, ce qui laisserait à cet autocrate de 88 ans un rôle largement cérémonial.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas rencontrant le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le Premier ministre belge Alexander De Croo, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 23 novembre 2023. (Crédit : Alaa Badarneh/Pool via AP)

Les critiques estiment que le paquet de réformes présenté par Shtayyeh ne comprend que des mesures esthétiques visant à apaiser l’administration américaine et la communauté internationale.

« Elle ne sert qu’à donner l’impression qu’ils tentent de faire quelque chose », commente Samer Sinijlawi, activiste politique palestinien originaire de Jérusalem-Est.

« Presque tous les ans, le Premier ministre palestinien Muhammad Shtayyeh annonce un plan de réformes », explique Sinijlawi, rappelant que Ramallah avait soumis un ordre du jour de réformes en 21 points aux pays donateurs européens à Bruxelles, en mai 2022, qui contenait également des améliorations dans les systèmes administratif et des soins de santé, dans l’économie ainsi que dans le système juridique et dans le secteur de l’enseignement.

« Les Palestiniens, avant même les Américains, doivent avoir leur mot à dire. Les sondages montrent que 90 % des Palestiniens pensent qu’Abbas doit partir. Alors le minimum à attendre d’Abbas, c’est qu’il parte et qu’il confie ses pouvoirs à un Premier ministre fort, fiable, digne de confiance, qui pourra rassembler Gaza et la Cisjordanie, qui pourra rendre au Fatah son unité et qui pourra mettre un terme aux divisions internes. Ce sont les réformes que les Palestiniens espèrent voir », s’exclame-t-il.

Svetlova partage le même point de vue.

« C’est difficile de croire qu’il s’agit d’un véritable changement », déclare-t-elle. « Pour réformer l’Autorité palestinienne, ils devront se débarrasser de tout cet appareil corrompu qui la dirige, ils devront construire de nouvelles institutions d’État et ils devront faire le choix d’organiser des élections. »

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