L’avenir de l’accord Netanyahu/Gantz aux mains du Parlement et de la Justice
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L’avenir de l’accord Netanyahu/Gantz aux mains du Parlement et de la Justice

La Knesset a déjà indiqué qu'environ 1 000 demandes de modifications avaient été formulées, et le vote pourrait s'étirer sur plusieurs heures

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 30 avril 2020. (Capture d'écran/Knesset)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 30 avril 2020. (Capture d'écran/Knesset)

Les députés israéliens débattent mercredi des derniers amendements à l’accord de gouvernement d’union entre le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu et son ex-rival Benny Gantz qui doit être approuvé dans les prochaines heures par le Parlement et la Cour suprême.

Israël verra-t-il enfin la lumière au bout d’une crise politique qui s’étire en rebondissements depuis décembre 2018 avec dans la foulée trois élections anticipées n’ayant pas réussi jusqu’à présent à déboucher sur un gouvernement?

Devant l’impasse et la crise du coronavirus, le chef alors de l’opposition Benny Gantz a proposé d’enterrer la hache de guerre et former un gouvernement avec son rival malgré son inculpation pour corruption, abus de confiance et malversation.

L’accord a surpris une partie de la classe politique et a été fustigé par des ONG locales qui l’ont contesté jusqu’en Cour suprême estimant que M. Netanyahu ne pouvait diriger le prochain gouvernement en raison de ses graves ennuis avec la justice, et que des dispositions de cet accord violaient les lois fondamentales d’Israël, l’équivalent de la Constitution.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, place Rabin à Tel Aviv, le 2 mai 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Lors des deux jours d’audiences, diffusées en direct sur les chaînes israéliennes dimanche et lundi, les juges au visage camouflé par des masques sanitaires ont suggéré une série de changements à l’accord.

Et aussitôt, les camps de Benjamin Netanyahu et de Benny Gantz sont retournés à la table à dessein pour modifier ici une virgule, là une clause, ailleurs une disposition.

A ces ajustements s’ajoutent des demandes des partis opposés à cet accord pour un gouvernement « d’union et d’urgence » qui prévoit notamment le maintien de Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre pour 18 mois, suivi ensuite de Benny Gantz pour une période équivalente, et de présenter un programme pour l’annexion de pans de la Cisjordanie.

Le procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, qui avait inculpé Benjamin Netanyahu pour corruption dans une série d’affaires, a écrit à la Cour la semaine dernière pour indiquer que, selon lui, les lois israéliennes n’empêchent pas le Premier ministre sortant de diriger le prochain gouvernement malgré sa mise en examen.

« L’excuse » du Covid ?

Mais le procureur avait toutefois évoqué des « difficultés (légales) importantes » dans l’accord Netanyahu/Gantz. Or au cours des dernières heures, et à la vue d’amendements apportés à l’accord, il a indiqué au plus haut tribunal du pays qu’il ne voyait aucun problème à sa validation.

« Il n’y a aucun obstacle juridique à la validation de cet accord », a affirmé M. Mandelblit, selon un communiqué de son bureau.

Au final, la décision appartient aux députés de la Knesset, le Parlement, et aux 11 des 15 juges de la Cour suprême qui se penchent sur ce dossier.

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut (au centre) et d’autres juges, portant des masques et avec des séparateurs en plastique transparent entre eux, tiennent une audience pour savoir si Benjamin Netanyahu est éligible pour former le prochain gouvernement d’Israël alors qu’il est mis en accusation, le 3 mai 2020. (Crédit : Yossi Zamir/POOL)

Les députés doivent, à moins de changement, commencer à voter mercredi en fin de journée sur des amendements. La Knesset a déjà indiqué qu’environ 1 000 demandes de modifications avaient été formulées, et le vote pourrait s’étirer sur plusieurs heures.

En théorie, l’accord devrait être validé car le Likud de Benjamin Netanyahu et le parti Kakhol de Benny Gantz et leurs alliés disposent de la majorité des élus dans la chambre.

L’accord avait été annoncé en pleine pandémie du coronavirus, qui a contaminé plus de 16 000 personnes en Israël, dont plus de 230 sont décédées, et fait bondir le chômage de 3,4 % à 27 %. Mais ces dix derniers jours, Benjamin Netanyahu a multiplié les annonces de déconfinement, ce qui fait dire à l’opposition que la nécessité pour cet accord n’est plus d’actualité.

« Ce n’est pas un gouvernement d’urgence. Le Premier ministre a dit… que nous nous dirigions vers la sortie de l’urgence, tuant ainsi l’excuse à l’origine de cet accord », a déclaré Yaïr Lapid, ancien associé politique de Benny Gantz qui a refusé de joindre l’accord.

Les juges de la Cour suprême doivent, eux, dire jeudi s’ils valident ou non l’accord visant à sortir Israël de la plus longue crise politique de son histoire moderne.

Mais comme cette saga va de rebondissements en rebondissements, des surprises de dernière minute ne sont pas à exclure.

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